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Les institutions françaises sous l'ancien régime
 
Les institutions françaises sous l'ancien régime
Au Blason des Armoiries : héraldique, féodalité, noblesse, armoiries
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Carême

Au Blason des Armoiries
 

Carême. — On croit généralement que le carême ou jeûne de quarante jours, à l'imitation du jeûne de Jésus-Christ dans le désert, a été établi, au iie siècle de l'ère chrétienne, par les papes Télesphore et Grégoire ier. La nature des aliments permis pendant le carême a beaucoup varié. Il semble que, dans l'origine, l'Église s'en rapportait à la piété des fidèles sur la sévérité plus ou moins grande des jeûnes. « Les fidèles catholiques, dit saint Épiphane, suivent, dans leur manière de vivre, plusieurs régimes recommandables ; car les uns s'abstiennent non-seulement de la chair des quadrupèdes, des oiseaux et des poissons, mais encore d'oeufs et de fromage ; les autres renoncent uniquement aux quadrupèdes et se permettent les oiseaux et tous les autres aliments. Ceux-ci ne mangent point de volatiles ; mais ils mangent des oeufs et du poisson. Ceux-là s'interdisent les oeufs. Il en est qui n'usent que de poisson ; d'autres, s'abstenant de poisson, se nourrissent de pain. Enfin, quelques-uns rejettent le pain et quelques autres les fruits des arbres, ainsi que tout aliment cuit. » Socrate, un des plus anciens historiens de l'Église, confirme le témoignage de saint Épiphane. « Les différentes nations, dit-il, ont leur différente manière de jeûner. Comme personne ne peut montrer dans les livres saints rien de précis sur cette matière, il est évident que les apôtres ont laissé à chaque fidèle la liberté de faire en ce genre ce qui lui plairait ; et c'est, selon moi, la raison des différences de jeûnes qui subsistent dans les différentes églises. »

La discipline de l'Église d'Occident en matière d'abstinence, n'était pas plus fixe, dans l'origine, que celle des Grecs. Théodulfe. évêque d'Orléans, vers la fin du viiie siècle, disait, dans une instruction sur les aliments permis les jours de jeûne : « s'abstenir d'oeufs, de fromage, de poisson et de vin, c'est faire preuve d'une grande vertu (magnæ virtutis est). » Ce fut principalement vers la fin du xie siècle et au commencement du xiie, à l'époque où, sous l'impulsion de Grégoire vii et de ses successeurs, de grandes réformes s'accomplissaient, que la discipline ecclésiastique, en matière de jeûnes et d'abstinence, paraît s'être fixée. On lit dans la vie de Godefroi, évêque d'Amiens, vers 1100, des détails qui prouvent qu'à cette époque même le carême n'était pas encore rigoureusement observé. « Le jour des cendres, les habitants d'Amiens s'étant rendus à l'église de Saint-Firmin, le bienheureux Godefroi vint nu-pieds, selon sa coutume, et couvert d'un cilice, exhorter ses ouailles. Il leur défendit, dans son discours, de manger de la viande depuis ce jour-là jusqu'à Pâques. Mais, loin de déférer à ses ordres, ils protestèrent, au contraire, qu'ils ne quitteraient point une coutume ancienne, et, après beaucoup de plaintes contre leur évêque, qui sans cesse se plaisait, disaient-ils, à imaginer des austérités nouvelles, ils déclarèrent qu'ils mangeraient de la viande le dimanche. Ils en mangèrent en effet. Le prélat le sut ; mais il ferma les yeux et attendit que les circonstances devinssent plus favorables. »

Au xive siècle, l'usage du beurre et du lait, pendant le carême, fut rigoureusement interdit. Un concile tenu à Angers, en 1365, s'exprimait ainsi : « Nous défendons à toute personne, quelle qu'elle soit, le lait et le beurre en carême, même dans le pain et les légumes, à moins qu'on n'ait obtenu une permission particulière d'en user. » Charles v, qui régnait à cette époque, avait une santé très faible ; il demanda au pape Grégoire xi la permission de faire usage de ces aliments. Le pape exigea, pour y consentir, un certificat du confesseur et du médecin du roi et imposa à Charles v, en compensation du jeûne, des prières et d'autres oeuvres de religion. En 1491, Anne de Bretagne obtint pour elle et pour toute sa maison l'autorisation de se servir de beurre pendant le carême. Peu à peu l'usage s'établit d'accorder cette autorisation moyennant une aumône, et il y eut pendant longtemps dans les paroisses de Paris des troncs pour le beurre. À Rouen, une des tours de la cathédrale s'appelle encore aujourd'hui tour de beurre, parce qu'elle fut bâtie au commencement du xvie siècle, en grande partie avec les aumônes des fidèles qui achetaient la permission de manger du beurre pendant le carême. L'usage du beurre les jours maigres devint si commun au xviie siècle, que Mme de Sévigné écrivait en 1680, à l'occasion d'an grand repas donné par les états de Bretagne : « On y aurait mangé du beurre s'il eût été jour maigre. » Aujourd'hui l'Église permet le beurre en carême, moyennant une aumône ; il en est de même du lait et des oeufs, qui ne sont interdits que pendant les trois derniers jours de la semaine sainte. Le fromage était prohibé au xve siècle, comme le prouve le passage suivant au Journal d'un bourgeois de Paris sous Charles vi et Charles vii : « On mangeait de la chair en carême, du fromage, du lait et des oeufs comme en temps ordinaire. »

d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899

 

 

 

 

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