PALADINS, on appelait autrefois Paladins ces fameux chevaliers errants qui cherchaient des occasions pour signaler leur valeur et leur galanterie. Les combats et l'amour étaient leur unique occupation, et pour justifier qu'ils n'étaient pas des hommes vulgaires, ils publiaient de toutes parts que leurs maîtresses étaient les plus belles personnes qui fussent au monde, et ils obligeaient ceux qui n'en convenaient pas volontairement de l'avouer ou de perdre la vie.
On dit que cette manie commença dans la cour d'Artur, roi d'Angleterre, qui recevait avec beaucoup de politesse et de bonté les chevaliers de son royaume et ceux des pays étrangers, lorsqu'ils s'étaient acquis par leurs défis la réputation de braves et de galants chevaliers. Lancelot étant arrivé à la cour de ce prince devint amoureux de la reine Genèvre, et se déclara son chevalier ; il parcourut toute l'île et livra divers combats dont il sortit victorieux ; et se rendant ainsi fameux par ses faits guerriers, il publia la beauté de sa maîtresse et la fit reconnaître pour être infiniment au-dessus de toutes les autres beautés de la terre. Tristan, d'un autre côté, amoureux de la reine Issorte, publiait de même la beauté et les grâces de sa maîtresse, avec un défi à tous ceux qui ne le reconnaîtraient pas.
L'idée des Paladins, protecteurs de la vertu et de la beauté des femmes, conduisit à celle de la galanterie. Cet esprit se perpétua par l'usage des tournois qui unissant ensemble les droits de la valeur et de l'amour donnèrent encore à la galanterie une grande importance.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816