LIT DE JUSTICE. Ce terme, pris dans le sens littéral, signifie le trône où le roi était assis, lorsqu'il siégeait solennellement en son parlement. Anciennement, lorsque les parlements ou assemblées de la nation se tenaient en pleine campagne, le roi y siégeait sur un trône d'or, comme il est dit dans Sigebert et Aimoin ; mais depuis que le parlement a tenu ses séances dans l'intérieur d'un palais, on a substitué à ce trône d'or un dais et des coussins ; et comme, dans l'ancien langage, un siège couvert d'un dais se nommait un Lit, on appelle Lit de Justice, le trône où le roi siège au parlement ; cinq coussins formaient le siège de ce Lit ; le roi était assis sur l'un ; un autre tenait lieu de dossier ; deux autres servaient comme des bras, et soutenaient les coudes du monarque ; le cinquième était sous ses pieds. Charles V renouvela cet ornement ; dans la suite, Louis XII le fit refaire à neuf, et l'on croit que c'était encore le même qui subsistait avant la révolution.
On entend aussi par Lit de Justice, une séance solennelle du roi au parlement, pour y délibérer sur les affaires importantes de son état.
Toute séance du roi en son parlement n'était pas qualifiée de Lit de Justice ; car autrefois les rois honoraient souvent le parlement de leur présence, sans y venir avec appareil de Lit de Justice ; ils assistaient au plaidoyer et au conseil ; cela fut fréquent sous Philippe le Bel et ses trois fils, et depuis, sous Charles V, Charles VI et Louis XII.
On ne qualifiait de Lit de Justice que les séances solennelles où le roi était assis dans son Lit de Justice ; et ces assemblées ne se tenaient, comme on l'a dit, que pour les affaires d'état.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816