Contrôleur général. — Le contrôleur général était, dans l'ancienne monarchie, un des principaux officiers de finances ; il avait la surveillance de toute la comptabilité, et tenait registre des recettes et des dépenses. Ce fut Henri ii qui créa cet office en 1547. Il établit deux contrôleurs généraux des finances, chargés de vérifier les quittances du trésorier de l'épargne et des autres trésoriers. L'un de ces contrôleurs devait résider à Paris, et l'autre suivre la cour. En 1554, Henri ii remplaça les deux contrôleurs par un contrôleur général unique qui accompagnait partout le roi, et il lui attribua six mille livres tournois de gages fixes. Un édit du mois d'octobre 1556 permit au contrôleur général d'avoir à ses risques et périls un commis qui exerçât sa charge en son nom et contrôlât les quittances. Cette commission fut érigée en office, et le nombre des commis du contrôleur général fut porté à quatre par l'édit de mars 1631. Jusqu'en 1661, les fonctions du contrôleur général se bornèrent à vérifier les quittances des recettes et des dépenses, à dresser avec les Intendants des finances (voy. ce mot) les rôles des sommes payées au Louvre, et à être présent lorsque les deniers étaient versés dans les coffres de l'épargne.
En 1661, la suppression de la charge de surintendant mit le contrôleur général à la tête de l'administration financière, et pour le bonheur de la France, cette charge importante fut confiée à Colbert. Depuis cette époque, jusqu'à la révolution de 1789, l'administration financière fut toujours dirigée par des contrôleurs généraux. Ils étaient spécialement chargés du trésor royal, des parties casuelles, de la direction générale de toutes les fermes du roi, des subsides et impositions du clergé, du commerce intérieur et extérieur du royaume, de la compagnie des Indes, de l'agriculture, des manufactures, de l'extraordinaire des guerres, des vivres, de l'artillerie, des étapes, des poudres et salpêtres, des postes, du domaine, de toutes les rentes des pays d'états, des monnaies, des parlements et cours supérieures, des ponts et chaussées. Les contrôleurs généraux n'ayant été à la tête de l'administration financière que depuis 1661, nous nous bornerons à donner la liste des contrôleurs depuis cette époque : J.-B. Colbert ne fut nommé contrôleur général qu'en 1666, quoiqu'il dirigeât réellement l'administration financière depuis 1661. Il mourut le 6 septembre 1683. Ses successeurs furent Claude Le Pelletier, seigneur de Morfontaine et de Montmélian (1683-1689) ; Louis Phelippeaux, comte de Pontchartrain
(1689-1699) ; Michel Chamillart (1699-1707). Nicolas Desmarests, neveu de Colbert, directeur des finances jusqu'en 1708, fut nommé contrôleur général le 22 février 1708, et en exerça les fonctions jusqu'en septembre 1715. La charge de contrôleur général resta vacante jusqu'en 1718 ; à cette époque elle fut donnée à Marc-René Le Voyer de Paulmy, marquis d'Argenson (1718-1720). Jean Law fut nommé contrôleur général le 4 janvier 1720, et prit la fuite la même année (voy. Banque). Félix Le Pelletier de La Houssaye lui succéda le 10 décembre 1720, et donna sa démission le 10 avril 1722. Il eut pour successeurs Dodan, marquis d'Herbaud (1722-1726) ; Le Pelletier des Forts (1720-1730) ; Orry (1730-1745) ; Machault (1745-1754) ; Moreau de Séchelles (1754-1756) ; Peirenc de Moras (1756-1757) ; Boullongne (1757-1759) ;
Silhouette (1759) ; Bertin (1759-1763) ; de Laverdy (1763-1768) ; Maynon d'Invault (1768-1769) ; l'abbé Terrat (1769-1774) ; Turgot (1774-1777) ; de Clugny (1776) ; Taboureau des Réaux (1776-1777) ; Necker (1777-1781) ; Joly de Fleury (1781-1783); Lefebvre d'ormesson (1783) ; de Calonne ( 1783-1787) ;
Bouvard de Fourqueux (1787) ; Loménie de Brienne (1787) ; de Villedeuil (1787) ; Lambert (1787-1790) ; de Lessart (1790-1791). Le 27 avril 1791, le titre de contrôleur général fut supprimé et remplacé par celui de ministre des contributions et revenus publics.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899