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ÉCHEVIN, subst. masc., c'était
le titre que l'on
donnait anciennement aux assesseurs ou conseillers des comtes.
Les Échevins étaient
appelés Scabini, Scabinii
ou Scabinei, et quelquefois Scavini, Scabiniones, ou
Scapiones : on les appelait aussi
indifféremment racinburgi ou rachinburgi ce
dernier nom fut usité pendant toute la première race,
et en quelques lieux jusque sur la fin de la seconde.
On leur donnait aussi quelquefois les noms de sagi, barones, ou viri
sagi, et de senatores.
Le terme de Scabini, qui était leur nom le plus
ordinaire, et d'où l'on a fait en français
Échevin, vient de l'allemand, schabin
ou schehen, qui signifie juge ou homme savant.
Quelques-uns ont néanmoins prétendu que ce mot tirait
son étymologie d'eschever, qui
en vieux langage signifie cavere ; et que l'on
a donné aux
Échevins ce nom, à cause
des soins qu'ils prenaient de
la police des villes ; mais comme le nom latin de Scabini est
plus ancien que le mot français Échevins,
il est plus probable que Scabini est venu de l'allemand schabin
ou schehen, et que de ces mêmes termes,
ou du latin Scabini, on
a fait Échevin, qui ne diffère
guère que par l'aspiration
de la lettre s, et par la conversion du h en v.
Le moine Marculphe qui écrivait vers l'an 660, sous
le règne de Clovis II, fait mention dans ses formules des Échevins qui
assistaient le comte ou son viguier, vigarius, c'est-à-dire lieutenant, pour
le jugement des causes. Ils étaient nommés tantôt Scabini, tantôt rachinburgi. Aigulphe,
comte du palais sous le même roi, avait pour conseillers
les gens d'épée comme lui, qu'on nommait
Échevins du palais, Scabini
palatii. Il est aussi fait mention
de ces Échevins du palais dans
une chronique du temps de Louis-le-Débonnaire,
et dans une charte de Charles-le-Chauve.
Les capitulaires de Charlemagne, des années 788, 803, 805
et 809 ; de Louis-le-Débonnaire en 819, 829 ; et de
Charles-le-Chauve, des années 864, 867 et plusieurs autres,
font aussi mention des Échevins en
général, sous le nom
de Scabini, et suivant ces capitulaires et plusieurs anciennes
chroniques, les Échevins étaient élus
par le magistrat même avec les principaux citoyens.
Il paraît que dans la ville de Paris la fonction des Échevins qui
existaient dès le temps de la première
et de la seconde race, continua encore sous la troisième jusque
vers l'an 1251, ils étaient nommés par le peuple
et présidés par un homme du roi : ils portaient
leur jugement au prévôt de Paris, lequel alors ne jugeait
point. Ces prévôts n'étaient que des
fermiers de la prévôté, et dans les prévôtés
ainsi données à ferme, comme c'était alors
la coutume, c'était les Échevins qui taxaient
les amendes. Les Échevins
de Paris cessèrent de faire la fonction de
juges ordinaires, lorsque Étienne Boileau fut prévôt
de Paris, c'est-à-dire en 1251 ; alors ils mirent à leur
tête le prévôt des marchands ou de la confrérie
des marchands, dont l'institution remontait au temps de Louis VII.
Ce fut sous son règne, en 1170, qu'une compagnie des
plus riches bourgeois de la ville de Paris y établit une confrérie
des marchands de l'eau, c'est-à-dire fréquentant
la rivière de Seine, et autres rivières affluentes. Ils
achetèrent des religieuses de Haute-Bruyère une
place hors la ville qui avait été à Jean Popin,
bourgeois de Paris, lequel l'avait donnée à ces
religieuses. Ils en formèrent un port appelé le port
Popin ; c'est à présent un abreuvoir
du même nom. Louis le Jeune confirma cette acquisition et établissement
par des lettres de 1170 ; Philippe Auguste donna aussi quelques
temps après des lettres pour confirmer le même établissement
et régler la police de cette compagnie.
Les officiers de cette compagnie sont nommés dans un arrêt
de la Chandeleur en 1228 (au registre præpositi mercatorum
aquæ olim) ; dans un autre de la Pentecôte,
en 1273, ils sont nommés Scabini, et leur chef magister Scabinorum. Dans
le recueil manuscrit des ordonnances de police de saint Louis ils sont
dits li prévôt de la confrérie des
marchands et li Échevins de la
marchandise ; li jurés de
la confrérie des marchands.
Depuis ce furent des officiers municipaux établis dans plusieurs
villes, bourgs et autres lieux, pour avoir soin des affaires de la
communauté : en quelques endroits ils avaient aussi une
juridiction et autres fonctions plus ou moins étendues, selon
leurs titres et possession, et suivant l'usage du pays.
Loyseau, en son Traité des offices, liv. V, chap. vij, dit
que les Échevins étaient
magistrats, du moins municipaux, de même que ceux que les Romains
choisissaient entre les décurions ;
il les compare aussi aux édiles, et aux officiers que l'on
appelait Defensores civitatum ; et en effet les fonctions
de ces officiers avaient bien quelque rapport avec celles d'Échevins,
mais il faut convenir que ce n'était pas précisément
la même chose, et que le titre et les fonctions de ces sortes
d'officiers, tels qu'ils étaient établis
parmi nous, étaient absolument inconnus aux Romains ; l'usage
en fut apporté d'Allemagne par les Francs, lorsqu'ils
firent la conquête des Gaules. Voyez Anoblissement,
Maire.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816
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