Chicane. — Les formalités judiciaires autrefois multipliées par les procureurs et les avocats, ont été résumées dans ces vers des Plaideurs (act. ier, sc. vii) :
J'écris sur nouveaux frais ; je produis, je fournis
De dits, de contredits, enquêtes, compulsoires,
Rapports d'experts, transports, trois interlocutoires,
Griefs et faits nouveaux, baux et procès-verbaux.
J'obtiens lettres royaux, et je m'inscris en faux.
Quatorze appointements, trente exploits, six instances,
Six-vingts productions, vingt arrêts de défenses.
Arrêt enfin …
La plupart de ces termes de chicane ont besoin d'une explication sommaire ; on les trouvera à leur place dans ce dictionnaire. Il suffit pour se convaincre qu'il n'y a aucune exagération dans les vers de Racine, de lire le récit de quelque procès célèbre, par exemple du procès de Fouquet qui dura quatre années ; on ne s'étonne plus alors des plaintes qu'excitaient des abus aussi funestes et des éloges que mérita Louis xiv lorsque, par son ordonnance civile (1667), il abrégea les procédures.
Déjà de tous côtés la chicane aux abois
S'enfuit au seul aspect de tes nouvelles lois.
Oh ! que ta main par là va sauver de pupilles !
Que de savants plaideurs désormais inutiles. Boileau, ép. i.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899