NOBLE HOMME, subst. masc. Dans les premiers siècles de la monarchie, nos rois prenaient simplement la qualité de Nobles ; ils la donnèrent ensuite à leurs parents, aux grands et aux barons. Elle devint après si commune que les bourgeois, les marchands, les laboureurs, et les gens riches la prirent d'habitude dans les actes qu'ils passaient ; nobilis mercator, nobilis poterius, nobilis laborator, etc. ; et dans les statuts de la communauté des marchands-merciers de la ville de Paris, il est dit que lesdits merciers seront qualifiés de Nobles hommes ; le livre doré de l'hôtel-de-ville de Nantes (c'est le registre des maires et échevins) donne le titre de Nobles hommes, aux marchands de ladite ville qui sont élus échevins. Ainsi donc, la qualité de Nobles hommes, loin d'annoncer une noblesse véritable dans celui qui la prenait, dénotait au contraire qu'il était roturier, surtout depuis que la qualité d'écuyer eût prévalu sur celle de Noble ; c'est ce qui est encore attesté par l'article 2 de l'arrêt du Conseil d'État du roi du 4 juin 1668, où il est dit que la qualité de Noble homme, prise dans des contrats, avant et depuis 1560, ne peut établir une possession de noblesse ; cependant l'art. 4 d'un autre arrêt du conseil, du 15 mai 1703, porte : « Qu'outre les qualités d'écuyer et de chevalier, celle de Noble, est une qualification de noblesse dans les provinces de Flandre, Hainaut, Artois, Franche-Comté, Lyonnais, Dauphiné, Provence, Languedoc et Roussillon, et dans l'étendue des parlements de Toulouse, et Paris.
Celle de Noble homme est pareillement qualification Noble, mais pour la Normandie seulement ».
Et il fut ordonné aux généalogistes des ordres de Sa Majesté d'admettre comme titres probants de noblesse tous les actes où ces qualifications étaient mentionnées, ainsi qu'il est porté audit arrêt.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816