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Au Blason des Armoiries : héraldique, féodalité, noblesse, armoiries
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Agriculture

Au Blason des Armoiries
 

Agriculture. — Les Gaulois reçurent des Phocéens, fondateurs de Marseille, les premières notions d'agriculture ; telle est, du moins, la tradition conservée par Justin. De la Gaule méridionale, l'art de cultiver la terre se répandit dans toutes les parties de cette contrée et y devint même très florissant. Strabon dit que l'on récoltait dans la Gaule entière du froment et du millet, qu'on y nourrissait des troupeaux de toute espèce, et qu'à l'exception des bois et des marais tous les terrains étaient productifs. Cette assertion est confirmée par le géographe Pomponius Mela. On voit dans Pline que les Gaulois fumaient les terres soit avec de la chaux, soit avec de la marne. Ils avaient inventé pour scier les blés une machine qui abattait l'épi, sans endommager la paille. Comme ils ne connaissaient pas l'usage du fléau, ils faisaient fouler le blé par des chevaux et des bœufs pour séparer le grain de l'épi, ou l'égrenaient sous des rouleaux traînés par ces animaux. On remarque, sous la domination romaine, l'introduction ou du moins la propagation de la culture de la vigne en France. Elle était déjà considérable, lorsque Domitien fit arracher les vignes de la Gaule, en 92 après Jésus-Christ, sous prétexte que la culture de la vigne nuisait à celle du blé. Les vignes furent replantées sous Probus en 282.

Les bouleversements causés par les invasions des barbares ruinèrent l'agriculture. Il fallut qu'au vie siècle les moines bénédictins défrichassent une grande partie des terres abandonnées par les anciens cultivateurs. Charlemagne chercha à ranimer l'agriculture. Il publia un capitulaire sur l'entretien de ses métairies (de villis), où il descendait à des détails d'une minutieuse utilité. « Il ordonnait, dit Montesquieu (Esprit des lois, livre xxxi, chap. xviii), qu'on vendît les œufs des basses-cours de ses domaines et les herbes inutiles de ses jardins ; et il avait distribué à ses peuples toutes les richesses des Lombards et les immenses trésors de ces Huns qui avaient dépouillé l'univers. »

Après Charlemagne, l'agriculture, entravée par les guerres civiles et étrangères, tomba dans un état déplorable. Les longues famines dont parlent les chroniqueurs du xie siècle attestent à quel point les terres étaient abandonnées. La trêve de Dieu, qui suspendait les guerres du mercredi soir au lundi matin, ainsi que pendant l'avent et le carême, apporta un peu de soulagement à la misère des peuples. Les lois de saint Louis furent surtout utiles à l'agriculture. Il suspendit d'abord les guerres privées pendant quarante jours (Voy. Quarantaine-le-Roi), puis les prohiba entièrement, et l'ordonnance de 1258 indique positivement que c'est pour empêcher la perturbation du labourage (carrucarum perturbationem) que cette mesure a été adoptée. En rendant le seigneur responsable des brigandages commis sur ces terres, il le contraignait de veiller au maintien de l'ordre, première condition de la prospérité agricole. On trouve dans le cartulaire de Notre-Dame de Paris, publié par M. Guérard, l'indication de ce qu'était une ferme à cette époque (Introduction, ccx) : « La cour ou pourpris de la grange devait avoir quarante toises de long et trente de large ; le mur de clôture dix-huit pieds de haut, non compris le chaperon. Dans ce mur devait être pratiquée une porte avec une poterne, et au-dessus de la porte et de la poterne devaient être élevés des greniers vastes et solides : c'était la grange proprement dite. Elle devait avoir vingt toises au moins de longueur et neuf toises ou environ de largeur, avec une gouttière à la hauteur de douze pieds. Près de la porte, un appentis de dix à douze toises était destiné à l'habitation. Sur le pignon de derrière devait être construite une tourelle assez grande pour contenir un lit et un escalier. On devait employer à la construction de cette tourelle de bon bois de chêne, gros et fort, et de bonnes tuiles. Les angles des murs, ainsi que la porte, devaient être en pierres de taille. Enfin, il devait être construit un grand et bon pressoir, couvert d'un bon appentis en tuiles. »

Depuis le xiiie siècle, les meilleurs règnes furent signalés par la protection accordée aux laboureurs. Charles v et Charles vii, en suspendant les guerres civiles et étrangères, Louis xi par l'introduction de la culture du mûrier, Louis xii par sa sollicitude toute paternelle pour le paysan et par l'affranchissement d'une grande partie des serfs, encouragèrent l'agriculture. Les cultivateurs affranchis devinrent pour la plupart des fermiers, et travaillèrent avec plus de zèle lorsqu'ils furent assurés de profiter de leurs labeurs. Les conditions auxquelles ils prenaient les fermes étaient de diverse nature. Quelques-uns étaient fermiers partiaires et s'engageaient à laisser au propriétaire une partie des grains et autres denrées provenant de la métairie qu'ils cultivaient. Sous l'influence de ce nouveau régime et surtout de l'ordre, que l'autorité affermie fit régner dans les campagnes au commencement du xvie siècle, l'agriculture fit de rapides progrès. Les propriétés gagnèrent en valeur, comme l'atteste un écrivain contemporain, Claude de Seyssel. « Le revenu des bénéfices, des terres et des seigneuries est crû partout généralement de beaucoup…, et je suis informé par ceux qui ont principale charge des finances du royaume, gens de bien et d'autorité, que les tailles se recouvrent à présent beaucoup plus aisément, et à moins de contrainte et de frais, sans comparaison, qu'elles ne faisoient du temps des rois passés. » (Louanges du bon roi Louis xii, par Claude de Seyssel.) Les produits de l'agriculture s'accrurent considérablement, et au xvie siècle on exportait des vins de France en Angleterre, en Écosse, en Flandre, dans le Luxembourg, en Lorraine et en Suisse pour plus de quatre millions par an (voy. la relation de Marino Cavalli (1546) dans les Relations des ambassadeurs vénitiens, i, 253). Les laines de Normandie et de Picardie étaient, d'après le même ambassadeur, un des produits avantageux de l'agriculture française. La culture du mûrier avait pris un grand développement, et on comptait à Tours huit mille métiers occupés à travailler la soie.

Les guerres de religion dévastèrent les campagnes, et l'agriculture ne se releva que sous l'administration énergique de Sully. Persuadé que le labourage et le pâturage sont les deux mamelles de l'État, il protégea les paysans contre les violences des gens de guerre et des usuriers, et prescrivit le dessèchement des marais. Il fit planter des arbres le long des chemins, mais le peuple ignare, dit un contemporain, les arrachait ou les mutilait. « C'est un Sully, faisons-en un Biron, » répétait cette multitude égarée. La culture du mûrier prit plus d'extension à cette époque, et le procès-verbal de l'assemblée du commerce constate qu'en moins de deux ans on exporta des soieries pour plus de six millions d'écus. L'écorce des mûriers blancs servait à fabriquer des toiles et des cordages. Olivier de Serres écrivit alors son Théâtre d'agriculture pour encourager et perfectionner cet art. L'agriculture, comme toutes les professions utiles, fut protégée par Colbert. Dans un mémoire adressé au roi, il signalait les paysans comme dignes des encouragements de l'État. Louis xiv, d'après le conseil de ce ministre, défendit de saisir les bestiaux pour le payement des impôts ; il diminua les tailles qui pesaient principalement sur les paysans, et par l'ordre qu'il fit régner en France, au moins pendant une grande partie de son gouvernement personnel, favorisa les progrès de l'agriculture. Les malheurs de la fin du règne de Louis xiv annulèrent les heureux résultats du ministère de Colbert, et pendant près d'un demi-siècle l'agriculture resta languissante. Vers la seconde moitié du xviiie siècle, il se manifesta dans la nation un grand élan pour les progrès agricoles. L'école des physiocrates, qui cherchaient surtout à développer la prospérité naturelle du pays, y contribua puissamment. « Alors, dit un contemporain (Legrand d'Aussy, Histoire de la vie privée des Français, édit. de 1782, t. i, p. 14 et suiv.), alors s'est répandu dans la nation un engouement général sur tout ce qui regarde l'agriculture, et cet engouement a été produit par un livre, l'Ami des hommes (ouvrage du père de Mirabeau). Alors parurent sur cet art une foule d'ouvrages, soit nationaux, soit induits de l'anglais. Alors s'établirent une gazette et un journal d'agriculture, des académies et des assemblées d'agriculture, des prix et des fêtes d'agriculture, une école vétérinaire enfin pour le traitement des animaux qui servent à l'agriculture. Qui n'a entendu parler des Économistes et de leurs deux écoles, pratique et théorique ? Le gouvernement lui-même, secondant l'impulsion donnée aux esprits, a fait distribuer à ses frais dans les provinces plusieurs livres qui avaient de la réputation. Il a favorisé les défrichements par des exemptions particulières, et permis l'exportation des grains que depuis il a prohibée par d'autres vues. En condamnant avec impartialité les abus et le ridicule, dont on a pu se rendre coupable, pendant cette époque de l'enthousiasme des Français, avouons cependant qu'il en est résulté réellement pour l'agriculture et par conséquent pour l'État plus d'un bien. On a desséché des marais, défriché des landes, fertilisé des terres arides, formé des prairies artificielles, et fait, sur le chaulage des grains, sur leurs diverses maladies, sur les insectes auxquels ils sont sujets, spécialement enfin sur l'art de les conserver, beaucoup d'expériences utiles. » L'auteur entre ensuite dans des détails très étendus sur les inventions destinées à perfectionner le battage des blés, la conservation et la mouture des grains. Il m'est impossible de le suivre dans ces développements, et je dois me borner à quelques mots sur les réformes entreprises par Turgot dans l'intérêt de l'agriculture.

Turgot fut l'auteur de l'édit de février 1776 qui abolissait les corvées et ne détournait plus le paysan de la culture de la terre ; malheureusement cet édit fut bientôt révoqué et les corvées ne furent définitivement abolies que par l'Assemblée constituante. D'autres édits de 1776 étaient également destinés à perfectionner l'agriculture. Les défrichements furent encouragés et les terres nouvellement livrées à l'agriculture furent exemptées de la dîme. Les lapins des capitaineries royales ravageaient les terres ensemencées et causaient de grands dommages aux cultivateurs ; un édit du 21 janvier 1776 ordonna de détruire ces animaux nuisibles. L'arrêt du conseil du 8 janvier de la même année, dicté par Turgot, était destiné à prévenir ou réparer les calamités résultant des épizooties. Enfin, le libre commerce des grains, que les traditions féodales, l'esprit de routine et un intérêt fiscal avaient toujours entravé, fut établi par Turgot ; mais cette innovation provoqua une révolte que les ennemis du ministre eurent la cruelle habileté de fomenter et de rendre populaire. Turgot ne se laissa pas décourager et poursuivit ses réformes pour encourager l'agriculture, et diminuer le prix des grains par la libre circulation. La chute de ce ministre entraîna l'abolition ou du moins l'ajournement des édits qu'il avait inspirés ou projetés. Les lois de la Constituante pour la liberté du commerce des grains et l'abolition des droits féodaux qui entravaient l'agriculture furent suivies d'une telle perturbation qu'il fut impossible d'en profiter immédiatement. C'est seulement après le rétablissement de l'ordre que l'agriculture a fait de nouveaux efforts pour nourrir une population qui s'était considérablement accrue. Le gouvernement seconda cette impulsion. Il institua, en 1831, un conseil général d'agriculture qui se compose de propriétaires instruits et a pour mission d'encourager les améliorations et de les propager dans toute la France. En 1834, un ministère spécial de l'agriculture fut organisé ; il a été supprimé en 1852. Des comices agricoles ou associations libres d'agriculteurs se réunirent chaque année pour encourager les innovations utiles et récompenser les cultivateurs qui se distinguaient par leur zèle et leurs progrès. Des fermes-modèles avaient été établies depuis longtemps pour former des agronomes instruits et expérimentés. Les concours régionaux pour les animaux reproducteurs sont encore un encouragement donné à l'agriculture. Le Crédit agricole établi sous la direction du Crédit foncier (voy. ce mot) a été autorisé par la loi du 28 juillet 1860 et a pour but de mettre l'agriculteur à l'abri de l'usure. L'institution de chambres consultatives pour l'agriculture permet aux propriétaires fonciers de faire entendre leurs vœux et leurs réclamations.

d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899

 

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