Conclave. — Quoique les conclaves ne soient pas une institution française, il est cependant nécessaire d'en parler, puisque la France y envoie ses cardinaux et participe ainsi à l'élection des papes. Ce fut seulement en 1270 que commença l'usage du conclave. Clément iv était mort à Viterbe en 1268. Les Cardinaux (voy. ce mot) ne pouvant s'entendre sur le choix de son successeur voulurent quiter Viterbe. Mais les habitants instruits de leur projet fermèrent les portes de la ville et leur signifièrent qu'ils ne sortiraient qu'après avoir élu un pape. Depuis cette époque on enferma les cardinaux dans un conclave pour qu'ils procédassent à l'élection du chef de l'Église. Ils doivent y entrer dix jours après la mort du pape ; ils s'y rendent en procession et prennent possession de la cellule que le sort leur a assignée. Les ambassadeurs des puissances peuvent rester dans le conclave pendant les premières vingt-quatre heures de l'assemblée. Ils doivent ensuite se retirer. Les portes sont alors fermées ; le conclave muré et des sentinelles posées à chacune des issues. Le cardinal doyen et le camerlingue ou chancelier font constater par le protonotaire apostolique que la clôture est complète. Chaque cardinal ne peut garder avec lui que deux conclavistes, l'un d'épée, l'autre d'église ; on en accorde quelquefois un troisième aux cardinaux-princes ou aux cardinaux vieux et infirmes. Les autres personnes destinées au service du conclave sont le sacristain, le sous-sacristain, un secrétaire, un sous-secrétaire, un confesseur, deux médecins, un chirurgien, deux barbiers, un apothicaire avec deux garçons apothicaires, cinq maîtres des cérémonies, un maçon, un charpentier et seize valets. Deux fois par jour, un maître des cérémonies parcourt le conclave une clochette à la main pour avertir les cardinaux de se rendre à la chapelle du scrutin. Chaque cardinal, en entrant dans cette chapelle, se revêt d'une chape et d'une espèce de manteau cramoisi à longue queue, fermé avec une agrafe.
Le conclave est établi dans le palais du Vatican ; il se compose de petites cellules faites de bois de sapin. Chaque cellule a un appartement séparé pour les conclavistes. Tous les jours à midi et vers le soir, les officiers de chaque cardinal viennent demander au maître d'hôtel du conclave le dîner de leur maître, ou ils vont le prendre, s'il a cuisine particulière, et ils le portent aux tours du conclave qui ne s'ouvrent que pour laisser passer les mets. On observe scrupuleusement les formalités consacrées par l'usage. D'abord marchent deux estafiers du cardinal portant chacun leur masse de bois de couleur violette avec les armes de Son Éminence. Le valet de chambre du cardinal vient ensuite portant la masse d'argent ; les gentilshommes suivent deux à deux et tête nue. Après eux paraît le maître d'hôtel la serviette sur l'épaule ; il est accompagné de l'échanson et de l'écuyer tranchant. Les domestiques qui les suivent portent le dîner du cardinal avec tous les ustensiles de table. D'autres valets portent de grands paniers qui contiennent des bouteilles de vin, du pain, des fruits, etc. En arrivant au tour, ils nomment leur cardinal à haute voix, afin que son valet de chambre, qui attend dans l'intérieur du conclave, s'avance et fasse prendre ces provisions par des valets qui les portent dans la cellule du cardinal. Tous les mets sont exactement visités par le prélat qui est de garde au dehors avec un des conservateurs du peuple romain pour empêcher qu'il ne passe ni lettre ni billet. Ils peuvent même ouvrir les viandes de peur de supercherie. Les bouteilles et les flacons doivent être de verre ou de cristal afin que l'on puisse voir ce qu'il y a dedans. Mais cet examen ne se fait pas rigoureusement, parce que toutes les précautions qu'on pourrait prendre n'empêcheraient pas les cardinaux d'entretenir des intelligences au dehors ; après que les provisions ont été introduites dans le conclave, un curseur du pape qui assiste à cette opération en robe violette et tenant la masse d'armes, ferme la porte des tours. Le prélat assistant s'assure si tout est bien fermé, et applique le sceau de ses armes sur la serrure.
L'élection a lieu au scrutin. Chaque cardinal dépose son bulletin dans un calice placé sur l'autel de la chapelle du scrutin. Chaque billet est divisé en huit parties. Le premier espace doit contenir le nom du cardinal électeur ; le second reste en blanc ; le troisième renferme le cachet ; le quatrième le nom du cardinal à qui l'on donne sa voix ; le cinquième son titre et ses qualités ; le sixième sert pour un second cachet ; le septième reste en blanc, et le huitième est rempli par une sentence tirée de l'Écriture sainte. Avant le scrutin, on met dans un sac de petites boules sur lesquelles les noms de tous les cardinaux sont imprimés pour que le sort désigne trois scrutateurs, trois infirmiers et trois réviseurs. Lorsqu'on commence le scrutin, chaque cardinal prend entre le pouce et l'index son billet écrit, plié et cacheté en le tenant élevé, afin qu'il soit vu de tous les électeurs ; il le porte à l'autel, se met à genoux, fait sa prière, prête le serment tout haut, monte à l'autel, lève la patène, fait glisser le billet dans le calice et retourne à sa place. Les cardinaux infirmiers vont recueillir les billets des cardinaux malades dans une boîte qui est ouverte en présence de l'assemblée. Pour que l'élection ait lieu, il faut qu'un candidat réunisse au moins les deux tiers des voix. Lorsqu'il n'y a pas de majorité suffisante on a recours à l'accessus. On appelle ainsi le scrutin dans lequel les cardinaux accèdent au vote d'un autre cardinal et le déclarent par cette formule accedo domino. Ceux qui persistent dans leur premier vote le déclarent par ces mots : accedo nemini (je ne me joins à personne). Dès que l'élection est terminée, on fait entrer trois protonotaires apostoliques, qui dressent l'acte de l'élection sur l'inspection des billets, et tous les cardinaux signent cet acte. L'élection du pape a lieu quelquefois, mais rarement, par compromis ou par inspiration. Dans le premier cas, les électeurs s'en rapportent à un cardinal d'une probité reconnue à qui ils donnent pouvoir de nommer celui qu'il croit digne d'occuper la chaire de Saint-Pierre. L'élection par inspiration se fait par une déclaration spontanée du sacré collège en faveur d'un cardinal. Il y en a peu d'exemples. Enfin l'élection par adoration a lieu lorsque les deux tiers des électeurs vont saluer pape le cardinal sur lequel se portent leurs suffrages.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899