Colonies. — Les colonies ou établissements fondés par les Français dans des contrées lointaines, remontent jusqu'aux croisades. Le royaume de Jérusalem, les principautés d'Antioche et de Galilée, les comtés d'Édesse et de Tripoli étaient de véritables colonies. Elles furent perdues à la fin du xiiie siècle. Au xive siècle, des marins normands fondèrent quelques comptoirs sur la côte d'Afrique, et, en 1402, le Normand Jean de Bethencourt obtint le titre de roi des Canaries. Les Français avaient devancé les Portugais sur les côtes d'Afrique ; mais les conquêtes de ces derniers ruinèrent les établissements normands. Au xvie siècle, Jean de La Rocque, sieur de Roberval, reçut de François ier la mission de fonder une colonie vers l'embouchure du fleuve Saint-Laurent ; il partit de France, en 1541, avec le titre de vice-roi et les pouvoirs les plus étendus. De La Rocque s'empara du cap Breton et le fortifia ; ce fut la première colonie française en Amérique. L'amiral de Coligny, auquel sa charge donnait la surintendance de la navigation, encouragea les colonies ; il voulait peut-être ménager aux protestants un asile au delà des mers, comme plus tard les puritains d'Angleterre en trouvèrent dans l'Amérique septentrionale. Ce fut par ses ordres que Nicolas Durand, sieur de Villegagnon, conduisit, en 1555, au Brésil une colonie de protestants qui débarqua dans une île formée par la rivière que les indigènes nomment Ganabara et les Portugais Rio-Janeiro. Une autre colonie de protestants français s'établit à la Floride. Un Dieppois, nommé Jean Ribaut, partit avec deux bâtiments et fonda le fort Charles dans une excellente position (1562). Après le retour de Ribaut en France, la colonie se mit à la recherche des mines, au lieu de cultiver le sol. Bientôt des luttes éclatèrent entre les colons. Ils périrent ou prirent la fuite. En 1564, Coligny envoya une nouvelle expédition sous les ordres de René de Laudonnière ; elle construisit le fort de la Caroline sur les côtes de la Floride ; mais elle ne tarda pas à être attaquée par les troupes de Philippe ii (1565). Le fort de la Caroline fut pris par les Espagnols qui pendirent les colons avec cette inscription : Pendus, non comme Français, mais comme hérétiques. Un marin célèbre, Dominique de Gourgues, ne laissa pas ce crime impuni. Il équipa trois vaisseaux à ses dépens, en 1567, enleva plusieurs forts aux Espagnols de la Floride, et fit pendre plus de huit cents colons de cette nation, avec l'inscription suivante : Pendus, non comme Espagnols, mais comme assassins.
Les premières colonies françaises furent ruinées par les guerres de religion ; et ce ne fut qu'au xviie siècle, sous le règne de Henri IV et pendant le ministère de Sully, que furent fondés des établissements durables. Henri IV donna, en 1604,
à Pierre du Guast, sieur de Monts, une autorité aussi étendue que celle dont François ier avait investi Jean de La Rocque. Pierre du Guast partit avec Samuel Champlain, et fonda, en 1605, un établissement dans l'Acadie. Mais la colonie la plus importante fut celle de Québec qui dut naissance, en 1608, à Samuel Champlain ; cette ville ne tarda pas à devenir la capitale du Canada. Dès 1609, on donna à ce pays le nom de Nouvelle-France. Jusqu'au ministère de Richelieu (1624) les colonies furent abandonnées à des particuliers qui ne pouvaient lutter contre les indigènes et les nations européennes rivales de la France. Richelieu comprit l'importance des colonies et favorisa les compagnies de commerce qui s'établirent en France à l'imitation des compagnies de Hollande et d'Angleterre. Une des premières qui tenta de s'organiser en France fut la compagnie du Morbihan. Elle se composait de cent associés, qui réunirent un million six cent mille livres comme fonds social, et convinrent d'employer quatre cent mille livres pour la construction de vaisseaux. Le gouvernement leur cédait le pays de Morbihan, la Nouvelle-France, les îles de l'Amérique et le monopole du commerce dans ces contrées. Ils étaient juges dans leurs propres causes. On ne leur imposait que le tribut d'une couronne d'or à chaque avènement, espèce de droit de joyeux avènement qui rappelait l'aurum coronarium des Romains. « Le bruit de cet événement alarmait déjà les Anglais et les Hollandais, » dit Richelieu ; mais le parlement de Rennes refusa l'enregistrement, et la compagnie du Morbihan fut dissoute après deux années de vains efforts pour l'organiser. Richelieu substitua, es 1628, la compagnie des Indes occidentales à la compagnie du Morbihan. Il lui accorda les privilèges dont avait joui la compagnie précédente. Le gouvernement lui cédait Québec, la Nouvelle-France ou Canada, la Floride, le droit de nommer des officiers, d'exploiter exclusivement pendant quinze ans le commerce et la pêche, sous condition d'hommage au roi. De son côté, la compagnie s'engageait à envoyer des colons dans la Nouvelle-France. Malgré l'apathie que montra la compagnie, la colonie du Canada prit d'assez vastes développements.
Vers le même temps, des Français s'établirent à la Barbade, à Saint-Christophe, à la Martinique, à Saint-Domingue et dans la Guyane. Les premiers colons furent des aventuriers qui fondèrent des
comptoirs et luttèrent contre les Espagnols depuis longtemps en possession de ces positions. Ils adoptèrent presque la vie sauvage, vivaient sous la tente, et ne se nourrissaient guère que des animaux qu'ils avaient tués dans leurs chasses au milieu des vastes forêts de l'Amérique, et qu'ils étaient dans l'usage de boucaner ou rôtir en plein air. De là leur vint le nom de boucaniers. On finit par les confondre avec les flibustiers ou pirates. Richelieu, pour donner à ces premiers établissements une organisation plus régulière, établit la compagnie de l'île Saint-Christophe (1626), qui fut bientôt transformée en compagnie des îles de l'Amérique (1635). Elle devait coloniser, entre le dixième et le trentième degré de latitude nord, toutes les îles qui n'étaient pas occupées par des princes chrétiens, et y envoyer en vingt ans quatre mille colons. Elle obtenait en compensation, pour vingt ans, le monopole du commerce dans ces îles. Le roi nommait le gouverneur général, et la compagnie, les gouverneurs particuliers des îles. Les nobles ne dérogeaient pas en s'associant à ce commerce de mer. La compagnie des îles de l'Amérique obtint d'abord de grands résultats. Elle ne se borna pas à féconder les établissements dont nous venons de parler, elle y ajouta la Guadeloupe (1635). Mais, dans la suite, les querelles entre les directeurs de la compagnie, le monopole odieux qu'elle exerçait, en transportant aux îles de mauvaises denrées qu'elle vendait un prix exorbitant, entraînèrent sa ruine. Elle fut florissante sous Richelieu qui attachait une grande importance aux entreprises maritimes et commerciales. Il encouragea la compagnie d'Afrique qui existait, à Marseille, depuis le xvie siècle, et qui avait fondé plusieurs comptoirs dans la régence d'Alger, entre autres, le bastion de France. Richelieu en fit, en 1637, un établissement régulier et assez fort pour repousser les attaques des ennemis. Il se forma, vers la même époque, une compagnie des Indes orientales qui avait une station à Madagascar, et s'efforçait de lutter contre les Hollandais. Ainsi, le premier âge des colonies françaises est marqué par l'influence de Richelieu, qui ne négligea rien pour les rendre florissantes. Elles dépérirent pendant la minorité de Louis xiv, et ne se relevèrent que sous l'administration de Colbert.
La plupart des anciennes compagnies de commerce étaient en pleine dissolution ; la compagnie des îles d'Amérique avait vendu les îles et opéré sa liquidation (1651) ; une compagnie de la France équinoxiale, qui s'était organisée à cette époque pour coloniser la Guyane, avait été forcée de se dissoudre presque immédiatement. La compagnie de la Nouvelle-France ou du Canada venait de renoncer au monopole que lui avait accordé Richelieu. Les diverses compagnies d'Amérique furent réunies par Colbert en une seule association qui prit le nom de compagnie des Indes occidentales (1664). Sous l'influence de ce ministre, les colonies du Canada, de l'Acadie, de Terre-Neuve, prirent de rapides développements. La Louisiane fut conquise de 1678 à 1683. Saint-Domingue, la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Christophe, Saint-Barthélémy, Sainte-Croix, Sainte-Lucie, Marie-Galante, Tabago, les Saintes, Saint-Vincent, la Tortue, Grenade, les Grenadines, Cayenne dans la Guyane, ouvrirent à la France de vastes débouchés. Dans la suite, la mauvaise administration de la compagnie des Indes occidentales força Colbert de la dissoudre ; mais la France n'en conserva pas moins ces importantes colonies dans l'Amérique. La compagnie des Indes orientales, organisée également par Colbert en 1664, établit un comptoir à Surate, acquit Pondichéry en 1683, et fonda Chandernagor en 1688. L'île Bourbon et Madagascar, où la France avait des comptoirs, servaient de station aux navires français qui se rendaient aux grandes Indes. La compagnie du Sénégal, dont l'institution fut due également à Colbert, établit une colonie dans la petite île Saint-Louis, sur les côtes de la Senégambie. En 1667, elle y acquit l'île de Gorée et Portendick. Jamais les colonies françaises ne furent aussi florissantes que sous le ministère de Colbert. On a imputé la décadence de ces établissements, si manifeste dans la dernière partie du règne de Louis xiv, à l'influence désastreuse du monopole des compagnies. Mais ne serait-il pas plus juste d'en chercher la cause dans les longues guerres qui épuisèrent les finances de la France, et ruinèrent sa manne et son commerce ?
Le traité d'Utrecht (1713) enleva à la France, Terre-Neuve et l'Acadie (Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Écosse). Elle compensa jusqu'à un certain point cette perte par l'acquisition de l'île Maurice, qu'elle acheta aux Hollandais et qui prit le nom d'Île de France (1712). Pendant la minorité de Louis xv, le système de Law, si désastreux à tant d'égards, contribua à donner une grande impulsion aux colonies françaises (voy. Banque). La compagnie du Mississipi, instituée, en 1717, pour l'exploitation des terres de la Louisiane, fonda la Nouvelle-Orléans à l'embouchure
du Mississipi. Peu de temps après, cette compagnie obtint des privilèges exorbitants, et, sous le nom de compagnie des Indes, elle absorba les anciennes compagnies des Indes orientales et occidentales, et s'empara du commerce de l'Asie, de l'Amérique, et de l'Afrique. Les Îles de France et Bourbon prirent alors une nouvelle importance. Mais la ruine de la compagnie des Indes fut fatale aux colonies. Cependant la première partie du xviiie siècle fut signalée par la fondation de plusieurs établissements français à Mahé (1727), Karikal (1739), Sainte-Marie de Madagascar (1750), Yanaon (1752). Dupleix, gouverneur de Pondichéry, fut un instant maître de Madras et d'une grande partie de la côte de Coromandel. Un avenir brillant paraissait s'ouvrir pour les Français, aux grandes Indes ; mais les désastres de la guerre de Sept ans (1756-1763) ruinèrent toutes ces espérances. La France perdit, par le traité de Paris (1763), la plupart des colonies d'Amérique, et, entre autres, le Canada et la Louisiane, Tabago, Saint-Vincent, la Grenade, les Grenadines, etc La marine française se releva pendant la guerre d'indépendance d'Amérique (1774-1784), et le second traité de Paris (1784) lui rendit Tabago. Mais pendant la révolution elle perdit la colonie la plus importante qui lui restât aux Antilles. La révolte des nègres à Saint-Domingue (1793) lui enleva cette île, qu'elle tenta vainement de reconquérir en 1803. Il ne reste aujourd'hui à la France, de ses anciennes colonies d'Amérique, que Cayenne et la Guyane française, la Martinique, la Guadeloupe, Marie-Galante, la Désirade, les Saintes, Saint-Pierre-et-Miquelon, et une partie de l'île Saint-Martin. Elle possède encore l'île Bourbon et Mayotte sur la côte orientale d'Afrique ; Chandernagor, Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon aux grandes Indes ; les principaux comptoirs du Sénégal sur la côte occidentale d'Afrique. Elle a acquis, sous le règne de Louis-Philippe, Tahïti et les îles Marquises où l'on remarque Nou-ka-hiva, lieu de déportation. En 1854, la France a pris possession de la Nouvelle-Calédonie. Elle a aussi des établissements en Cochinchine. La principale colonie de la France est actuellement l'Algérie dont la conquête a été commencée en 1830 et qui comprend les provinces d'Alger, d'Oran et de Constantine. Cette dernière colonie dépend du ministère de la guerre. Les autres colonies sont comprises dans le département du ministère de la marine. Les colonies y forment une division spéciale qui a un directeur et un chef de division. En 1861, la compagnie générale maritime a établi trois lignes régulières de paquebots partant de Bordeaux, Nantes et Marseille pour le Brésil, les Antilles et les États-Unis. La ligne des Indes-Orientales part de Suez et a pour extrémité Saïgon avec cinq embranchements : le premier d'Aden sur la Réunion et l'île Maurice ; le second, de Pointe-de-Galle sur Calcutta ; le troisième, de Singapour sur Batavia ; le quatrième, de Saïgon sur Manille ; enfin le cinquième, de Saïgon sur Hong-Kong et Shangaï.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899
COLONIES FRANÇAISES.
Des lettres-patentes du roi en forme d'édit,
concernant les anoblissements dans les Colonies
françaises,
et les preuves de noblesse à faire dans le royaume,
par les habitants desdites Colonies,
24 août 1782,
registré en la cour des aides le 18 décembre,
portent :
Art. 1er. Les lettres d'anoblissement,
accordées
par sa majesté ou par les rois ses prédécesseurs, à aucun
habitants de ses Colonies,
ou à ceux
qui, depuis qu'ils auraient transporté leur
domicile dans lesdites Colonies,
auraient été anoblis,
continueront d'avoir leur effet à leur égard,
ou a l'égard de leurs enfants mâles
et femelles, et descendants en ligne directe, et en légitime
mariage, soit dans les Colonies,
soit dans le royaume, pourvu que lesdites lettres d'anoblissement aient été revêtues
des formalités ordinaires et accoutumées,
et qu'il ne puisse être valablement opposé,
soit auxdits anoblis ou à leurs descendants,
aucune dérogeance.
II. Leur noblesse sera comptée, à dater
des enregistrements desdites lettres d'anoblissement dans les parlements et autres cours et conseils supérieurs
des Colonies, en la forme ordinaire et accoutumée.
Veut qu'ils en jouissent pleinement, sans qu'on puisse
leur opposer, en aucun cas, la déclaration du
27 septembre 1664, l'édit du mois d'août
1715, la déclaration du 27 septembre 1725, l'arrêt
du conseil du 2 mars 1771, ni aucune autre ordonnance
ou règlement, dont elle n'a pas ordonné l'enregistrement
dans les conseils supérieurs des Colonies.
III. Sa majesté ordonne que lesdits anoblis, ou
ceux de leurs descendants, nés dans les Colonies,
qui seront dans le cas de faire preuve de leur noblesse,
seront tenus de rapporter, indépendamment de
leurs lettres d'anoblissement ou titres constitutifs
de leur noblesse, et des titres et actes nécessaires
pour justifier de leur filiation et possession
de noblesse, un acte de notoriété du
conseil supérieur, dans le ressort duquel
leur domicile sera établi, portant que les anoblis,
depuis la date de leur titre d'anoblissement et leurs descendants, n'auront exercé aucun état
incompatible avec la noblesse dont ils seront revêtus,
qu'ils auront pris les qualités nécessaires
pour la conserver. Ne pourra ledit acte de notoriété être
donné que d'après les conclusions du
procureur-général
du roi, par le conseil supérieur assemblé en
nombre compétent, et sera ledit acte signé par
tous les juges qui auront assisté à la
séance, et par le procureur général.
IV. Attendu les partages des familles, dont les titres
originaux restent ordinairement en la possession de la
branche aînée, et vu le danger de confier à l'incertitude
de la navigation les originaux des titres justificatifs
de la noblesse ; veut sa majesté,
sans tirer à conséquence, que les copies
collationnées des titres constitutifs de noblesse,
et arrêts d'enregistrement d'iceux, soient
admis dans les preuves que les habitants des Colonies seraient
obligés de faire dans le royaume, et seront lesdites
copies attestées conformes aux originaux, et signées
par les conseils supérieurs, chacun dans
leur ressort, en observant les mêmes formalités
prescrites par l'article 5 ; et sera en outre indiquée
dans ladite attestation, la branche de la famille entre
les mains de laquelle lesdits titres originaux seront restés.
V. Les descendants d'anoblis, pour obtenir l'acte mentionné en
l'article 3, et dans la forme qui y est désignée,
seront tenus de rapporter, outre le titre de leur anoblissement,
les titres et autres actes civils, tels que contrats de
mariage, partages, transactions, testaments et autres pièces
admises dans les preuves de noblesse, et de les joindre à la
requête qu'ils feront présenter
au conseil supérieur du ressort, à l'effet
d'avoir ledit acte, lequel leur sera donné comme
ci-dessus, d'après les conclusions du procureur-général
du roi, de laquelle production il sera fait mention dans
ledit acte.
VI. N'empêche sa majesté, soit les procureurs-généraux ès-dits
conseils, soit lesdits conseils supérieurs, chacun
dans leur ressort, de requérir et ordonner, s'ils
avisent qu'il en soit besoin, d'après les requêtes
des parties, pour avoir le certificat de non-dérogeance,
une enquête dans laquelle seront entendus au
moins quatre témoins notables, entre ceux que
les parties pourront indiquer au nombre de six, et que
les procureurs-généraux pourront choisir.
VII. L'enquête ne pourra être donnée
que pour avoir le certificat de non dérogeance ;
n'entend, sa majesté qu'elle puisse suppléer
au défaut de titres, ni au défaut de
qualités
nécessaires pour la conservation de la noblesse.
VIII. Les anoblis, pour avoir ledit acte, ne seront tenus
de joindre à leur requête que des lettres
d'anoblissement, ou le titre constitutif de
leur noblesse.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816