Collège de France. — Cet établissement d'instruction publique a porté les noms de Collège des trois langues, parce qu'on y enseignait l'hébreu, le grec et le latin ; de Collège de Cambrai, parce qu'il était situé sur la place de Cambrai, à Paris, et de Collège royal, qu'il prit seulement sous Louis xiii, parce qu'il était placé sous la protection spéciale des rois de France, et que les professeurs avaient le titre de lecteurs royaux. Ce fut François ier qui fonda cet établissement en 1529. Il y songeait dès 1518, comme le prouve une lettre de Guillaume Budé à Érasme. « Le roi, disait Budé, a dessein d'immortaliser son nom par un établissement utile aux lettres. Il s'entretient souvent avec l'évêque de Paris (Étienne Poncher) et avec son confesseur (Guillaume Petit) des moyens de faire fleurir les sciences. Il les charge d'attirer dans ses États des hommes éminents en doctrine. » Le projet ajourné pendant les premières guerres contre Charles-Quint fut repris après la paix de Cambrai. L'Université de Paris était à cette époque en décadence. « Avant le roi François ier, dit Galland en 1547, qui avait entendu parler en France de la langue hébraïque ? qui avait appris, je ne dis pas à entendre, à écrire, à parler, mais à lire le grec avec la plus légère connaissance des premiers éléments ? qui était en état de se servir de la langue latine, je ne dis pas avec distinction, avec ornement, avec propriété, ce qui eût été véritablement inouï et extraordinaire, mais avec une forme véritablement latine ? » Ramus confirme ces assertions, et tout prouve qu'une réforme dans l'enseignement était devenue indispensable.
L'Université de Paris s'opposa cependant aux projets de François ier, et s'attira les railleries de Clément Marot qui s'adressait au roi en ces termes :
« Bien Ignorante est elle d'estre ennemie
De la trilingue et noble académie
Qu'as érigée…
O povres gens de savoir tout étiques !
Bien faites vrai ce proverbe courant : Science n'a haineux que l'ignorant. »
L'opposition de l'Université fut impuissante, et le roi ajouta bientôt de nouvelles chaires à celles des trois langues. Les mathématiques, la philosophie, la médecine étaient enseignées au collège royal du vivant même de François ier. Ce roi fonda en tout douze chaires ; sept autres furent établies par ses successeurs. Les professeurs furent placés sous l'autorité immédiate du grand aumônier et ne furent justiciables que des parlements. Un des professeurs qui jeta le plus de gloire sur les commencements du collège de France fut Pierre de La Ramée ou Ramus. Il éveilla en même temps la jalousie de ses confrères et l'un d'eux excita, dit-on, ses disciples à l'assassiner pendant le massacre de la Saint-Barthélémy. Après les guerres de religion, Henri iv s'occupa d'assurer au collège royal un bâtiment convenable. Il en protégea les professeurs et ordonnait à ses trésoriers de diminuer les dépenses de sa table pour payer les lecteurs royaux. La construction qu'il avait projetée fut réalisée par son successeur qui bâtit près de la place de Cambrai le collège de France, qui existe encore aujourd'hui dans le même lieu, mais avec des agrandissements considérables dus principalement au règne de Louis-Philippe.
Dès 1566, le collège de France obtint une ordonnance qui soumettait à l'examen du corps des professeurs tous ceux qui aspiraient à en faire partie. Cette présentation par les professeurs souleva plusieurs contestations ; mais elle fut à la longue regardée comme un droit et confirmée sous Louis xiv. Colbert ayant fait examiner par une commission spéciale la situation du collège de France reconnut que, pour assurer la prospérité de cet établissement, il fallait augmenter les traitements des professeurs, et surtout leur abandonner l'administration du collège en ne laissant au grand aumônier que des droits honorifiques.
Le nombre des chaires du collège de France s'accrut aux xviie et xviiie siècles, et enfin de nos jours on y enseigne presque toutes les sciences et la plupart des langues du monde. Placé à la tête de l'enseignement public, avec la mission d'ouvrir de nouvelles voies et de donner l'impulsion à la science, le collège de France a une mission distincte de celle des Facultés, dont l'enseignement ne doit être que le complément de l'instruction classique. Ce n'est même qu'en 1832 que le collège de France a été rattaché au ministère de l'instruction publique ; il dépendait antérieurement du ministère de l'intérieur. Jusqu'en 1852, la nomination aux chaires du collège de France avait lieu sur une double liste de présentation dressée par les professeurs et par les membres de l'Institut de la section correspondante. Depuis le décret du 9 mars 1S52, le ministre de l'instruction publique peut, outre les candidats du collège de France et de l'Institut, présenter au choix du président de la république un savant désigné par ses travaux. Le collège de France est dirigé par un des professeurs qui prend le nom d'administrateur. Voy. un mémoire de Gouget sur le collège de France dans sa Bibliothèque historique.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899