Cheveux. — La manière de porter les cheveux a subi en France de nombreuses variations. Sous la première dynastie, on les portait longs, surtout dans la famille mérovingienne ; la chevelure flottante sur les épaules était même le signe caractéristique des guerriers du sang royal. Les autres Francs relevaient leurs cheveux sur le sommet de la tête, et les attachaient
en forme d'aigrette. Les serfs étaient rasés entièrement. Sous Pépin le Bref et les Carlovingiens, on renonça à l'usage des longues chevelures. Elles reparurent sous Hugues Capet, et jusqu'au xiie siècle. À cette époque, les évêques attaquèrent cette mode, et même dans plusieurs diocèses les seigneurs qui la conservèrent furent excommuniés. Louis le Jeune fit couper ses cheveux et ceux des seigneurs de sa cour pour éviter l'anathème. Quelques écrivains ont prétendu que l'usage de porter les cheveux courts ne date que de François ier, qui ayant été blessé à la tête, se fit raser les cheveux et fut imité parles courtisans. Mais cette mode remonte, comme on le voit, beaucoup plus haut ; elle se conserva jusqu'au règne de Louis xiii, qui laissa croître et flotter ses cheveux. Les courtisans, pour se conformer au goût du souverain, portèrent de longues chevelures ou d'amples perruques. Elles devinrent encore plus vastes sous le règne de Louis xiv, et il fallait dépouiller un grand nombre de têtes plébéiennes pour orner la tête d'un seigneur de la cour. Les perruques étaient souvent d'un prix très élevé. Le xviiie siècle y substitua de petites perruques poudrées. Enfin la révolution bannit la poudre et les perruques, mais la chevelure n'en a pas moins suivi les variations de la mode, qui se rattachaient quelquefois à des idées politiques. Ainsi, sous le Directoire, on affecta déporter les cheveux à la victime, c'est-à-dire rasés sur le cou comme les victimes qu'on conduisait au supplice. L'engouement pour certaines époques du moyen âge, ou plutôt pour le costume plus ou moins exact de ces époques, a aussi exercé quelque influence sur la chevelure, et, vers 1835, on a cherché à imiter par la longueur des cheveux retombant sur les oreilles, une mode du xve siècle.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899