- Mœurs ; famille
- Habitations ; meubles
- Nourriture ; fêtes
- Habillement
Mœurs ; Famille
On ne peut connaître la vie d'un peuple sans pénétrer jusqu'au foyer domestique et étudier la vie privée. La famille, telle que la présentent les sociétés chrétiennes et principalement la société française, est supérieure à la famille de l'antiquité. Le père de famille n'a rien conservé du pouvoir exorbitant dont l'avait armé la loi romaine et que maintinrent plusieurs des coutumes du moyen âge ; on doit même se plaindre que la mollesse moderne et la facilité de nos mœurs aient énervé l'autorité salutaire du chef de famille. Quant à la femme, le christianisme, la chevalerie, la galanterie qui en est née, enfin, la sagesse de nos lois ont élevé sa condition et effacé toutes les traces de servitude que lui avait imprimées l'antiquité. Les coutumes qui avaient si longtemps placé la femme serve ou vassale dans la dépendance du seigneur, lorsqu'elle voulait contracter un mariage, ont disparu avec les lois féodales [1].
Habitations ; Meubles
Les habitations se sont transformées : La cabane couverte de chaume, où s'abritait le Gaulois, s'est transformée en manoir féodal, en château, en palais, en une demeure où le luxe a étalé toutes ses richesses, où l'industrie française a réuni des merveilles de toute nature, empruntant à l'Italie ses tapis et ses glaces, à l'Orient ses damas, et surpassant par la perfection de ses produits toutes les industries rivales. Ce luxe est descendu du château à la maison du bourgeois. On en doit craindre l'invasion jusque dans les campagnes.
Même progrès pour les meubles : le banc de bois, le lit enfermé dans une armoire, comme on le voit encore dans quelques villages de Bretagne, la table grossière, où des excavations tenaient lieu de plats et d'assiettes, ont fait place, dans les maisons des grands et des riches, au luxe de l'ameublement, aux bois précieux délicatement travaillés, sculptés, ciselés, plaqués ; à des meubles moins somptueux, mais propres et commodes, dans les classes inférieures [2].
Nourriture ; Fêtes
Les repas des chefs gaulois ou francs se composaient de viandes grossièrement apprêtées et servies avec une maladroite profusion, pendant que le peuple était réduit à des aliments malsains, ou, dans les jours de fête, à la viande de porc. L'art culinaire a substitué dans les classes élevées la délicatesse à une abondance sans goût, et dans toutes les classes des aliments sains à une nourriture insalubre [3]. Ce progrès n'a pas été, comme pour le luxe des habitations et des meubles, sans un mélange dangereux de raffinement et de corruption des mœurs. La vigueur des corps et des esprits en a souffert.
Les fêtes aussi se sont modifiées : le moyen âge se plaisait principalement aux chasses et aux images des combats. Les Français des derniers siècles leur ont substitué des plaisirs que goûte surtout l'intelligence. Les farces grossières du moyen âge ont fait place à la tragédie, à la comédie et à l'opéra. Malheureusement des scènes frivoles ou immorales remplacent trop souvent sur nos théâtres ces nobles délassements de l'esprit [4].
Habillement
Les variations de la mode, qui semblent au premier aspect ne relever que du caprice, ont eu aussi leurs lois et ont répondu aux diverses phases qu'a traversées la société française. Je ne parlerai ni du vêtement gaulois que nous connaissons imparfaitement, ni du costume des Francs, dont il ne nous est parvenu que des descriptions peu claires. Si l'on remonte seulement à l'époque où des monuments ligures donnent une idée plus exacte du costume, on voit les variations des vêtements répondre au caractère de la nation. Du xie au xiiie siècle, pendant l'époque des croisades, les costumes sont sévères et conviennent à l'esprit de cette société guerrière et religieuse. De vastes manteaux fourrés d'hermine ou de menu vair couvrent les hommes d'armes, les clercs et les barons. De là vient la toge qu'on retrouve encore aujourd'hui dans la magistrature et les universités, de même que le mortier ou chaperon galonné. Les femmes, comme les hommes, s'enveloppaient dans ces longues robes flottantes, pendant qu'un voile tombait sur leurs épaules et couvrait de ses replis le cou et la poitrine. Les xive et xve siècles furent une époque de changement dans toute la société, les costumes se modifièrent alors comme les mœurs ; ils devinrent bizarres et souvent indécents. C'est l'époque des souliers à la poulaine, des chausses mi-parties de diverses couleurs, des immenses bonnets ou hennins dont se paraient les femmes. Quelques classes seulement, comme le clergé, la magistrature et les universités, conservèrent la dignité et la sévérité de l'ancien costume.
Au xvie siècle, sous l'influence italienne, il y eut plus de goût et de véritable élégance. Au xviie siècle, on admire la richesse et la beauté des vêtements, mais on est frappé en même temps de cette étiquette rigoureuse et gênante qui fut un des traits caractéristiques de l'époque. L'élégance maniérée du xviiie siècle a fait place enfin à ce pêle-mêle de costumes et à ce mépris de toute étiquette qui, depuis 1789, confondent les classes et annoncent le triomphe des idées d'égalité. La différence des vêtements n'indique aujourd'hui que des fonctions et non des classes. Le clergé, par respect pour les traditions, et le soldat, par discipline, ont seuls conservé, hors de leurs fonctions, un costume distinctif. C'est à peine si l'on retrouve encore, au fond de quelques provinces de la France, des traces des vêtements traditionnels, et chaque jour elles tendent à s'effacer. Quelques personnes peuvent regretter le caractère pittoresque de ces anciens usages, mais ici comme partout, il faut reconnaître l'influence des idées d'unité et d'égalité qui dominent l'histoire entière de la France [5].
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899
Note de l'auteur
1. Voy. les articles Chevalerie, Dames, Formaniage, Mariage, Père de famille. — Ouvrages à consulter : Essai sur la monarchie française ou précis sur l'histoire des arts, des sciences, des usages et des institutions des différents peuples qui ont habité la France, par Rouillon-Petit (Paris, 1812, in-12) ; les Mœurs et coutumes des Français dans les premiers temps de la monarchie, par l'abbé Le Gendre (Paris, 1753, in-12) ; Moeurs et coutumes des Français, par Poullin de Lumina (Lyon, 1769, 2 tomes en 1 vol. in-12) ; Précis de la vie privée des Français dans tous les temps et toutes les provinces de la monarchie, par Contant d'Orville (Paris, 1783, in-8). Cet ouvrage forme le tome iii des Mélanges tirés d'une grande bibliothèque. Voy. aussi, sur la condition des femmes, Recherches sur les prérogatives des dames chez les Gaulois, les cours d'amour, et divers autres usages et privilèges anciens, par le président Rolland (Paris, 1787, in-12) ; Ed. Laboulaie, Recherches sur la condition civile et politique des femmes, depuis les Romains jusqu'à nos jours (Paris, 1845, in-8), et Kœnigswarter, De l'organisation de la famille en France (Paris, 1851, in 8).
2. Voy., dans le Dictionnaire, les articles Maison, Meubles et Table. — Histoire de la vie priéve de français, par Le Grand d'Aussy (Paris, 1782, 3 vol. in-8).
3. Voy. Nourriture et Repas.
4. Voy. les articles Entremets, Danse macabre, Fêtes, Jeux, Théâtre, Tournois, Vénerie, avec les indications bibliographiques. On peut encore consulter la Pyrotechnie ou Art du feu, composée par Vanoccio Biringuccio, Siennois, et traduite d'italien en français par M. Jacques Vinant (Paris, 1572, in-4) ; Traité des feux artificiels, par François de Malthe (Paris, 1632, in-12) ; la Danse des morts comme elle est dépeinte dans la ville de Bâle, par Mat. Mérian (Bâle, 1744, in-4), et surtout le livre de M. Magnin sur les Origines du théâtre moderne.
5. Voy. les articles Barbe, Cheveux, Habillement, Perruque. Ajoutez les ouvrages suivants : Histoire des modes françaises ou Révolution du costume en France, depuis l'établissement de la monarchie jusqu'à nos jours, par Molé (Paris, 1773, in-12). Il n'est question dans cet ouvrage que des cheveux et de la barbe ; Essais historiques sur les modes et la toilette française, par le chevalier de.... (Paris, 1824, 2 vol. in-18) ; Histoire des révolutions de la barbe chez les Français, depuis l'origine de la monarchie (Paris, 1826, in-12) ; Études pour servir à l'histoire des châles, par P. J. Rey, fabricant de cachemires (Paris, 1832, in-8).
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