Baigneur. — L'usage des bains chauds fut introduit dans les Gaules par les Romains. Ce peuple déployait une grande magnificence dans les salles de bains ou thermes ; il les ornait de statues et de peintures, les pavait de mosaïques, et y prodiguait les raffinements du luxe. L'usage des bains se conserva en Gaule après la chute de l'empire romain. Grégoire de Tours en parle plusieurs fois. Pendant le moyen âge, on appelait étuves les salles de bains. Ces établissements, qui ne rappelaient en rien la magnificence des thermes romains, étaient à l'usage de la bourgeoisie et des classes inférieures. Les familles nobles avaient ordinairement des salles de bains dans leurs hôtels. Il existait aussi, au xviie siècle, des établissements tenus par des hommes experts dans tous les raffinements de la toilette et nommés baigneurs ; ils formaient une corporation spéciale sous le nom de Barbiers-Étuvistes. Le maître de l'établissement s'appelait spécialement le Baigneur, tenait son privilège du roi ou d'un des officiers de sa maison. M. Walckenaër a donné de curieux détails sur ces bains dans les Mémoires touchant la vie de Mme de Sevigné, t. ii, p. 39. « On se rendait chez le baigneur par différents motifs. D'abord par raison de santé et de propreté ; c'était là que l'on prenait les meilleurs bains, les bains épilatoires, les bains mêlés de parfums et de cosmétiques, par lesquels on donnait plus de vigueur au corps, plus de douceur à la peau, plus de souplesse aux membres. Cette maison était pourvue d'un grand nombre de domestiques soumis, réservés, discrets, adroits. On s'y enfermait la veille d'un départ, ou le jour même d'un retour, afin de se préparer aux fatigues qu'on allait éprouver, ou pour se remettre de celles qu'on avait essuyées. Voulait-on disparaître un instant du monde, fuir les importuns et les ennuyeux, échapper à l'œil curieux de ses gens, on allait chez le baigneur ; on s'y trouvait chez soi, on était servi, choyé ; on s'y procurait toutes les jouissances qui caractérisent le luxe ou la dépravation d'une grande ville. Le maître de l'établissement, et tous ceux qui étaient sous ses ordres, devinaient à vos gestes, à vos regards, si vous vouliez garder l'incognito ; et tous ceux qui vous servaient et dont vous étiez le mieux connu paraissaient ignorer jusqu'à votre nom. »
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899