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Altesse. — Sous la première et la seconde race, le titre d'altesse était réservé aux évêques. Dans les xiiie, xive et xve siècles, c'était le titre commun de tous les rois. Ce n'est que depuis François ier que les rois de France l'ont quitté pour prendre celui de majesté, réservé auparavant à l'empereur. En 1576, le maire, les échevins et consuls de la Rochelle donnèrent le titre d'altesse au prince de Condé, lorsqu'il entra dans cette ville (de Thou, livre lxiii). Il fut aussi accordé, en 1583, au duc d'Anjou, nommé par les états de Flandre pour les gouverner (ibid., livre lxxiv). Mais ce ne fut qu'au xviie siècle que le cérémonial de la cour attribua définitivement le titre d'altesse aux princes du sang. La date de 1628 est assignée par quelques auteurs à cette innovation ; mais on pourrait la faire remonter à une époque antérieure. En 1630, Gaston d'Orléans, frère de Louis xiii, ajouta l'épithète de sérénissime au titre d'altesse. En 1631, il changea cette qualification en celle d'altesse royale, et, en 1632, le prince de Condé prit le titre d'altesse sérénissime. Dans la suite, il fût établi en principe qu'on donnerait le titre d'altesse royale aux princes issus directement du sang royal, et celui d'altesse sérénissime aux princes des branches collatérales.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899
Altesse royale. L'usage de ce titre a commencé en 1655,
lorsque le cardinal infant passa par l'Italie pour aller
aux Pays-Bas : car se voyant sur le point d'être
environné d'une
multitude d'Altesses, avec
lesquelles il était
chagrin d'être confondu, il fit en sorte que le duc de
Savoie convînt de le traiter d'Altesse
royale,
et de n'en recevoir
que l'Altesse. Gaston de
France, duc d'Orléans,
qui était
alors à Bruxelles, ne voulant pas souffrir qu'il
y eût
de distinction entre ce cardinal et
lui, puisqu'ils étaient
tous deux fils et frères de rois, prit aussitôt
la même qualité. Les fils et petit-fils des rois en France, en Angleterre et dans le nord, ont aussi pris ce titre. C'est ainsi que l'a porté Philippe
de France, duc d'Orléans,
et frère unique
du roi Louis xiv, et c'est ainsi que le porta son
fils unique Philippe, duc d'Orléans,
petit-fils du roi Louis xiii. Les princes de la maison de
Condé et
celle de Conty ne reçoivent que le titre d'Altesses
sérénissimes.
Le prince palatin Charles-Gustave, ayant été désigné successeur
de
la couronne de Suède, obtint que M. Chanut, ambassadeur
de France près de la reine Christine lui donnât
ce titre, et le prince d'Orange l'a aussi pris comme
petit-fils de Charles ier, roi d'Angleterre, du côté de
sa mère. Lorsque le maréchal duc de
Grammont alla l'an 1659 en Espagne, pour demander l'infante en mariage pour le roi, il voulut savoir du roi d'Espagne
s'il agréerait
qu'il donnât le titre d'Altesse
royale au prince son fils et aux princesses ses filles ; mais ce roi témoigna
qu'il
n'approuvait pas l'usage de ce mot, qu'il traita
de nouveau et d'inusité, et il voulut que ce ministre ne donnât
au prince et aux infantes que le seul nom d'Altesse.
Louis xiv ne voulait pas non plus qu'on donnât
ce titre à monseigneur le dauphin, à cause du
grand nombre de princes qui le prenaient. Cependant, comme le
tour de la phrase italienne veut que l'on donne quelque titre en cette langue, et qu'après
celui de majesté, il n'y en a point de plus relevé que
celui d'Altesse royale,
il agréa
que les cardinaux, en écrivant à ce prince, le traitassent de sérénissime Altesse royale. Le duc de
Savoie, en vertu de sa qualité de roi de Chypre, a aussi pris le titre d'Altesse
royale,
aussi bien que le duc de Lorraine,
en vertu d'un diplôme
de l'empereur Léopold, du mois d'octobre 1700,
enregistré dans
toutes les chancelleries des princes de l'empire. Le grand-duc
de Toscane se l'est aussi fait accorder par l'empereur Joseph, prétendant que son titre de grand-duc lui donnait
les mêmes droits qu'aux ducs de Savoie et de Lorraine.
Depuis quelques années, plusieurs souverains
d'Allemagne, tels que le grand-duc de Baden et quelques
autres, prennent le titre d'Altesse
royale ; les électeurs d'empire
d'Allemagne, se faisaient appeler Altesse électorale ;
et l'on donne généralement le titre d'Altesse
sérénissime à tous ceux qui
jouissent de la qualité et
des honneurs des princes, soit en France, soit dans les pays étrangers.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816
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