Alleux. — L'origine des alleux ou terres possédées en toute souveraineté a été indiquée plus haut (voy. Ahriman) ; c'étaient les domaines tirés au sort par les barbares (sortes barbaricæ). On a en même temps signalé la cause de la diminution des terres allodiales qui se confondirent peu à peu avec les bénéfices et les fiefs. Cependant il y eut toujours des terres qui conservèrent le caractère allodial et ne furent soumises qu'aux obligations imposées primitivement aux alleux. Dans le roman de Gérard de Roussillon, cité par Lacurne Sainte-Palaye (Dict. ms. des Antiquités franc., au mot Alleux), le roi menace Gérard de lui enlever ses fiefs et ses alleux ou biens patrimoniaux. Les fondations pieuses, dont parle le même roman, sont presque toujours faites en biens allodiaux. Jusqu'à la révolution, il y eut des terres tenues en franc-alleu, c'est-à-dire ne relevant d'aucun seigneur. On distinguait le franc-alleu noble, terre qui avait droit de justice ou de redevance, et le franc-alleu roturier, domaine allodial sans justice ni autres droits féodaux. On distinguait encore l'allodial corporel et l'allodial incorporel ; le premier était une terre tenue en franc-alleu ; le second une rente foncière tenue également en franc-alleu.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899