Cadavre. — Dans les temps barbares, et d'après le droit germanique, le cadavre de l'homme assassiné demandait lui-même vengeance. Lorsqu'on ne pouvait conserver le cadavre tout entier, on lui coupait la main droite et on l'apportait devant le juge. Plus tard, cette coutume parut odieuse, et on permit aux parents, au lieu d'apporter la main sanglante du mort, de présenter une main de cire qu'ils plaçaient sur une épée nue, et déposaient devant le tribunal. Les anciennes lois françaises avaient conservé quelques traces de ce droit primitif des Germains. Ainsi, les Assises de Jérusalem ordonnent de porter le corps de l'homme assassiné à la porte du seigneur, et ensuite les parents doivent se présenter devant le tribunal du seigneur et lui dire : « Sire, mandez qu'on voie ce corps qui a été meurtri. » Alors le seigneur envoyait trois hommes, l'un pour le représenter, et les deux autres comme juges de son tribunal. Ces trois hommes, après avoir vu le cadavre et constaté le meurtre, revenaient vers le seigneur, et alors le parent de la victime demandait vengeance, et dénonçait celui qu'il regardait comme coupable, La croyance populaire que le cadavre accusait son meurtrier dura fort longtemps au moyen âge ; on racontait que le cadavre de Henri ii avait saigné à la vue de son fils Richard (1189), et celui de Louis d'Orléans, à la vue de Jean sans Peur (1404) ; ils avaient, disait-on, reconnu leur meurtrier.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899