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Les institutions françaises sous l'ancien régime
 
Les institutions françaises sous l'ancien régime
Au Blason des Armoiries : héraldique, féodalité, noblesse, armoiries
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Centralisation

Au Blason des Armoiries
 

Centralisation. — Système de gouvernement qui rattache au centre toutes les parties de l'administration. Le mot est moderne, mais la chose ancienne ; on a dit avec raison de l'empire romain, dans les derniers temps, qu'il formait un vaste système gouverné par une hiérarchie de fonctionnaires liés entre eux, dépendant de l'empereur, et occupés à faire pénétrer les volontés impériales dans toutes les provinces. À la suite des invasions des barbares, la Gaule perdit l'unité puissante que lui avait imprimée l'empire romain ; elle se morcela en une multitude de petits fiefs. Charlemagne parvint un instant à rétablir l'unité impériale à force de génie et de persévérance ; mais les peuples que son épée avait domptés n'avaient courbé la tête que sous une main victorieuse. L'empereur mort, ils se relevèrent et brisèrent l'unité factice qu'il avait si laborieusement fondée. La dynastie capétienne reprit l'oeuvre de l'unité française avec une patience et une persévérance qui luttèrent pendant sept siècles contre tous les obstacles. Les Capétiens avaient trouvé tout divisé ; ils parvinrent avec un duché de quelques milliers de vassaux à faire un royaume de plusieurs millions de sujets. Ce n'est pas en quelques lignes qu'on peut même effleurer un si vaste sujet ; j'ai cherché à l'esquisser dans l'introduction placée en tête de ce dictionnaire. Je me bornerai ici à peu de mots. L'effort constant de la monarchie capétienne, pour arriver à l'unité, effort souvent interrompu, jamais abandonné, présente trois phases : aux xiie et xiiie siècles, Louis vi, Philippe Auguste, saint Louis, Philippe le Bel, attaquent la féodalité, en triomphent, font reconnaître leur suzeraineté dans toute l'étendue de la France, et s'emparent de la justice par les appels, des finances par les impôts et la fabrication de la monnaie, de la puissance militaire par la prohibition des guerres privées. Des magistrats, nommés baillis et sénéchaux, représentent alors l'autorité royale dans les provinces. Les luttes contre les Anglais et la féodalité apanagée, aux xive et xve siècles, entravèrent la puissance monarchique ; mais elle triompha de ces obstacles. Louis xi, Louis xii, François ier, Henri ii détruisirent les dernières souverainetés féodales et fondèrent un gouvernement dont l'unité était déjà si frappante qu'un ambassadeur vénitien écrivait en 1546 : « Il y a des États plus fertiles et plus riches que la France, tels que la Hongrie et l'Italie ; il y en a de plus grands et de plus puissants, tels que l'Allemagne et l'Espagne ; mais nul n'est aussi uni. » (Relations des ambassadeurs vénitiens, t. i, p. 271.) Dès cette époque, l'autorité royale est représentée dans les provinces par les gouverneurs, par les parlements, par les chambres des comptes et les cours des aides. Aux premiers appartient l'autorité militaire ; aux autres la puissance judiciaire et financière. À la fin du xvie siècle et au commencement du xviie, les parlements et les gouverneurs se révoltèrent contre la royauté dont ils étaient les instruments ; Richelieu et Louis xiv brisèrent cette opposition. Les intendants, agents dociles de la royauté, furent établis par Richelieu (1635), et, après la Fronde, Louis xiv consolida leur autorité et en fit les représentants directs de la puissance monarchique. L'administration plus active et plus vigilante était partout présente et respectée ; mais bientôt cette puissance abusa de sa force et dégénéra en tyrannie. L'ancienne organisation avait deux défauts : elle était despotique ; car l'opposition des parlements était impuissante ; elle manquait d'une forte unité ; car il existait toujours des douanes provinciales, des coutumes provinciales, des pays d'états et des pays d'élection. En un mot, despotisme au sommet, féodalité à la base, voilà le vice de l'ancienne organisation. On ne peut nier cependant que ce gouvernement n'ait eu ses avantages. La France avait une très forte unité dans son action politique et une grande énergie dans la vie provinciale. Ses parlements, ses universités, ses chambres des comptes, qui présentaient de graves inconvénients pour l'unité administrative, vivifiaient le pays. La révolution établit l'unité politique en supprimant les coutumes locales, les douanes intérieures et toutes les entraves élevées par la féodalité et conservées par l'intérêt et la routine. L'empire fortifia encore la centralisation que les divers gouvernements ont maintenue et développée. Le danger de cette centralisation est la bureaucratie qui, pour des questions sans importance, accumule les formalités et entrave l'action des autorités locales. Un des problèmes de notre société est la conciliation de la puissante unité, que nous devons au travail des siècles et qui fait la force de notre patrie, avec la liberté qu'il faut laisser aux administrations locales pour développer la prospérité du pays et ranimer partout la vie intellectuelle qui semble se concentrer trop exclusivement au coeur de la France.

d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899

 

 

 

 

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