DOGE, subst. masc. Ce mot qui signifie Duc,
est le nom qu'on donnait au chef de la république de Venise ;
il était d'abord comme souverain
de l'état. Mais depuis il ne put rien faire
que du consentement du Sénat. C'est lui qui répondait
aux ambassadeurs, mais il était seulement comme l'organe du corps
de la République. Toutes les lettres de créance qu'elle envoyait étaient écrites
en son nom, toutefois elles n'étaient pas signées de
sa main, mais par un des secrétaires du Sénat. La monnaie se
battait aussi sous le nom du Doge, néanmoins
elle n'était
pas à son
coin ; il nommait aux bénéfices de l'église
de Saint-Marc, et à plusieurs autres privilèges, cependant
il ne pouvait sortir de Venise, sans la permission du Sénat. En un
mot, le Doge dépendait de la République,
et la République
ne dépendait
point du Doge. Il était créé par élection,
possédait
cette dignité pendant la vie, et était le chef de tous les
conseils. On le qualifiait de Sérénissime, et à l'extérieur
il avait toutes les marques de la Majesté royale. Chaque année,
le jour de l'Ascension, le Doge de Venise,
accompagné du Sénat,
et en présence des ambassadeurs des autres couronnes, et particulièrement
de celui de l'empereur, monté sur le Bucentaure qui était
le plus beau vaisseau de l'État, au port de Lido, épousait
la mer Adriatique, en prononçant ces paroles, Disponsamus te, Mare,
in signum
veri et perpetui dominii, après lesquelles
il jetait une bague d'or dans la mer.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816