MARÉCHAL DE FRANCE. La dignité de Maréchal de France n'a pas eu dans son origine le même lustre qu'elle a eu dans la suite, et le nom de Maréchal qui se trouve dans la loi des Allemands, titre 79, chap. 4 ; dans celle des Bajoarres ou de Bavière, titre 3, chap. 3 ; dans un capitulaire de Charles le Chauve, de l'année 853, article 13, et dans plusieurs historiens, ne désigne qu'un officier de la maison du roi, qui avait autorité sur l'écurie. Il n'est pas aisé de prouver que cette dignité a plutôt été distinguée entre les mililaires que celle de connétable. Guillaume le Breton, qui a écrit la vie du roi Philippe Auguste, dit en deux endroits que la fonction du Maréchal était de mener au combat l'avant-garde de l'armée.
Fit subitò tetrâ castris irruptio nocte,
Quippè Marescallus festinum duxerat agmen.
Henricus verò, modicus vir corpore, magnus
Viribus, armatâ nulli virtute secundus,
Cujus erat primumgestare in prælia pilum,
Quippè Marescalli claro fulgebat honore. (1)
Ce qui marque l'emploi du Maréchal pour la guerre, et ne justifie pas qu'il ait servi dans les armées avant le connétable, puisque le connétable en avait lors le commandement, et que la dignité de Maréchal ne s'est illustrée qu'à mesure que celle de connétable s'est rendue plus considérable ; elle s'est même encore plus élevée par l'extinction de celle-ci ; en sorte que c'est aujourd'hui la première et la plus grande dignité où l'on puisse parvenir par la guerre.
Il n'y avait anciennement qu'un Maréchal ; et il y en a eu deux dans la suite. Celte dignité était amovible, ce qui se prouve par une lettre de Philippe de Valois, à Bernard, sire de Mareuil, où il lui marque qu'on lui ôtait l'office de Maréchal pour le faire gouverneur de Jean, duc de Normandie, son fils aîné, et il ne lui a fait aucun préjudice en son honneur et en ses biens ; il y fut dans la suite rétabli. Cet office est à présent possédé à vie par ceux qui en sont honorés, et le nombre augmenté jusqu'à quatre par les rois François ier et Henri ii, n'a plus été fixé sous les derniers règnes. Ils sont officiers de la couronne ; ont le commandement en chef des armées avec tout pouvoir et autorité sur les gens de guerre ; ils avaient un tribunal où ils jugeaient les querelles sur les points d'honneur, et des subdélégués et lieutenants dans les provinces pour en connaître en première instance, avec leur juridiction au palais à Paris, sous le titre de connétablie et maréchaussée de France, où des officiers exerçaient la justice en leur nom.
Les Maréchaux de France, en quelque ville qu'ils se trouvent, quand même ils n'y seraient pas de service, ont toujours une garde de cinquante hommes, compris deux sergents et un tambour, commandés par un capitaine, un lieutenant, avec l'enseigne et son drapeau.
Lorsqu'ils entrent dans une ville, on fait border les murs d'une double haie d'infanterie, depuis la porte par où ils entrent jusqu'à leur logis : les troupes présentent les armes, les officiers saluent, et les tambours battent aux champs. S'il y a du canon dans la place, on le salue de plusieurs volées de canon.
La dignité de Maréchal de France ne s'obtenait autrefois que pour le service sur terre ; mais Louis xiv l'a aussi accordée an service de mer.
Les Maréchaux de France portent pour marque de leur dignité derrière l'écu de leurs armes, deux bâtons d'azur, semés de fleurs-de-lys d'or, passés en sautoir.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816 — Télécharger
TRADUCTION PROPOSÉE
Une entrée en force dans le camp eut lieu soudain par une nuit horrible :
c'est que le Maréchal (y) avait mené une troupe rapide.
Cependant Henri,
homme de taille moyenne, mais d'une grande force,
et sur qui nul ne
l'emportait en courage sous les armes,
auquel il revenait de brandir le
premier javelot pour donner le signal du combat,
resplendissait assurément
du titre glorieux de Maréchal.