GRAVURE ET FAÇON DE SCEAUX. D'après les rares documents qui nous restent sur la façon et la gravure des sceaux au moyen âge, nous voyons que la confection des sceaux-matrices d'or ou d'argent était confiée aux orfèvres, et que des mains de ceux-ci ils passaient dans celles du graveur, quand l'orfèvre ne s'en chargeait pas complètement.
Dans l'extrait d'un compte de Guill. Juzel, à qui succéda Jehan de l'Espinay, le 14 avril
1489, on lit pour les dépenses qui furent faites depuis le décès du duc de Bretagne :
« A Hacquinet, orfeuvre à Nantes, pour un sceau d'argent en faczon de losange, armoié des armes de Madame (la duchesse Anne), qui lui a esté ordonné de faire par l'ordonnance du grand conseil de madite Dame, pour servir à la chancellerie, pesant deux onces et demie d'argent.
« A Pierre le Long, semblablement orfeuvre, qui a refondu ledit sceau en escusson et y a emploie de plus un quart d'once.
« A Charles de May, engraveur, pour la faczon d'un sceau, lequel il a engravé, au lieu d'ung autre qui fut fait en Guerrande. » — Les prix n'y sont pas marqués. (V. Hist. de Bretagne, par D. Lobineau, Preuves, col. 1474.)
Nous trouvons encore ces vers du xive siècle sur le soin qu'apportaient les graveurs dans l'exécution d'un sceau :
« Aussi com' souvent plusours hommes
Ygnorans si com' nous sommes
Loent, trop forment et devisent
L'empreinte d'un seel et prisent
Et si n'est mie bien parfaite
Quer la main ni fut pas bien traite
Ou dedens aucune paille a
Et le maistre qui la tailla
Pense encor se faute y a point
Et la lime et la met à point
Il ot bien loer sa mestrie
Mes pour ce ne se tient il mie
Qu'il ni amende et qu'iln'i taille
A celle fin que rien n'i faille
Et qu'il ni ait défaute nule. »
(Dialogue saint Grégore, xive siècle.)
d'après le Dictionnaire de sigillographie pratique
Alphonse Chassant & Pierre-Jean Delbarre — Paris, 1860