Année. — L'époque du commencement de l'année a varié plusieurs fois depuis la chute de l'empire romain. Le calendrier julien ou de Jules César la faisait dater du 1er Janvier. Il semble qu'après l'établissement des Francs dans les Gaules, l'annéе commença au mois de mars, puisque le troisième concile d'Orléans, tenu en 533, comptait le mois de mai pour le troisième mois de l'année. On trouve aussi dans la quarante-deuxième formule du second livre de Marculfe, la preuve que les Francs faisaient dater leur année, tantôt du ier mars, tantôt du 25 de ce mois. Charlemagne introduisit dans le calendrier un changement important ; il emprunta à l'Italie l'usage de commencer l'année à Noël. Cette coutume fut suivie aux viiie et ixe siècles ; cependant on trouve, même à cette époque, quelques actes qui font commencer l'année au 1er janvier. On abandonna au xe siècle l'usage de dater de la Nativité ; mais, comme dans ces temps de confusion, il n'y avait aucune loi générale, on suivit simultanément deux systèmes chronologiques, dont l'un prenait pour point de départ le 1er janvier, et l'autre le jour de Pâques. Les Annales des Bénédictins de D. Mabillon (t. iv, p. 257, 264) attestent que, sous le roi Robert (996-1031), les deux systèmes étaient en usage. Peu à peu la coutume de commencer l'année à Pâques prévalut ; elle régna à Paris et au nord de la France pendant les xive et xve siècles, et dans la première moitié du xvie siècle. Dans le midi, on se servait d'un autre calendrier. Bouchet, Généalogie des rois de France, dit en parlant de Charles viii : « Il alla de vie à trépas au chasteau d'Amboise, le 7 avril 1497 avant Pasques à commencer l'année à la feste
de Pasques ainsi qu'on fait à Paris, et en 1498 à commencer à l'annonciation Nostre-Dame, ainsi qu'on fait en Aquitaine. »
Chaque année. on attachait au cierge pascal le calendrier, avec l'indication des fêtes et principales époques. Il y avait dissidence entre le style des actes ecclésiastiques, politiques et civils, datés de Pâques ou de l'Annonciation, et les traditions restées en vigueur qui plaçaient au 1er janvier le commencement de l'année, ainsi que les fêtes de famille destinées à le célébrer. Enfin, l'ordonnance de Roussillon, rendue en 1563 par Charles ix ou plutôt par le chancelier de L'Hôpital, décida qu'à l'avenir l'année civile commencerait au 1er janvier. L'Église conserva son calendrier spécial (voy. Rites ecclésiastiques).
En 1532, la France adopta la réforme grégorienne qui retranchait dix jours de l'année, et on passa immédiatement du 5 octobre au 15 du même mois. C'est ce qu'on appela le nouveau style en opposition avec le vieux style, que la plupart des nations protestantes ont suivi jusqu'au dernier siècle, et que suivent encore les Russes. Il en résulta une différence de dix jours entre les deux calendriers, différence qui s'accrut d'un jour à peu près par siècle. Les années bissextiles reviennent tous les quatre ans et se composent de trois cent soixante-six jours pour compenser l'omission d'une fraction de jour négligée dans les années ordinaires. Le nom de bissextile vient de ce que les Romains, depuis la réforme du calendrier par Jules César, redoublaient le sixième jour avant les kalendes de mars, qui répondait au 23 février. En France, on a longtemps fait l'intercalation après le 23 février, et alors la fête de saint Mathias, au lieu de tomber le 24 février, était placée le 25. Aujourd'hui on ajoute simplement un jour à février.
L'année républicaine, adoptée en 1793,
datait du 22 septembre 1792, époque du
solstice d'automne et de la proclamation
de la république ; elle était divisée en
douze mois de trente jours : vendémiaire,
ainsi nommé des vendanges ; brumaire,
des brouillards ; frimaire, du froid ; nivôse, de la neige ; pluviôse, des pluies ;
ventôse, des vents ; germinal, du développement de la sève dans les plantes ;
floréal, de l'épanouissement des fleurs ; prairial, de la fertilité des prairies ; messidor, des moissons ; thermidor, de
la chaleur ; fructidor, des fruits. Chaque
mois était divisé en trois décades, dont
le premier jour s'appelait primidi et le
dernier décadi. L'année se terminait par
cinq ou six jours complémentaires consacrés à des fêtes. L'année républicaine a duré un peu moins de quatorze ans. Le sénatus-consulte du 21 fructidor an xiii décida que le calendrier grégorien serait rétabli à partir du 1er janvier 1806.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899