Baiser de paix. — Cette cérémonie était souvent un symbole d'investiture. Le vassal était quelquefois tenu de baiser le pied de son suzerain. Tout le monde connaît l'aventure de Charles le Simple renversé par un Normand que Rollon avait chargé d'accomplir cette formalité de l'investiture. Si le seigneur était absent au moment où le vassal se présentait, celui-ci baisait la porte, qu'on appelait alors l'huis, ou la serrure de l'huis. C'était une expression consacrée dans le droit féodal devenir l'homme de bouche et des mains de quelqu'un ; devoir la bouche et les mains. Le noble seul donnait le baiser dans la cérémonie de l'hommage. Le Roman de la Rose prouve que le vilain n'avait pas ce droit :
Et me baises emmi la bouche
A cui nuls vilains homs ne touche ;
A moy touchier ne laisse mie
Nul homme où il ait villenie.
Les femmes étaient dispensées de cet usage. Dans le roman de Lancelot du lac, une jeune demoiselle à laquelle le roi Artus donne un château, s'agenouille devant lui et lui baise le soulier (Lac. Sainte-Palaye, Dictionn. manuscr. des antiquités franc., v° Baiser). L'usage de baiser la main semble un reste de ces cérémonies féodales. À la majorité du roi, il était d'usage que les princes et seigneurs lui baisassent la main (De Thou, livre xxxv). Dans certaines cérémonies religieuses, l'évêque présente sa main à baiser aux fidèles. L'usage de baiser le pied du pape s'est aussi conservé.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899