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Bâtard. — Le bâtard était, sous le régime féodal, considéré comme un aubain et sa succession comme une épave (voy. Aubain et Épave). Le seigneur, dans le domaine duquel il naissait ou mourait, était maître de sa personne et de son bien. C'est ce qu'on appelait droit de bâtardise. Au xiiie siècle, les jurisconsultes commencèrent à réclamer pour le roi le droit exclusif de bâtardise ; ils déclarèrent en même temps que le bâtard pourrait disposer par testament d'une partie de son bien. La lutte qui s'engagea entre l'autorité royale et les seigneurs féodaux, à l'occasion du droit de bâtardise, se prolongea pendant plusieurs siècles. Au xvie siècle, quinze coutumes se prononcent en faveur des seigneurs ; dix-sept pour le roi. Il fut enfin décidé qu'au roi appartenait la succession de tous les bâtards ; ce fut un des droits domaniaux. Cependant on réserva le droit des hauts justiciers, qui avaient de toute antiquité hérité des bâtards, à condition que les bâtards fussent nés sur leurs terres, y eussent vécu et y fussent morts. La révolution de 1789 a aboli le droit de bâtardise, en autorisant les bâtards à disposer de leur bien par testament ; mais, dans le cas où ils meurent sans avoir testé, leurs biens reviennent à l'État. — Le bâtard d'un noble pouvait, s'il était reconnu par son père, porter le nom et les armes de la famille, mais il devait y ajouter une barre qui traversait entièrement son écusson de gauche à droite et que ni lui ni ses descendants ne pouvaient enlever. Vov. pour les détails Bacquet, Du droit de bâtardise.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899
BÂTARD,
subst. masc., enfant né hors du légitime
mariage. D'après l'ordonnance de saint Louis,
de l'an
1270, le Bâtard ne devait
point hériter
de ses parents. Cependant, on a vu les Bâtards des
nobles jouir, dès
les plus anciens temps et jusqu'à l'année
1600, des privilèges de la noblesse, et conserver les
prérogatives
des noms et des armes dont ils tiraient leur origine ; mais
ils étaient
obligés de charger leurs armoiries d'une brisure.
Par édit
du mois de mars 1600, les Bâtards de
nobles ne pouvaient s'attacher le titre de gentilshommes,
s'ils n'obtenaient
des lettres d'anoblissement.
Les enfants légitimes issus de pères
et aïeuls aussi légitimes, jouissaient du privilège de la
noblesse dans la province du Dauphiné, quoique leur bisaïeul fût Bâtard. (Édit
du 24 octobre 1659).
Dans l'ancien temps, l'état
des Bâtards était
tel, qu'à peine faisait-on quelque déférence
entr'eux
et les enfants légitimes. C'est sur ce fondement
qu'eux-mêmes
employaient pour désigner leur état, un terme
peu usité aujourd'hui dans notre langue, et on en
trouve une foule qui se qualifient Bâtards.
La chambre des comptes et le cabinet de l'ordre du Saint-Esprit,
contenaient une infinité d'actes
qui prouvent ce fait, ainsi que leur rang et leur noblesse.
On les voit servir dans les armées avec les autres gentilshommes,
parvenir ainsi qu'eux à la chevalerie, aux places
de capitaines de compagnies de l'ancienne ordonnance, de
chambellans de nos rois et de gentilshommes de leurs maisons, à celles
de capitaines et de châtelains des villes. Entre un nombre
d'exemples qui établissent la considération
qu'on accordait
aux enfants naturels des grandes maisons, on a choisi les quatre
suivants :
Le premier est tiré d'un registre
des chartes du roi. Il apprend que Garciot, fils naturel de la
maison de Comminges, capitaine de cinquante hommes d'armes,
au service du comte de Pardiac, se battit, vers l'année
1409 avec Jean de Lauter, parce que celui-ci lui avait reproché qu'il
n'était
pas digne d'être appelé Bâtard de Comminges.
Le second est celui de Jean de Lescun, fils
naturel d'Arnaud-Guillaume de Lescun et d'Anne d'Armagnac
(dite de Ternes), lequel se faisait appeler le Bâtard d'Armagnac.
Il fut maréchal de
France et comte de Comminges et de Briançonnais, gouverneur
de Dauphiné, et lieutenant-général en
Guyenne, premier chambellan du roi Louis XI et chevalier de
l'ordre de Saint-Michel à son
institution en 1469. Il épousa Marguerite, fille de Louis,
marquis de Saluces, et d'Isabelle Paléologue de
Montferrat, et en eut deux filles, mariées dans les maisons
d'Amboise
et de Montferrand.
Le troisième concerne Jean de Harcourt,
fils naturel de Jean VII, comte de Harcourt. Les archives de
Lorraine apprennent qu'il signa le premier, et avant Jean de
Ligneville et autres des plus apparents de la cour de Lorraine,
l'acte de cession qu'Islande d'Anjou, duchesse de Lorraine, fit
de son duché à René de
Lorraine, son fils aîné, le 3 août 1473,
ainsi que le contrat de mariage de Charles d'Anjou, comte du
Maine, avec Jeanne de Lorraine, du 21 janvier suivant. Ce prince,
qui fut depuis roi de Sicile, lui transporta la seigneurie de
Gironde en Poitou, par lettres du 4 avril 1475, dans lesquelles
il le qualifie son cher et amé cousin.
Le quatrième enfin regarde Armand, Bâtard de
la maison de Clèves. Le roi Louis XII le qualifie son
cher et féal
cousin, dans les lettres de légitimation qu'il lui
accorda au mois de janvier 1506.
On peut joindre à ces exemples un trait
de l'histoire de Languedoc, qui prouve que la qualité de
Bâtard d'une grande maison a pu être un objet d'ambition ;
c'est qu'André de
Ribes, capitaine de Routiers en 1426, se faisait appeler le
Bâtard d'Armagnac, quoiqu'il ne le fût pas.
Jean d'Orléans, comte de Dunois, si
célèbre
dans l'histoire de France, et à qui Charles VII dut son
trône, était fils naturel de Louis, duc d'Orléans,
assassiné par les ordres du duc de Bourgogne dans la rue
Barbette, à Paris. Valentine de Milan, épouse légitime
du duc d'Orléans, disait du comte de Dunois : qu'il
lui avait été dérobé, et qu'aucun de
ses enfants n'était oüssi bien taillé à venger
la mort de son père que celui-là.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816
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