Amende honorable. — Le condamné faisait amende honorable en avouant publiquement le crime pour lequel il avait été jugé. Il y avait plusieurs espèces d'amendes honorables ; la première se faisait à l'audience, en présence des juges assemblés et des parties lésées. Le patient, conduit par le geôlier de la prison, était nu-tête, sans aucune marque de dignité, et se mettait à genoux. La seconde forme d'amende honorable était plus infamante, le condamné était conduit par le bourreau, sur une place publique, souvent en face d'une église, tête nue et pieds nus, en chemise, la corde au cou, tenant en main un cierge de cire jaune, et portant sur le dos un écriteau. Là, il lisait une formule commençant par ces mots : Je demande pardon à Dieu, au roi et à la justice, etc. En 1384, l'avocat Jean Desmarets, iniquement condamné, refusa de prononcer toute la formule. « Je demande pardon à Dieu, dit-il, mais j'ai toujours servi loyalement le roi et ses prédécesseurs ; je n'ai point de pardon à leur demander ; à Dieu seul je veux crier merci. » L'amende honorable a été abolie par le Code pénal de 1791 (titre ier, art. 35). La loi du sacrilège, votée le 20 avril 1826, imposait au condamné une amende honorable devant la principale église du lieu où le sacrilège avait été commis. Cette loi a été abrogée le 16 octobre 1830. Le moyen âge avait une amende honorable d'une nature particulière : le seigneur rebelle était souvent condamné à porter sur ses épaules un chien mort ; cette peine infamante s'appelait harnescar ou cynophorie, et était appliquée surtout en Allemagne.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899