Confrères. — Des confréries, ou associations religieuses sous le patronage d'un saint, étaient presque toujours annexées aux corporations (voy. Corporation). Ainsi les orfèvres, une des plus anciennes et des plus célèbres corporations de Paris, avaient leur confrérie à Notre-Dame. Celle des avocats et procureurs de la même ville se réunissait dans la chapelle de Saint-Yves, qui était située à l'angle formé par la rue Saint-Jacques et la rue des Noyers. Les confrères avaient droit de présentation pour les chapellenies vacantes à Saint-Yves. Les messagers de l'Université avaient formé la confrérie de Charlemagne dans l'église des Mathurins. Les libraires avaient leur confrérie dans la même église ; Les marchands de vin se réunissaient à Saint-Gervais, où ils avaient fondé l'O de l'Avent. Quelques jours avant Noël, le prévôt des marchands, les échevins, le procureur du roi, le grenier et les autres officiers y assistaient. On leur distribuait des sucreries, d'où vint le nom d'O sucré donné à cette cérémonie. Beaucoup d'autres confréries avaient été fondées pour prier en commun ; mais la plupart oublièrent le but primitif de l'institution et remplacèrent trop souvent les prières par des festins qui dégénéraient en orgies. On peut citer, entre autres, la confrérie de Notre-Dame de Liesse, fondée à Paris le 8 septembre 1413, dans l'église du Saint-Esprit. Chacun de ceux qui y étaient reçus était tenu de donner un grand repas aux confrères, et, pour ce motif, on appela cette réunion confrérie aux goulus. Il y eut d'autres confréries, comme celle du rosaire établie dans l'église des Dominicains (rue Saint-Jacques), du scapulaire dans l'église des Carmes (place Maubert), de Notre-Dame des Sept-Douleurs, dans l'église de Notre-Dame des Victoires, qui restèrent plus fidèles à leur caractère primitif. Il n'en fut pas de même de la confrérie royale des pénitents établie par Henri iii ; elle ne fit qu'ajouter aux scandales que donnait ce roi dépravé.
De toutes les confréries, la plus célèbre fut celle qui fut organisée au commencement du xve siècle pour la représentation des mystères. On donnait depuis longtemps des spectacles de cette nature dans les églises et sur les places publiques lorsque le prévôt de Paris, par une ordonnance du 3 juin 1398, fit défense aux habitants de Paris, de Saint-Maur et autres villes soumises à son autorité, de représenter aucun mystère ou autres jeux de personnages, sans congé du roi, à peine d'encourir son indignation et de forfaire envers lui. Peu de temps après, une des troupes d'acteurs obtint l'autorisation de roi (4 décembre 1402), sous le nom de maîtres, gouverneurs et confrères de la Passion et Résurrection de Notre-Seigneur fondée dans l'église de Sainte-Trinité à Paris. Les confrères de la Passion louèrent la grande salle de l'hôpital de la Trinité, qui avait vingt-six toises de long sur six de large, et ils y représentèrent, pendant près de cent cinquante ans, des mystères et des moralités. (L'hôpital de la Trinité était situé dans la rue nommée maintenant rue Grenétat.) Ces représentations charmèrent tellement le public, que, comme on ne les donnait que les jours de fête, on avança ces jours-là les vêpres dans plusieurs églises, afin qu'on pût assister aux spectacles sans manquer à l'office divin. Les confrères de la Passion joignirent à la représentation des mystères des scènes burlesques, ou des bouffons amusaient le public par leurs bons mots. On appelait ces scènes des pois pilés. Ils s'associèrent avec les enfants sans souci, qu'on appelait aussi la confrérie des Sots pour la représentation des moralités, farces et soties. En 1547, l'hôpital de la Trinité fut enlevé aux confrères de la Passion et consacré au logement et à l'entretien des enfants pauvres que leurs parents ne pouvaient pas nourrir. Les confrères de la Passion achetèrent alors l'hôtel d'Artois ou de Bourgogne, qui était situé rue Mauconseil, et présentèrent requête au parlement pour obtenir la permission de continuer leurs représentations à l'hôtel de Bourgogne, avec défense à tous autres de donner de ces sortes de spectacles, à moins qu'ils ne fussent avoués par la confrérie. Le parlement leur accorda le privilège exclusif qu'ils réclamaient, par arrêt du 17 novembre 1548 ; mais en même temps il leur défendit de jouer le mystère de la Passion ni aucun autre mystère, sous peine d'amende ; il leur permit seulement de représenter des pièces profanes. Dès lors la confrérie de la Passion n'exista plus que de nom. Les confrères crurent au-dessous d'eux de représenter eux-mêmes des pièces toutes profanes ; ils louèrent à d'autres l'hôtel de Bourgogne et leur privilège ; ils se réservèrent seulement pour eux et pour leurs amis deux loges qu'on appela les loges des maîtres. Ce fut sur ce nouveau théâtre que furent représentées les pièces de Jodelle, Garnier, Hardi, Mairet, Tristan, Corneille et Racine. Comme il y avait de fréquents démêlés entre les confrères de la Passion et les comédiens, auxquels ils avaient loué leur hôtel, Louis xiv finit par supprimer la confrérie de la Passion (édit de décembre 1676 enregistré au parlement le 4 février 1677) ; il réunit les biens et revenus de cette confrérie à ceux de l'hôpital général pour être employés à la nourriture et à l'entretien des enfants trouvés. Les comédiens qui occupaient l'hôtel de Bourgogne en payèrent depuis cette époque le loyer à l'hôpital.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899