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Au Blason des Armoiries : héraldique, féodalité, noblesse, armoiries
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Cardinal

Au Blason des Armoiries
 

Cardinal. — Dès le ve siècle, il est question de cardinaux dans l'Église romaine, mais ce titre ne signifiait alors autre chose que clerc titulaire d'une église cardinale ou principale, soit qu'il fût prêtre ou évêque. On disait un prêtre-cardinal ou un évêque-cardinal pour désigner un prêtre ou un évêque qui avait à toujours le soin d'une église, et le distinguer d'un prêtre ou d'un évêque qui n'avait les mêmes fonctions que temporairement. Ce nom de cardinaux marquait, dit Fleury, qu'ils étaient attachés à leur église, comme une porte est engagée dans ses gonds (le mot cardinal vient du latin cardo, gond). Il y avait aussi des diacres-cardinaux pour les oratoires de moindre importance. Le pape saint Grégoire se sert souvent du mot cardinal dans ce sens. Plus tard, le titre de prêtres-cardinaux fut attribué spécialement aux prêtres des villes. L'Église romaine, plus fidèle que les autres aux anciennes traditions, conserva cet usage. Dans un synode tenu à Rome, en 963, on trouve mentionnés des cardinaux-prêtres et des cardinaux-diacres. Peu à peu, le titre de cardinal tomba en désuétude dans toutes les autres églises, et devint une dignité exclusivement romaine. Il y avait cependant quelques exceptions ; l'abbé de Vendôme jouissait encore du titre de cardinal au temps du concile de Constance (1413-1418).

En 1059, le pape Nicolas II confia l'élection du souverain pontife au collège des cardinaux (voy. Conclave). À partir de cette époque, les cardinaux formèrent le sacré collège et voulurent siéger au-dessus des évêques et même des archevêques métropolitains. En France, cette prétention rencontra une assez vive opposition. Cependant, dès l'époque de saint Louis, ils obtinrent la préséance sur les évêques, et, sous le règne de Philippe le Bel, l'égalité avec les princes. Aux états de Tours, sous Louis xii (1505), le cardinal de Sainte-Suzanne, évêque d'Angers, était à la droite du roi et le roi de Sicile à la gauche. Cependant les pairs ecclésiastiques disputèrent le pas aux cardinaux ; et lorsqu'à la séance solennelle du parlement, où fut proclamée la majorité de Louis xiii, le 2 octobre 1614, on donna la préséance aux cardinaux, les pairs ecclésiastiques se retirèrent pour ne pas préjudicier à leurs droits. Peu de temps après, le 10 janvier 1630, le pape Urbain viii ordonna qu'à l'avenir les cardinaux seraient appelés éminences : jusqu'alors on leur avait donné les titres d'illustrissimes et révérendissimes. À la même époque, les évêques reçurent le titre de grandeur qui leur a été conservé.

Pendant longtemps le nombre des cardinaux n'était pas déterminé. Un règlement du concile de Constance l'avait fixé à vingt-quatre, mais dans la suite les papes l'augmentèrent. Sixte-Quint en fixa le nombre à soixante-dix par une bulle du 3 décembre 1586 ; il devait y avoir six cardinaux-évêques, quarante-cinq cardinaux-prêtres, et dix-neuf cardinaux-diacres. Ce règlement a été suivi par les successeurs de Sixte-Quint. Les insignes de la dignité des cardinaux, tels que le chapeau rouge, la pourpre, la calotte rouge, leur furent attribués à diverses époques. Ce fut le pape Innocent iv qui, au concile de Lyon en 1243, donna aux cardinaux le chapeau rouge. Vers la fin du xiiie siècle, le pape Boniface viii leur attribua la robe rouge ou robe de pourpre. Enfin, Paul ii y ajouta, en 1464, la barrette ou calotte rouge, le cheval blanc et la housse de pourpre.

Il y a maintenant trois ordres de cardinaux : les cardinaux-évêques, les cardinaux-prêtres et les cardinaux-diacres. Lorsque le pape fait une promotion de cardinaux, il leur donne le titre de prêtre ou de diacre, selon qu'il le juge à propos. Ils prennent leur rang suivant l'année de leur promotion et le titre qu'ils portent. Le premier cardinal-évêque, le premier cardinal-prêtre et le premier cardinal-diacre sont appelés chefs d'ordre, ce sont eux qui dans le conclave reçoivent les ambassadeurs et donnent audience aux magistrats. Le plus ancien cardinal par promotion ou celui qui a pu choisir le premier titre des cardinaux-évêques, qui est celui d'Ostie, devient doyen du sacré collège, et a le droit de sacrer le pape, quand il est choisi entre les cardinaux qui ne sont pas évêques. Il a le pallium (voy. ce mot) comme les archevêques. Au moment de leur promotion, les nouveaux cardinaux perdent leurs bénéfices, et ce n'est que par grâce que le pape les leur rend. Les cardinaux étrangers ne reçoivent point le chapeau qu'ils n'aient un indult (voy. ce mot) qui les dispense de renoncer à leurs bénéfices.

Un cardinal, qui va à Rome pour y recevoir le chapeau, doit s'y rendre en habit court violet. Pour l'audience du pape, il porte l'habit long ; il ne sort ensuite de chez lui que pour le consistoire. Le jour fixé il se rend au consistoire en carrosse de cérémonie et avec la plus grande pompe. « Il s'arrête, dit Aimon (Tableau de la cour de Rome), dans la chapelle de Sixte, quand la cérémonie se doit faire au Vatican, et dans une chambre, si c'est à Monte Cavallo. Cependant les anciens cardinaux entrent deux à deux dans la salle du consistoire, et, après avoir reçu l'obédience ou baisé la main du pape, deux cardinaux-diacres vont chercher le nouveau cardinal et le conduisent devant le pape, auquel il fait trois révérences profondes, une à l'entrée de la chambre de Sa Sainteté, l'autre au milieu et la troisième au bas du trône. Ensuite il monte les degrés, baise les pieds au pape qui l'admet aussi au baiser de paix. Le nouveau cardinal donne également le baiser de paix à tous les anciens cardinaux. Cette première cérémonie achevée, le chœur des musiciens entonne le Te Deum. Les cardinaux s'en vont deux à deux à la chapelle papale, où ils font le tour de l'autel avec le nouveau cardinal, accompagné d'un ancien qui lui cède la main droite pour cette fois seulement. Après quoi, le nouveau cardinal vient s'agenouiller sur les marches de l'autel, où le premier maître des cérémonies lui met sur la tête un capuchon qui pend derrière sa chappe, et, quand on chante le Te ergo du Te Deum, le nouveau cardinal se prosterne profondément et demeure dans cette posture, non seulement jusqu'à la fin du cantique, mais encore pendant que le cardinal-doyen, qui est pour lors à l'autel du côté de l'épître, dit quelques oraisons marquées dans le pontifical romain. Lorsque les prières sont finies, le nouveau cardinal se relève ; on lui abaisse le capuchon, après quoi le cardinal-doyen, en présence de deux chefs d'ordre et du cardinal camerlingue ou chancelier, lui présente la bulle du serment qu'il doit prêter. Après l'avoir lue, il jure qu'il est prêt à répandre son sang pour la sainte Église romaine et pour le maintien des privilèges du clergé apostolique auquel il est agrégé. Tous les cardinaux retournent ensuite dans la chambre du consistoire, dans l'ordre qu'ils avaient gardé pour en sortir. Le nouveau cardinal s'y rend aussi, marchant à la droite de l'ancien qui l'accompagnait à la chapelle. Il s'agenouille devant le pape ; un maître des cérémonies lui tire le capuchon sur la tête, et le pape lui met le chapeau de velours rouge sur le capuchon, en prononçant quelques oraisons. Le pape se retire ensuite, et les cardinaux en sortant du consistoire s'arrêtent en cercle dans la salle. Le nouveau cardinal vient leur faire la révérence au milieu de ce cercle et les remercier. Au premier consistoire où assiste le nouveau cardinal, le pape fait la cérémonie de lui fermer la bouche ; ce qui signifie qu'il lui est défendu de parler des choses qui s'y sont passées, et, au consistoire suivant, il fait la cérémonie de lui ouvrir la bouche, après lui avoir conféré ses titres et mis un anneau au doigt.

Le nombre des cardinaux français n'a jamais été fixe. Il leur était alloué une indemnité d'installation de quarante-cinq mille francs, et un traitement de dix mille francs qui s'ajoutait au traitement d'évêque ou d'archevêque qu'ils ont presque toujours. Ces allocations ont été augmentées dans le budget de 1853.

d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899

 

CARDINAL, subst. masc., se dit d'un prince ecclésiastique, qui a voix active et passive dans le conclave, lors de l'élection du pape.

Les Cardinaux composent le conseil et le sénat du pape. Il y a dans le Vatican une constitution du pape Jean, qui règle le droit et les titres des Cardinaux, et qui porte que, comme le Pape représente Moïse, ainsi les Cardinaux représentent les soixante-dix anciens, qui sous l'autorité pontificale jugent et terminent les différents particuliers.

On a donné ce titre à quelques évêques, en tant qu'évêques ; par exemple, à ceux de Mayence et de Milan. D'anciens écrits appellent l'archevêque de Bourges Cardinal, et l'église de Bourges église-cardinale. L'abbé de Vendôme prend le titre de Cardinal .

Les Cardinaux sont divisés en trois ordres ; six évêques, cinquante prêtres et quatorze diacres, faisant en tout soixante-dix, qu'on appelle Sacré Collège.

Le décret du pape Urbain VIII, par lequel il est ordonné que les Cardinaux seraient traités d'éminence, est de l'année 1630. Avant cela, on le traitait d'illustrissime.

Depuis ces nouvelles prérogatives, les Cardinaux ont précédé les évêques ; cependant ces derniers conservant leur prééminence ont quelquefois pris le pas dans les assemblées et les cérémonies publiques, en présence même du pape ; cela se voit dans l'acte de dédicace de l'église de Marmoutier, par le pape Urbain II, l'an 1090, lorsqu'il vint en France tenir le fameux concile de Clermont ; car dans cette cérémonie, Hugues, archevêque de Lyon, tenait, après le pape, le premier rang ; les autres archevêques et évêques le suivaient ; et après eux venaient les Cardinaux, prêtres et diacres qui avaient accompagné le pape dans ce voyage.

Les habits des Cardinaux sont la soutane, le rochet, le mantelet, la mozette et la chappe papale sur le rochet, dans les actions publiques et solennelles. La couleur de leur habit est différente, selon le temps, ou de rouge, ou de rose sèche, ou de violet : les Cardinaux réguliers ne portent point de soie ou d'autre couleur que celle de leur religion, avec une doublure rouge ; mais le chapeau et le bonnet rouge sont communs à tous.

Les Cardinaux que le pape envoye aux princes souverains, sont décorés du titre de Légats a Latere ; et lorsqu'ils sont envoyés dans une ville de la domination du pape, leur gouvernement s'appelle Légation.

d'après le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842)  — Paris, 1816

 

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