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Châtelain. — Seigneur ayant droit d'avoir château fort et de rendre justice. Il y avait deux espèces de châtelains : 1° les châtelains royaux, relevant immédiatement de la couronne et exerçant le droit de haute justice ; les appels de leurs sentences étaient portés devant les baillis et sénéchaux ; 2° les châtelains inférieurs, qui relevaient des ducs, des comtes, des barons ou d'autres seigneurs ; ils n'avaient que la moyenne et basse justice, et la rendaient à la porte ou dans la basse-cour (voy. Châteaux forts) du seigneur dominant. Les juges des villes portaient quelquefois le nom de châtelains, quand ils n'avaient que la moyenne et basse justice.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899
CHÂTELAIN, subst. masc. On
appelle seigneur Châtelain celui
qui a droit d'avoir un château et maison forte, revêtue
de tours et de fossés, et qui a justice avec titre de châtellenie. On appelle aussi Châtelain le
juge de cette
justice. Châtelain royal
est celui qui relevait immédiatement
du roi, à la différence de plusieurs Châtelains qui
relevaient d'autres Châtelains ou
d'une baronnie, ou autre seigneurie titrée. L'origine
des Châtelains vient
de ce que les ducs et comtes, ayant le gouvernement d'un territoire
fort étendu, préposèrent sous
eux, dans les principales bourgades de leur département,
des officiers qu'on appela castellani, parce que ces bourgades étaient
autant de forteresses appelées en latin castella.
La plupart de ces Châtelains n'étaient
dans l'origine que des concierges auxquels nos rois, pour
récompense
de leur fidélité, donnèrent en fief les
châteaux dont ils n'avaient auparavant que la garde.
Ces
Châtelains abusant de leur
autorité, furent tous
destitués par Philippe le Bel et Philippe le Long, en
1310 et 1516, suivant des lettres
rapportées dans le glossaire
de M. de Laurière, au mot
Châtelain.
La fonction de ces Châtelains était
non seulement de maintenir leurs sujets dans l'obéissance,
mais aussi de leur rendre la justice, qui était alors
un accessoire du gouvernement militaire. Ainsi, dans l'origine,
ces Châtelains n'étaient que de simples officiers.
Ils n'avaient ordinairement que la basse
justice ; et dans le pays de Forez, il y eut des juges Châtelains qui
n'avaient justice que jusqu'à 60 sous, comme
on voit dans les arrêts
de Papon, tit. de la jurisdiction des Châtelains de
Forez. Il en est de même des Châtelains de
Dauphiné,
suivant le chap. I des statuts
de potest.
castell., et Guy-pape, décis. 285 et 626. Les coutumes d'Anjou, Maine et Blois disent aussi que les juges de la
justice primitive des seigneurs
Châtelains n'ont que
basse justice.
On donna aussi, en quelques provinces, le nom
de Châtelains aux
juges des villes, soit parce qu'ils étaient capitaines
des châteaux, ou parce qu'ils rendaient la justice à la
porte ou dans la basse-cour du château. Ces Châtelains étaient
les juges ordinaires de ces villes, et avaient la moyenne justice
comme les vicomtes, prévôts ou viguiers des autres
villes ; et même, en plusieurs grandes villes, ils avaient
la haute justice.
Les Châtelains des
villages ayant le commandement des armes, et se trouvant loin
de leurs supérieurs,
usurpèrent, dans des temps de trouble, la propriété de
leur charge et la seigneurie de leur département ; de
sorte que
depuis le nom de Châtelains fut
un titre de seigneurie et non pas un simple office, excepté en
Auvergne, Poitou, Dauphiné et Forez, où les Châtelains étaient
encore avant la révolution de simples officiers.
Les seigneurs Châtelains étaient
inférieurs
aux barons, tellement qu'il y en avait qui relevaient des barons,
et qu'en quelques pays les barons étaient appelés
grands Châtelains, comme l'observe Balde.
Aussi les barons avaient-ils deux prérogatives
sur les Châtelains ;
l'une,
que leurs juges avaient par état
droit de haute justice, au lieu que les Châtelains n'auraient
dû avoir que la basse, suivant leur première institution ;
l'autre, que les barons avaient droit de ville close
et de garder les clés, au lieu que les Châtelains avaient
seulement droit de château ou maison forte.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816
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