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Au Blason des Armoiries : héraldique, féodalité, noblesse, armoiries
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Ahriman

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Ahriman. — Sous la domination des rois barbares, on appelait les guerriers libres ahrimans, harimans, hermans, hommes de guerre (man homme, her, wehr guerre). Ils avaient obtenu, aussitôt après la conquête, des terres tirées au sort et appelées alleux, terres possédées en toute souveraineté (all tout et od terre). Une autre étymologie, moins vraisemblable, fait dériver le mot alleu de loos, sort. Les ahrimans sont quelquefois désignés sous le nom de rachimbourgs, qui, selon le célèbre historien de la Suisse, Jean de Müller, et selon M. de Savigny, auquel on doit une savante histoire du droit romain au moyen âge, vient du mot allemand rek ou reich, grand, puissant ; les rachimbourgs étaient donc les hommes libres, puissants ; on les appelle encore quelquefois les prud'hommes (probi homines, boni homines).

Cette classe jouissait, dans le principe, de grands privilèges ; elle n'était soumise à aucun impôt, et ne devait au roi que quelques redevances en nature. Les ahrimans composaient de droit l'assemblée des hommes libres, le mallum ou champ de mars. Le service militaire n'était pas pour eux une obligation ; c'était, dans le principe une prérogative. Ces guerriers libres commandaient souvent à leurs chefs ; ils avaient droit au partage du butin. On se rappelle le Franc qui brisa, de sa framée, le vase de Soissons, en s'écriant que le roi n'aurait que le butin assigné par le sort, « Si tu ne veux pas aller en Bourgogne avec tes frères, disent les Francs à Théodoric ou Thierry, fils de Clovis, nous te laissons et nous marchons avec eux. » Un autre fils de Clovis, Clotaire ier, refusait de conduire ses guerriers contre les Saxons : ils se jettent sur lui, mettent sa tente en pièces, l'en arrachent de force, l'accablent d'injures et le contraignent, en le menaçant de le tuer, de marcher contre les Saxons. Il serait facile de multiplier les exemples de cette indépendance primitive des arhimans. Dans la suite, les hommes libres, propriétaires d'alleux ne furent tenus de prendre les armes qu'en cas d'invasion du pays par l'étranger. La totalité des hommes libres était alors tenue de marcher et on la désignait sous le nom de landwehr (land, terre, pays ; wehr, guerre, défense).

Les alleux sont souvent désignés dans les lois des barbares sous le nom de terres saliques. Les femmes ne pouvaient les posséder. « Qu'aucune portion de la terre salique, dit la loi des Francs-Saliens, ne passe à une femme. » On a plus tard appliqué ce texte à la succession royale ; on a cru que la couronne, comme la terre salique, avait besoin d'être protégée par le bras d'un guerrier. Les Francs eux-mêmes trouvèrent trop dure la disposition qui privait les femmes du droit d'entrer en partage de l'alleu paternel. Une formule conservée par Marculfe prouve que de bonne heure on modifia la loi en faveur des filles. En voici le sens : « À ma douce fille. C'est chez nous une coutume antique, mais impie, que les sœurs n'entrent pas en partage avec leurs frères dans la terre paternelle. Moi, j'ai pensé que, donnés tous à moi également de Dieu, vous deviez trouver tous en moi un égal amour, et, après mon départ d'ici-bas, jouir également de mes biens. À ces causes, ô ma très douce fille, je te constitue, par cette lettre, à l'encontre de tes frères, égale et légitime héritière, en tout mon héritage ; de sorte que tu partages avec eux non seulement mes acquêts, mais encore l'alleu paternel. »

La condition des ahrimans, qui présentait de si grands avantages, avait aussi ses dangers. L'ahriman vivait isolé dans ses domaines, et son indépendance même l'exposait à des attaques de la part de voisins puissants. Souvent, pour se procurer un appui, le propriétaire d'alleu se plaçait sous la protection de quelque seigneur. On appelait recommandation l'acte par lequel on renonçait à son indépendance primitive pour se faire l'homme d'un autre. Ce fut surtout pendant l'époque de la dissolution de l'empire carlovingien que les actes de recommandation se multiplièrent ; la classe des ahrimans disparut presque tout entière, malgré l'obstination de quelques guerriers qui préféraient leur fière indépendance à une condition plus sûre, mais moins libre. Le bavarois Etichon maudit son fils Henri qui avait reçu un bénéfice de l'empereur Louis le Débonnaire au lieu de s'enfermer dans le sauvage isolement de ses pères. Mais ces exemples étaient rares, et peu à peu les alleux se transformèrent en bénéfices. L'indépendance des propriétaires d'alleux parut si extraordinaire qu'on les traita de rois et leurs terres de royaumes. C'est ainsi que l'alleu d'Yvetot était appelé royaume. Voy. Féodalité. — Consult. l'essai sur les institutions politiques en France du ve au xe siècle, par M. Guizot, dans ses Essais sur l'histoire de France.

d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899

 

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