Bureau. — On appelait primitivement bureau, suivant le père Ménestrier, le lieu où se réunissaient les juges pour délibérer. Ce lieu, dont on trouve une description dans les lettres de Sidoine Apollinaire, était séparé du reste du prétoire par de grands rideaux de bure ; d'où est venu le nom de bureau. Ce sens primitif du mot bureau s'est conservé pendant longtemps. Ainsi la chambre des comptes se divisait en plusieurs bureaux ; les affaires importantes se rapportaient au grand bureau. La grand'chambre du parlement se divisait en deux bureaux. Le doyen du conseil avait droit de tenir bureau chez lui ; on y rapportait les affaires qui lui étaient renvoyées par le conseil. On appelait encore bureau le lieu où se traitaient les affaires des communautés. Le grand bureau des pauvres se composait des principaux bourgeois de Paris qui se réunissaient les lundi et samedi, sous la présidence du procureur général du parlement. De là est venu l'usage, qui existe encore dans certaines villes, de désigner l'hôpital général par le nom de bureau.
La juridiction des trésoriers de France était appelée bureau des finances. Cette institution datait da règne de Henri iii. Ce prince avait établi dans chaque généralité un bureau composé de deux trésoriers pour l'administration du domaine, de deux receveurs généraux pour les impôts, d'un garde du trésor, d'un greffier et d'un huissier. Les bureaux de finances furent chargés de la répartition des impôts, de la surveillance des employés d'un rang inférieur et de la juridiction en matière d'impôts avec appel aux parlements. Ils jugeaient les questions domaniales, excepté dans le ressort de la prévôté et vicomté de Paris, des bailliages de Senlis, Melun, Brie-Comte-Robert, Étampes, Dourdan, Mantes, Meulan, Beaumont-sur-Oise et Crépy en Valois qui relevaient pour le domaine de la chambre du trésor établie à Paris. Bordeaux, Bourges, Limoges, Lyon, Orléans, Paris, Poitiers, Reims, Rouen, Tours eurent des bureaux de finances dès 1577. Henri iii en créa un à Amiens, en 1579, et à Moulins, en 1587. D'autres furent établis dans la suite à Soissons (1595), à Grenoble (1627), à Montauban (1635), à Alençon (1636), et à la Rochelle (1694).
On se servait encore du mot bureau pour indiquer les lieux où se faisaient les recettes de deniers publics. Il y avait des bureaux d'aides, des domaines, des gabelles, des traites foraines ou douanes aux frontières. Un édit de 1669 avait établi des bureaux de contrôle dans tous les bailliages et sénéchaussées pour l'enregistrement des actes publics de justice. Il y a encore aujourd'hui des bureaux de douane, d'enregistrement, des hypothèques, de poste, de tabac, etc. (Voy. ces mots.) Les bureaux de décimes étaient des assemblées d'ecclésiastiques chargés de faire la répartition des décimes (voy. Décimes) entre les divers bénéficiers d'un diocèse.
Au xviie siècle, Théophraste Renaudot établit à Paris un bureau d'adresses, où l'on pouvait recevoir ou donner des renseignements. Depuis cette époque, les bureaux d'adresses, de placement pour les domestiques, etc., se sont multipliés dans toute la France.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899