Orthographe. Une orthographe vicieuse tend beaucoup à obscurcir une légende.
Dans les inscriptions des sceaux, les noms de personnes et les noms de lieux s'y trouvent défigurés par des incorrections de tous genres.
Tantôt ce sont des lettres mises les unes pour les autres, comme : Dalfinvs pour Dalphinvs ; Aden pour Adam ; Bvissvm pour Bvisson ; Frasino pour Fraxino ; Dvpvnt pour Dvpont, etc.
Tantôt ce sont des lettres surabondantes, comme dans : Agnnetis pour Agnetis ; Caapra pour Capra ; Theszavrarie pour Thesavrarie ; Harchidiaconi pour Archidiaconi, etc.
Ailleurs les mots pèchent par l'omission de certaines lettres, comme ceux-ci : Cristiani pour Christiani ; Peti pour Pétri ; Broqigni pour Broqvigni ; Tovqe pour Tovqve ; Fil pour Fils, etc.
Ailleurs encore l'orthographe est si peu observée, que les mots dégénèrent en barbarismes, ainsi : Clerii est mis pour Clerici ;
Gvillaimi pour Gvillelmi ; Amarrici pour
Amalrici ; Peire pour Pierre ; Strampharvm pour Stamparvm ; Gefré pour Gefroy ; Polinvs pour Pavlinvs ; Tritan pour Tristan, etc.
Quant aux solécismes, tels que : Sansoni pour Samsonis ; Archidiaconis pour Archidiaconi ; Pétris pour Pétri, ils sont assez fréquents dans les inscriptions sigillaires.
Si des légendes latines on passe aux inscriptions en langue vulgaire, l'orthographe s'y montre avec toutes les irrégularités de la prononciation des patois ; on trouve donc : Yvrey pour Ivry ; Vicontey pour Vicomte ; Rogier pour Roger ; Iohan pour Jehan ; Damiziel pour Damoisel ; Sagel, Sael, Saiel pour Scel ; Dey, Dov pour Dv ; Del pour De ou De la, etc.
Ajoutez à ces diverses incorrections l'emploi habituel de :
c
pour
t
et vice versa
i
—
j
—
i
—
y
—
v
—
u
—
e
—
æ, oe
—
et l'absence de tous signes orthographiques et de la préposition de, comme le seel Johan, le fil Robert, etc., pour le scel de Jehan, le fils de Robert, etc., vous saurez ce qu'était l'orthographe du moyen âge, et vous ne vous obstinerez pas à trouver dans les mots que vous déchiffrerez l'orthographe de nos jours.
d'après le Dictionnaire de sigillographie pratique
Alphonse Chassant & Pierre-Jean Delbarre — Paris, 1860