CHEVALIERS D'HONNEUR. — Les chevaliers d'honneur étaient attachés à la personne des rois et des reines, des princes et des princesses ; on les appelait quelquefois chevaliers de l'hôtel au roi ; c'est ainsi qu'ils sont qualifiés dans un statut fait à Vincennes en 1285. Le testament d'Yolande, comtesse d'Angoulême, en date de 1314, parle de chevaliers attachés à cette princesse. Voici le sens de ce passage : « Je lègue à Raoul Bruni, mon chevalier, pour les bons services qu'il m'a rendus, deux cents livres, et à Foucaut de La Roche, mon chevalier, cinquante livres. » Les chevaliers d'honneur ou chevaliers de corps, comme on les appelait quelquefois, accompagnaient partout les rois, reines, princes et princesses. Ils étaient attachés au service de leur chambre. Quant au nom de chevaliers d'honneur, il ne remonte probablement pas au delà du xvie siècle, époque où la comtesse de Fumes écrivait les honneurs de la cour, c'est-à-dire les détails de l'étiquette royale. Le mot honneur se prenait alors dans le sens de cérémonial ; l'épée d'honneur était celle qui se portait dans les cérémonies ; le trône d'honneur, le heaume d'honneur, le cheval d'honneur, le manteau d'honneur, la table d'honneur, étaient les objets qui se déployaient à la vue dans les pompes solennelles ; les chevaliers d'honneur présidaient à cet appareil. Il y a eu des chevaliers d'honneur, tant qu'il y a eu une cour en France.
Un édit du mois de mars 1691 donnait le titre de chevaliers d'honneur à des magistrats qui furent institués près de chacun des présidiaux de France avec le titre de conseillers. Ces chevaliers d'honneur étaient tenus de faire preuve de noblesse par-devant les officiers du présidial, dans lequel ils avaient séance, immédiatement
après les lieutenants généraux, présidents et autres chefs de ces compagnies, et avant les conseillers titulaires et honoraires, et même avant les prévôts royaux qui pouvaient avoir séance dans les présidiaux. Un autre édit de Louis xiv du mois de juillet 1702, créa, en titre d'offices héréditaires, deux places de chevaliers d'honneur au grand conseil, deux dans la cour des monnaies ; deux en chacun des parlements, chambres des comptes et cours des aides du royaume, à l'exception du parlement de Paris, et un dans chacun des bureaux des finances, lesquels devoient avoir rang et séances dans ces cours et bureaux de finances, tant aux audiences qu'aux chambres du conseil, en habit noir, avec le manteau, le collet et l'épée au côté, sur le banc des conseillers et avant le doyen. Ces créations d'offices étaient une des ressources trop souvent employées par la fiscalité. Pour engager à acheter les charges de chevaliers d'honneur, l'édit royal y attachait plusieurs prérogatives, droit de committimus, franc-salé, etc. Une déclaration du 8 décembre 1703 permit aux personnes non nobles d'acheter ces offices qui les anobliraient, « ensemble leurs enfants et postérité, nés en légitime mariage, pourvu qu'ils meurent revêtus desdits offices ou les ayant possédés pendant vingt années accomplies. »
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899
CHEVALIERS D'HONNEUR. L'édit du roi du mois
de mars 1691 porte création d'un conseiller Chevalier
d'honneur dans
chacun des présidiaux du royaume, lequel sera
tenu de faire preuve de noblesse pardevant les officiers
du présidial
dans lequel il aura séance immédiatement
après
les lieutenants-généraux présidents
et autres chefs desdites compagnies, et avant les conseillers
titulaires et honoraires, et même avant les prévôts
royaux qui pourraient avoir séance dans lesdits
présidiaux.
Et en 1702, le roi institua en titres d'offices
formés et héréditaires,
deux Chevaliers d'honneur au
grand conseil, deux dans la
cour des monnaies, deux en chacun des parlements, chambre
des comptes et cours des aides du royaume où il n'en avait
point encore été établi, à l'exception
seulement du parlement de Paris, et un dans chacun des
bureaux des finances, lesquels auront rang et séance
dans lesdites cours et bureaux des finances, tant aux
audiences qu'aux chambres
du conseil, en habit noir, avec le manteau, le collet et l'épée
au côté, sur le banc des conseillers et
avant le doyen d'iceux ; voulut qu'ils jouissent
de tous les privilèges, honneurs et prérogatives,
droit de commitimus et
franc-salé dont
jouissaient les officiers desdites cours, ensemble des
gages qui devaient être réglés par
les rôles
et arrêtés du conseil.
Voulut que les acquéreurs desdits offices n'en pussent être
pourvus qu'après avoir obtenu son agrément
et fait preuve de leur noblesse.
Par déclaration du 8 décembre
1703, les offices de Chevaliers d'honneur pouvaient être
acquis par des roturiers, lesquels seraient anoblis par l'exercice
de vingt ans ou par leur décès dans l'office.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816 — Télécharger