Architecture. — En France, l'histoire de l'architecture ou de l'art de construire et d'orner des édifices présente six époques distinctes. Je ne puis que les indiquer rapidement : 1° l'architecture gauloise n'a laissé que des monuments informes ; tantôt ce sont des pierres levées, ou pierres droites, menhirs ou peulvans, parfois isolées, parfois groupées, comme à Carnac, dans le Morbihan ; tantôt des cromlechs ou cercles de pierres ; tantôt des dolmens, composés de larges pierres placées horizontalement sur des pierres verticales (voy. Gaulois) ; 2° l'architecture gréco-romaine ; outre des débris de voies romaines, elle a laissé quelques monuments remarquables, surtout dans le midi ; telles sont les arènes de Nîmes et d'Arles, l'arc de triomphe d'Orange, le pont du Gard, la maison carrée de Nîmes ; 3° l'architecture romane ; elle se caractérise par le plein cintre ou arcade semi-circulaire ; elle a élevé ses principaux monuments, églises ou abbayes, aux xie et xiie siècles ; elle a d'abord une grande et majestueuse simplicité, puis elle se charge d'ornements, comme à Notre-Dame de Poitiers et à la cathédrale de Bayeux ; 4° l'architecture ogivale, qu'on appelle improprement architecture gothique ; elle se distingua de la précédente par l'arc aigu ou ogive, puis par l'élancement des voûtes, des flèches, des piliers, enfin par le luxe des ornements qui couvrit et finit par surcharger les ogives, les portails, les voûtes et les flèches (voy. Église). On distingue trois âges de l'ogive : d'abord l'ogive à lancette, sans ornements intérieurs ; elle se trouve surtout au xiie siècle ; puis l'ogive rayonnante, ornée de courbes circulaires; elle domine aux xiiie et xive siècles ; enfin, l'ogive flamboyante, au xve siècle ; elle est chargée d'ornements qui ne sont pas sans analogie avec une flamme droite ou renversée. À chacun de ces âges de l'ogive correspond une révolution dans l'art. Simple au début, l'architecture ogivale prend de la grandeur et de la richesse au xiiie siècle ; elle est alors dans toute sa beauté ; ses arcades élancées dans les airs, ses piliers formés d'une multitude de colonnettes, ses flèches découpées à jour unissent la légèreté à la force, la délicatesse des sculptures à la sublimité de l'ensemble. L'édifice est majestueux et chaque détail travaillé avec art. Mais au xve siècle, le luxe des ornements efface la grandeur de l'architecture ; les artistes se tourmentent pour produire des effets nouveaux ; de là les pendentifs multipliés, les sculptures prodiguées et l'art périssant sous le luxe des détails. 5° L'architecture de la Renaissance est un mélange du style gréco-romain et de quelques souvenirs du moyen âge ingénieusement combinés ; ce style, apporté en France par les artistes italiens, a produit des monuments remarquables à Fontainebleau, à Chambord, à Gaillon, à Écouen, à Anet, etc. On ne peut oublier, même dans une revue aussi rapide, la façade méridionale du Louvre où brille, dans sa grâce, l'art de Jean Goujon. Une restauration ingénieuse permet d'en admirer aujourd'hui toute la délicatesse. 6° Le siècle de Louis xiv eut son architecture régulière et grandiose, mais souvent froide et compassée dans sa majesté ; Versailles, et la colonnade du Louvre en sont les chefs-d'œuvre. Le xviiie siècle l'imita en l'amoindrissant ; l'hôtel de la Monnaie, l'École militaire, le garde-meuble, sur la place de la Concorde ; Saint-Sulpice, le Panthéon, sont les principaux monuments de cette époque. Depuis la Révolution jusqu'à nos jours, on n'a fait qu'imiter ou combiner ces différents types, sans produire un style nouveau. On imite le style ogival à Sainte-Clotilde, le style de la Renaissance à l'Hôtel de Ville, le style gréco-romain à la Bourse et à la Madeleine. Le progrès de l'architecture pour notre époque, ne peut être signalé que dans la construction des maisons, dans la distribution plus intelligente des diverses parties, et dans les soins apportés pour rendre les habitations plus commodes et plus saines. Espérons que les grands travaux qui s'exécutent et l'emploi, comme dans nos embarcadères de chemins de fer, de matériaux nouveaux, donneront à quelque architecte de génie l'occasion de faire sortir l'art de la servile imitation d'un passé qui n'avait ni nos goûts ni nos besoins. Déjà on peut citer l'embarcadère du chemin de Strasbourg, non comme un chef-d'œuvre assurément, mais comme une promesse. Nous mentionnerons anssi la digue de Cherbourg, comme le plus puissant effort que l'homme ait jamais fait contre la nature. — Pour les détails, voy. les différents mots indiquant une époque ou un caractère d'architecture, tels que Château fort et Église. Il faut surtout consulter les ouvrages spéciaux, et entre autres le Cours d'archéologie professé, par M. de Caumont, le Manuel d'architecture civile et religieuse par le même, et les Instructions du comité historique des arts et monuments.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899