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Noblesse & Féodalité

 
 
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Au Blason des Armoiries : héraldique, féodalité, noblesse, armoiries
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Armes

Au Blason des Armoiries
 

Armes. — Les armes ont varié aussi souvent que l'art militaire. Les Gaulois n'avaient que des armes grossières, dont on trouve encore des fragments dans leurs tombeaux : des flèches, des haches souvent en pierres, et des épées qui ne tardaient pas à s'émousser ou à se briser. Les Francs portaient l'épée, la hache à deux tranchants qu'ils appelaient framée ou francisque, et dont ils se servaient pour combattre de près et de loin ; enfin le hang ou angon, espèce de javeline ou javelot. Les capitulaires de Charlemagne parlent, en outre, de flèches, de casques et de cuirasses. On voit qu'à cette époque on s'occupait plus d'armes offensives que de défensives. Les rois se couvraient de la dépouille des bêtes sauvages, et les anciens historiens les appellent souvent reges pelliti, rois couverts de fourrures. On employait pour assiéger ou défendre les places des machines nommées catapultes et batistes, qui lançaient des pierres, des traits et des poutres. Ces machines se composaient de nerfs ou de cordes à boyau tendus avec force, et qui, en se débandant, lançaient au loin des projectiles. L'art de diriger ces machines s'appelait balistique.

Avec l'époque féodale, les armures changèrent. Les seigneurs retranchés dans leurs forteresses s'entourèrent d'une armure de fer dont les plis flexibles se prêtaient à tous les mouvements du corps. On appelait cotte de mailles ou haubert cette tunique d'anneaux de fer entrelacés. Une chaussure de mailles garantissait les jambes. Le casque pointu, tel qu'on le voit représenté sur la tapisserie de la reine Mathilde, l'écu ou bouclier long terminé en pointe faisaient partie de l'armure défensive du chevalier, au xie siècle. Le bouclier, en forme de carré long s'appelait targe ; s'il était rond, il prenait le nom de rondache ou rondelle. Le casque pointu ou chapeau de fer, comme on l'appelait quelquefois, se nommait encore armet, morion ou bassinet ; il n'avait ni visière ni gorgerin.

La figure A peut donner une idée d'un homme d'armes de cette époque. Elle représente la statue d'Eue, comte du Maine, telle qu'elle se voyait dans une église du Mans, au xviiie siècle, époque où D. Bernard de Montfaucon l'a fait graver dans ses Monuments de la Monarchie française. Le comte du Maine, mort en 1109, est en costume de guerre, maillé de la tête aux pieds ; son écu est orné d'une croix fleurdelisée.

L'avantage du haubert, dont on se servit aux xie, xiie et xiiie siècles, parut tel que les chevaliers se l'attribuèrent exclusivement, et en interdirent l'usage aux simples écuyers.

Celte armure était à l'épreuve de l'épée ; la lance seule était à craindre ; pour en repousser les atteintes, on se garnissait d'une camisole épaisse et fortement rembourrée, qu'on appelait gambeson, gambesson, ganbeson, auqueton ou hequeton (fig. B) ; le plus souvent on appliquait immédiatement sur la peau une plaque de fer, appelée plate ; (fig. C).

On distingua, pour l'armure de tête, le bonnet de fer qu'on laissait à tous les hommes d'armes, du heaume qui fut réservé aux chevaliers. Le heaume était un casque fermé, en fer mince et battu : il enveloppait la tête entière et ne laissait respirer que par une petite ouverture ou grille, qu'on nommait visière ou ventaille ; comme cette grille était à coulisse et pouvait glisser sur le front du casque, elle se levait quand on voulait prendre l'air. La fig. D représente le heaume que porte saint Louis sur les vitraux de Notre-Dame de Chartres. Pour soutenir le heaume et l'empêcher d'être brisé par les épées, par les haches d'armes et les massues, on le fortifiait intérieurement par plusieurs cercles de fer, et, pour l'assurer sur la tête, on l'attachait au haubert avec des lacets. Le bonnet de fer ou de mailles (fig. E) était composé d'une plaque de fer qui garantissait la partie supérieure de la tête et de plusieurs réseaux de mailles de fer qui se rattachaient au haubert et protégeaient la partie inférieure du crâne. L'écu se suspendait au cou du chevalier (fig. F). S'il était tué, on plaçait près de son corps, l'écu la pointe en haut. Les armes offensives étaient l'épée (fig. G) la lance (fig. H), la hache d'armes (fig. I) suspendue à l'arçon, la masse d'armes (fig. J), espèce de massue garnie de pointes de fer, qu'on nommait aussi bourlette, un poignard ou dague qui se portait au côté droit, et qu'on appelait poignard de miséricorde : on le nommait ainsi parce qu'on s'en servait pour égorger le chevalier renversé de cheval, s'il refusait de crier miséricorde.

Le fléau d'armes (fig. K) se rapprochait beaucoup de la masse d'armes ; il se composait d'un manche très court auquel était suspendue une courroie ou chaînette munie à l'extrémité de boules de fer. Ces boules étaient souvent hérissées de pointes. Un roman du moyen âge (Parthenopex de Blois), donne la description suivante du costume d'un chevalier :

Chausses de fer dessus chaussée
De lacs de soie bien lacées,
Il a un bon haubert vestu
Et a un bon double escu
Et bon heaume en chef lacié
Et en son poing un bon espie (lance) ;
Il a une espée longue et dure
Et bien moulue à sa mesure ;
Une autre à son arçon pendue,
D'autre part une besaguë (hache à 2 tranchants)
Et sa miséricorde a ceinte. (L. S. P.)

Ces armes suspendues aux murs des châteaux féodaux, en faisaient un des principaux ornements, et rappelaient la gloire des ancêtres. Un grand nombre de corporations étaient occupées à fabriquer les diverses pièces de l'armure. On en voit plusieurs, entre autres celles des blasonniers, des chapuiseurs, des bourreliers, occupées à fabriquer et orner les selles. La figure L, que nous reproduisons d'après les Monuments inédits de Willemin, prouve que les croisés avaient imité les selles et les étriers des Sarrasins.

Au xive siècle, il y eut un changement notable dans les armures. Au lieu du haubert et de la chaussure de mailles, le chevalier adopta une armure de plaques de fer modelée sur son corps ; elle se composait de jambards ou jambières (fig. M), de cuissards, de brassards (fig. N), de gantelets, de grèves ou bottes de fer, et d'une cuirasse (fig. O). Une plaque de fer placée au côté droit de la cuirasse, servait à soutenir la lance en arrêt ; on l'appelait faucre. Toutes les pièces de l'armure étaient réunies, le casque à la cuirasse par le hausse-col, qu'on appelait aussi gorgerin ou gorgerette ; la cuirasse aux cuissards par les tassettes, formant quatre rangs de plaques qui descendaient depuis le bas-ventre jusqu'à mi-cuisse ; les cuissards aux grèves par les genouillères, espèce de rotule de fer, sous laquelle jouaient les cuissards et les brassards ; enfin, les brassards à la cuirasse par les épaulières. L'intérieur de cette armure, appelée de toutes pièces, était matelassé, et il y avait un petit espace entre l'homme et le coffre de fer dans lequel il était enfermé. Le cheval était également couvert d'une enveloppe de fer ; la partie qui protégeait la tête se nommait chanfrein. Des housses flottantes ornées des armes des chevaliers couvraient quelquefois les chevaux, comme on peut le voir dans la figure P. Ce dessin, qui représente les ducs de Bourbon et de Bretagne lançant leurs chevaux l'un contre l'autre, est tiré d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale, intitulé le tournoi du roi René. Le heaume de l'homme d'armes se couvrit de plumes et d'autres ornements, qu'on appelait cimier (fig. Q). Il y avait des heaumes relevés en or et garnis de pierreries. Quelquefois le heaume surmonté d'une couronne (fig. R), symbole de la dignité du chevalier. La mode, le caprice des seigneurs, le goût de la singularité ou des traditions de famille firent charger les cimiers de figures monstrueuses ; on y représenta des griffons, des guivres ou serpents, etc. Paris était renommé pour la fabrication de cette armure, et une de ses rues en a tiré le nom de rue de la heaumerie. Quelquefois on faisait flotter derrière le heaume de longs pendants qu'on appelait lambrequins (fig. P).

Les armes de l'infanterie française, au moyen âge, étaient principalement le coustil ou couteau, d'où vint le nom de coustilliers, et l'arc, d'où le nom d'archers (francs archers), fut donné aux premières compagnies régulières. L'arbalète fut apportée d'Asie, au commencement du xiie siècle, et probablement à la suite de la première croisade ; cette arme était une combinaison de l'arc avec un pied en bois qui permettait d'ajuster avec plus de précision, et de lancer la flèche avec plus de vigueur (fig. S). On se servait pour bander l'arbalète d'un instrument en fer appelé cranequin, d'où les troupes armées de l'arbalète reçurent le nom de cranequiniers. La plupart des villes eurent des compagnies d'arbalétriers ou cranequiniers. Les flèches dont ils se servaient  se nommaient carreaux ou carrelets.

L'ordonnance de Charles vii, qui organisa, en 1448,  l'infanterie des francs archers, prescrivit aux soldats de porter une trousse de dix-sept carrelets ou flèches, une dague, une épée, un justaucorps en cuir matelassé de laine, et enfin un casque sans ornement que l'on appelait salade, morion, bourguignote ou pot de fer (fig. T). La salade était aussi le casque de certains cavaliers, que l'on appelait eux-mêmes salades. Les fantassins portaient quelquefois une arme défensive composée de plaques de fer jointes ensemble ; on l'appelait brigandine. Les soldats qui en étaient revêtus appartenaient la plupart aux troupes indisciplinées qui portèrent la terreur dans la France (Voy. Grandes compagnies).

On les désigna sous le nom de brigands, qui est devenu synonyme de pillard et de voleur. Le fauchard (fig. U) était encore aux xive et xve siècles une des armes dont se servait l'infanterie Il se composait d'une lame de fer longue et tranchante des deux côtés, et placée à l'extrémité d'un bois de lance. On l'appelait aussi fauchon. La pertuisane (fig. V), et ensuite la hallebarde (fig. W) remplacèrent le fauchard, avec lequel ces armes avaient de grands rapports. On se servait de la fronde dans l'infanterie française depuis un temps immémorial. Le poème d'Abbon, qui raconte le siège de Paris par les Normands, au ixe siècle, parle de balles de plomb lancées au moyen de frondes. On employa encore la fronde même après la découverte de la poudre à canon. En 1572, les habitants de Sancerre repoussaient à coups de fronde les attaques de l'ennemi. Au xviie siècle, ce n'était plus qu'une arme d'enfants, d'où les troubles de la minorité de Louis xiv ont tiré leur nom. On appelait estoc ou estocade une épée dont la lame était longue et étroite, sans tranchant. On donnait aussi ce nom à des bâtons armés d'une pointe aiguë ou tranchante, et portant à l'autre extrémité un petit boulet de fer attaché avec une chaîne, comme le fléau d'armes (fig. K). Le mot estoc ou estocade vient de l'allemand stok, bâton. On fabriquait en Bretagne de longues épées appelées brettes ; et, comme elles servaient dans les combats singuliers, les duellistes en ont reçu le nom de bretteurs.

Au xvie siècle, quoique l'on se servît déjà des armes à feu, on continua de porter les lourdes armures du moyen âge. Elles devinrent plus magnifiques à cette époque et s'enrichirent de ciselures et d'ornements damasquinés. Des artistes, comme Benvenuto Cellini, ne dédaignèrent pas d'y employer leur art. On admire encore au Musée d'artillerie l'armure de François ier et d'autres guerriers du xvie siècle. Hommes et chevaux étaient superbement empanachés, comme le prouvent beaucoup de passages des contemporains, et entre autres l'extrait suivant de Brantôme (Capitaines français) : « Le marquis de Pescaire (gouverneur de Milan sous Charles-Quint) s'estoit accommodé d'un fort grand panache à sa salade, si couvert de papillottes que rien plus, ainsi que les plumassiers de Milan s'en font dire de très bons et ingénieux maîtres, et en avoit donné un de même au chanfrein de son cheval. » Peu à peu on reconnut que ces armes pesantes étaient peu utiles dans des batailles qui ne se décidaient plus à la pointe de l'épée, mais par la supériorité de la tactique militaire et la force de l'artillerie. Ce fut en vain que Louis xiii enjoignit à tout gentilhomme, sous peine de dégradation, de porter le haubert. On ne conserva que le casque et la cuirasse, et même ces armes finirent par être abandonnées à des corps spéciaux, comme les cuirassiers, les dragons et les carabiniers.

L'invention des armes à feu, qui a entraîné une véritable révolution dans l'art militaire, exige quelques détails. Dès 1340, on employa de longs tubes de métal ou de pierre pour lancer, au moyen de la poudre, des boulets de pierre ou de fer. Le bruit que faisait la détonation de la poudre fit nommer ces redoutables machines bombardes ; dans le principe, elles étaient sans affût et immobiles. Quelquefois elles se nommaient pierriers, parce qu'elles lançaient des boulets de pierre. « Ces pierres d'engins, dit Froissart (ann. 1344) leur baillaient de si bons horions, qu'il sembloit à vrai dire que ce fût foudre qui chût du ciel, quand elles frappaient contre les murs du châtel. » On employait ces bombardes ou pierriers surtout à la défense ou à l'attaque des places. Les Anglais s'en servirent, cependant, à la bataille de Crécy, en 1346, et elles produisirent un tel effet, qu'il semblait, dit l'historien contemporain Villani, que le ciel tonnât. Ce ne fut qu'au xve siècle, vers 1404, qu'on fit de ces tubes une arme manuelle ; on les appela canons ou couleuvrines, de leur ressemblance avec la forme de la canne et de la couleuvre. Ces canons manuels s'appuyaient sur de grandes fourchettes de fer. Dans la suite, on les combina avec le pied de l'arbalète, et on eut ainsi l'arquebuse (fig. X). On employa plusieurs espèces d'arquebuses, et principalement l'arquebuse à mèche et à rouet. L'arquebuse à mèche partait au moyen d'une mèche allumée qu'un ressort mettait en mouvement et abaissait sur le bassinet. Au xvie siècle, on ne mit plus le feu avec une mèche, mais au moyen d'une pierre de silex. Celle-ci, par la détente d'un rouet, s'abaissait sur la platine, et faisait jaillir des étincelles qui enflammaient la poudre du bassinet. En 1599 et en 1603, Henri iv défendit l'emploi de l'arquebuse pour la chasse, mais il fut obligé, par les réclamations de la noblesse, de l'autoriser en 1604. Une ordonnance de Louis xiv sur les chasses, rendue en 1669, prouve qu'à cette époque les gardes-chasse avaient encore des arquebuses à rouet. Enfin, au xviie siècle, on substitua au rouet le chien armé d'une pierre de silex, dont le choc sur la platine produisait l'étincelle et l'explosion de la poudre.

Sous Charles ix, on avait introduit en France le mousquet ou mousqueton, d'où vint le nom de mousquetaires, donné aux cavaliers qui portaient cette arme. On commença, en 1671, à ajouter la pique ou baïonnette à l'extrémité du mousquet, et peu à peu les compagnies de piquiers disparurent. Cependant, sous les règnes de Louis xiv et de Louis xv, les officiers d'infanterie étaient encore armés d'une demi-pique que l'on appelait esponton. Une ordonnance de 1690 en fixait la longueur à sept pieds et demi. Le fusil, qui tira son nom de la fusée lancée par le tube de fer, remplaça la pique et le mousquet, et jusqu'à nos jours cette arme n'a cessé de recevoir les perfectionnements qui l'ont rendue plus légère et plus facile à manier. C'est ainsi qu'à une époque très-récente on a substitué le piston au chien, et la capsule à la pierre de silex. La carabine, que l'on a confondue à tort avec le mousqueton, ne commença à être en usage que vers la fin du règne de Louis xiv. Le canon en est rayé en spirale, et la balle enfoncée au moyen dune baguette en fer et d'un maillet. Elle porte a une grande distance, et le tir a beaucoup de précision ; mais, comme il fallait plus de temps pour la charger, elle n'était pas d'un emploi commun dans l'armée. Des perfectionnements récents ont permis d'en faire un usage plus général, et aujourd'hui les chasseurs de Vincennes sont armés de carabines ; les balles à forme conique ont donné encore plus de justesse et d'étendue au tir, et, à la première guerre, les artilleurs auront fort à faire avec des tirailleurs qui les décimeront à une distance de douze cents mètres. Telle est du moins l'opinion des hommes les plus compétents dans ces matières.

On se servait de pistolets dans les armées françaises dès le temps de François ier. De là l'expression de diables empistolés que les auteurs contemporains appliquent quelquefois aux reîtres. Ce n'était pas sans raison, d'après ce passage de l'Apologie d'Hérodote, par Henri Estienne : « Ils ne se sont pas contentés de porter jusqu'à six et huit pistolets à l'entour des selles de leurs chevaux, mais ils en ont farci leurs manches et leurs chausses, et même nous pensons que de là est venu l'usage de ces grosses chausses qui semblent de petits tonneaux. » Quelquefois on ajoutait un pistolet à l'épée, comme on le voit dans la figure Z.

L'artillerie fut perfectionnée pendant le xve siècle, et surtout pendant les guerres d'Italie. Déjà, sous Charles vii, Jean Bureau, se servait d'engins volants pour réduire les places. La création de la charge de grand maître de l'artillerie sous Louis xi prouve l'importance que cette arme avait prise. Les canons placés sur des affûts (fig. ZZ) et traînés par des chevaux, suivirent les armées françaises au delà des Alpes. L'Espagnol Pedro de Navarre, enseigna à faire jouer les mines et sauter les rochers. En 1521, Charles-Quint se servit, au siège de Mezières, de mortiers lançant des bombes ; Cohorn les rendit portatifs, en 1674. Les obusiers furent inventés vers la fin du xviie siècle. Il est question de grenades dès 1536 ; François ier en fit mettre dans les munitions envoyées à la ville d'Arles pour résister à Charles-Quint. Henri iv employa des pétards pour faire sauter les murs de Cahors, en 1580. Les boulets rouges furent inventés par les Polonais au siège de Dantzig, en 1577, et les autres nations s'approprièrent immédiatement cette redoutable invention. La marine a les boulets ramés, c'est-à-dire deux boulets tenus par une chaîne ou par une barre de fer et les canons à la Paixhans, bouches à feu d'un calibre énorme et lançant des projectiles creux qui entrent dans le corps du navire, puis font explosion et causent une immense déchirure.

La première manufacture d'armes à feu fut établie, en 1516, à Saint-Étienne, par le languedocien George Vigile. Il existe aujourd'hui des fonderies de canons à Strasbourg, Douai et Toulouse ; des manufactures d'armes à feu à Saint-Étienne, Tulle, Charleville, Mutzig, Maubeuge, Paris ; et d'armes blanches, à Saint-Étienne, Châtellerault, Kligenthal. On appelle arsenaux les grands magasins où se gardent les armes de toute espèce. Les principaux sont à Paris, Strasbourg, Metz, Lille, Besançon, Perpignan, La Fère, Douai, Rennes, Toulouse, Grenoble, Auxonne. La marine a aussi ses arsenaux. Les principaux sont à Brest, Toulon, Rochefort ; il y en a deux de seconde classe à Lorient et Cherbourg ; enfin, six secondaires à Dunkerque, Le Havre, Nantes, Bordeaux, Bayonne et Saint-Servan.

d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899

 

Armes, subst. fém., se dit en général de tout ce qui peut servir à se garantir ou couvrir des attaques de l'ennemi, et à le combattre. Nicod fait venir ce mot d'une phrase latine : quod operiant armos, parce qu'elles couvrent les épaules ou les flancs ; mais il paraît qu'il vient plutôt du latin arma, que Varron dérive ab arcendo eo quod arceant hostes. On croit que les premières armes étaient de bois, et qu'elles servaient uniquement contre les bêtes ; que Nembroth, le premier tyran, les employa contre les hommes, et que son fils Bélus fut le premier qui fit la guerre ; d'où, selon quelques-uns, il a été appelé bellum. Diodore de Sicile croit que Bélus est le même que Mars, qui dressa le premier des soldats. Selon Josephe, ce fut Moïse qui commença à armer les troupes avec du fer ; on se servait auparavant d'Armes d'airain. Les Armes sont offensives ou défensives ; les premières servent à attaquer l'ennemi, les autres à se couvrir de ses coups. Les Armes chez les Romains étaient défensives ou offensives ; les offensives étaient principalement le trait. Il y en eut de bien des espèces, selon les différents ordres de soldats. Les soldats armés à la légère s'appelaient en général ferentarii. Les vélites, qui furent créés en 542, cessèrent quand on donna le droit de bourgeoisie à toute l'Italie ; on leur substitua les frondeurs, funditores, et les archers, jaculatores. Les Armes des vélites étaient premièrement le sabre d'Espagne, commun à tous les soldats ; ce sabre avait une excellente pointe, et coupait des deux côtés : en sorte que les soldats pouvaient se servir du bout et des deux tranchants. Du temps de Polybe, ils le portaient à la cuisse droite. Ils avaient, en second lieu, sept javelots ou demi-piques qui avaient trois pieds de longueur, avec une pointe de neuf doigts. Cette pointe était si fine, qu'on ne pouvait renvoyer le javelot quand il avait été lancé, parce que cette pointe s'émoussait en tombant. Ils portaient un petit bouclier de bois d'un demi pied de large, couvert de cuir. Leur casque était une espèce de chaperon de peau, appelé galea ou galerus, qu'il faut bien distinguer des casques ordinaires, qui étaient de métal, et qu'on appelait cassis : cette sorte de casque était assez connue chez les anciens. Les Armes des piquiers et des autres soldats étaient premièrement un bouclier, qu'ils appelaient scutum, différent de celui qu'ils nommaient clypeus ; celui-ci était rond, et l'autre ovale. La largeur du bouclier était de deux pieds et demi, et sa longueur était de près de quatre pieds ; de façon qu'un homme, en se courbant un peu, pouvait facilement s'en couvrir, parce qu'il était fait en forme de tuile creuse, imbricata. On faisait ces boucliers de bois léger et pliant, qu'on couvrait de peau ou de toile peinte. C'est sans doute de cette coutume de peindre les Armes que sont venues dans la suite les armoiries. Le haut de ce bouclier était garni de fer, afin qu'il pût résister plus facilement, et que le bois ne se pourrît point quand on le posait à terre, comme on le faisait quelquefois. Au milieu du bouclier il y avait une bosse de fer pour le porter ; on y attachait une courroie. Outre le bouclier, ils avaient des javelots qu'ils nommaient pila ; c'était l'Arme propre des Romains : les uns étaient ronds et d'une grosseur à remplir la main. Les autres étaient carrés, ayant quatre doigts de tour, et le bois quatre coudées de longueur. Au bout de ce bois était un fer à crochet qui faisait qu'on ne retirait ce bois que très difficilement : ce fer avait à peu près la même longueur que le bois. Il était attaché de manière que la moitié tenait au bois, et que l'autre servait de pointe ; en sorte que ce javelot avait en tout cinq coudées et demie de longueur ; l'épaisseur du fer, qui était attaché au bois, était d'un doigt et demi : ce qui prouve qu'il devait être fort pesant, et devait percer tout ce qu'il atteignait. On se servait encore d'autres traits plus légers, qui ressemblaient à peu près à des pieux.

Ils portaient aussi un casque d'airain ou d'un autre métal, qui laissait le visage découvert ; d'où vient le mot de César, à la bataille de Pharsale : Soldats, frappez au visage. On voyait flotter sur ce casque une aigrette de plumes rouges et blanches, ou de crin de cheval.

Les citoyens de la première classe étaient couverts d'une cuirasse, qui était faite de petites mailles ou chaînons, et qu'on appelait saumata ; on en faisait aussi d'écailles ou de lames de fer : celles-ci étaient pour les citoyens les plus distingués ; elles pouvaient couvrir tout le corps. Héliodore, Æthiop., liv. IX, en fait, vers le milieu de son ouvrage, une description fort exacte. Cependant la plupart portaient des cuirasses de lames d'airain de douze doigts de largeur, qui couvraient seulement la poitrine.

Le bouclier, le casque et la cuirasse étaient enrichis d'or et d'argent, avec différentes figures qu'on gravait dessus : c'est pourquoi on les portait toujours couvertes, excepté dans le combat et dans différentes cérémonies. Les Romains portaient aussi des bottines, mais quelquefois une seule à une des deux jambes. Les soldats surtout portaient de petites bottines garnies de clous tout autour, qu'on appelait caligæ, d'où est venu le mot de Caligula, que l'on donna à l'empereur Caïus, parce qu'il avait été élevé parmi les simples soldats dans le camp de Germanicus son père.

Dans les premiers temps, les cavaliers chez les Romains, n'avaient qu'une espèce de veste, afin de monter plus facilement à cheval. Ils n'avaient ni étriers ni selle, mais seulement une couverture qui leur en servait. Ils avaient aussi des piques très légères et un bouclier de cuir ; mais dans la suite, ils empruntèrent leurs Armes des Grecs, qui consistaient en une grande épée, une pique longue, une cuirasse, un casque et un bouclier. Ils portaient aussi quelquefois des javelots.

Les armes des Français, lorsque Clovis fit la conquête des Gaules, étaient la hache, le javelot, le bouclier et l'épée. Procope, secrétaire du fameux Bélisaire, parlant de l'expédition que les Français firent en Italie, sous Théodoric I, roi de la France Austrasienne, dit que ce roi, parmi les cent mille hommes qu'il conduisait en Italie, avait fort peu de cavaliers, qui étaient tous autour de sa personne. Ces cavaliers seuls portaient des javelots, qui soli hastas ferebant ; tout le reste était infanterie. Ces piétons n'avaient ni arc ni javelot, non arcu, non hasta armati, toutes leurs Armes étaient une épée, une hache et un bouclier. Le fer de la hache était à deux tranchants ; le manche était de bois et fort court. Au moment qu'ils entendaient le signal, ils s'avançaient, et, au premier assaut, dès qu'ils étaient à portée, ils lançaient leur hache contre le bouclier de l'ennemi, le cassaient, et puis sautant, l'épée à la main, sur leur ennemi, le tuaient.

Les casques et les cuirasses n'étaient guère en usage parmi les Français, du temps de nos premiers rois ; mais cet usage fut introduit peu à peu. Ces cuirasses, dans les premiers temps, étaient des cottes de mailles, qui couvraient le corps depuis la gorge jusqu'aux cuisses ; on y ajouta depuis des manches et des chaussures de même. Comme une partie de l'adresse des combattants, soit dans les batailles, soit dans les combats particuliers, était de trouver le défaut de la cuirasse, c'est-à-dire les endroits où elle se joignait aux autres pièces de l'armure, afin de percer par là l'ennemi, nos anciens chevaliers s'appliquaient à remédier à cet inconvénient.

Guillaume le Breton et Rigord, tous deux historiens de Philippe-Auguste, remarquent que ce fut de leur temps, ou un peu auparavant, que les chevaliers réussirent à se rendre presque invulnérables par l'expédient qu'ils imaginèrent de joindre tellement toutes les pièces de leur armure, que ni la lance, ni l'épée, ni le poignard, ne pussent les percer.

« Les hommes de cheval, dit Fauchet, chaussoient des chaussons de mailles, des éperons à molettes, aussi larges que la paume de la main, car c'est un vieux mot que le chevalier commence à s'armer par les chaussures ; puis on donnoit un gobisson C'étoit un vêtement long jusque sur les cuisses, et contre-pointé : dessus ce gobisson ils avoient une chemise de mailles, longue jusqu'au dessous des genoux, appelée aubert ou haber, du mot albus, pourceque les mailles de fer bien polies, forbies, et reluisantes, en semblaient plus blanches. À ces chemises étoient cousues les chaussures, ce disent les Annales de France, en parlant de Renaud, comte de Dammartin, combattant à la bataille de Bovines. Un capuchon ou coiffe, aussi de mailles, y tenoit, pour mettre aussi la tête dedans ; lequel capuchon se rejetoit derrière, après que le chevalier s'était ôté le heaulme, et quand ils vouloient se rafraîchir sans ôter tous leur harnois ; ainsi que l'on voit dans plusieurs sépultures, le hauber ou brugne ceint d'une ceinture en large courroie et pour dernière arme défensive un elme ou heaulme, fait de plusieurs pièces de fer élevées en pointe, et lequel couvroit la tête, le visage, et le chinon du cou, avec la visière et ventaille, qui ont pris leur nom de vue et de vent, lesquels pouvoient s'élever et s'abaisser pour prendre vent et haleine ; ce néanmoins fort poisant et si mal aisé, que quelque fois un coup bien assené au nasal, ventaille et visière, tournoit le devant derrière, comme il avint en ladite bataille de Bovines à un chevalier françois… Depuis, quand les heaulmes ont mieux représenté la tête d'un homme, ils furent nommés bourguignotes ; possible à cause des Bourguignons inventeurs ; par les Italiens, serlades ou celates armets… Leur cheval étoit volontiers houssé, c'est-à-dire couvert et caparaçonné de soie, aux armes et blason du chevalier, et pour la guerre, de cuir bouilli, ou de bandes de fer ».

Les chevaux avaient aussi, dans les anciens temps, leurs armes défensives. On les couvrit d'abord de cuir ; on se contenta ensuite de les couvrir de lames de fer sur la tête ; et le poitrail seulement, et les flancs, de cuir bouilli. Ces Armes défensives du cheval s'appelaient des bardes, et un cheval ainsi armé s'appelait un cheval bardé. On voit des figures de ces chevaux ainsi armés et bardés, dans les anciennes tapisseries, et en plusieurs autres monuments. Cette couverture, dit le président Faucet, était de cuir ou de fer. Mais la chronique de Cesmar, sous l'an 1298, parlant des chevaux de batailles, dit que ces couvertures étaient comme les haubers, faites de mailles de fer. Hi equi cooperti fuerunt coopertuis ferreis, id est, veste et ferreis circulis contexta ; mais cela n'était pas général.

Par une lettre de Philippe le Bel, datée du 20 janvier 1303, au bailli d'Orléans, il était ordonné que ceux qui avaient 500 livres de revenu dans ce royaume, en terres, aideraient d'un gentilhomme bien armé et bien monté d'un cheval de 50 livres tournois, et couvert de couverture de fer ou couverture de pourpointe. Et le roi Jean dans les lettres du mois d'août 1353, écrit aux bourgeois et aux habitants de Nevers, de Chaumont en Baussigni, et autres villes, qu'ils eussent à envoyer à Compiègne, à la quinzaine de Pâques, le plus grand nombre d'hommes et de chevaux couverts de mailles qu'ils pourraient, pour marcher contre le roi d'Angleterre. Depuis, on se contenta de leur couvrir la tête et le poitrail de lances de fer, et les flancs de cuir bouilli. Il est fait encore mention de cette armure dans une ordonnance de Henri Il. « Ledit homme d'Armes sera tenu de porter arme petit et grand, garde bras, cuirasse, cuissots, devant de greves, avec une grosse et forte lance, et entretiendra quatre chevaux, et les deux de service pour la guerre, dont l'un aura le devant garni de bardes avec le chamfrain et les flancois ; et si bon lui semble aura un pistolet à l'arçon de la selle ». C'étaient ces flancois, c'est-à-dire ce qui couvrait les flancs du cheval, qui étaient de cuir bouilli. Les seigneurs armaient souvent ces flancois dit leurs écussons ; nos rois les semaient souvent de fleurs de lys, et quelquefois de quelques pièces des armoiries d'un pays conquis.

Le chamfrain qui était de métal ou de cuir bouilli, servait encore d'arme défensive au cheval ; il lui couvrait la tête par devant, et c'était comme une espèce de masque qu'on y ajustait. Il y en avait un de cuir bouilli au magasin d'Armes de l'Arsenal de Paris. Il y avait dans le milieu un fer rond et large, et qui se terminait en pointe assez longue ; c'était pour percer tout ce qui se présenterait, et tout ce que la tête du cheval choquerait. L'usage de cette armure du cheval était contre la lance, et depuis contre le pistolet. Les seigneurs français se piquaient fort de magnificence sur cet article. Il est rapporté dans l'histoire de Charles VII que le comte de Saint-Pol, au siège de Harfleur, l'an 1449, avait un chamfrain à son cheval d'Armes, c'est-à-dire à son cheval de bataille, prisé trente mille écus. Il fallait qu'il fût non seulement d'or, mais encore merveilleusement travaillé. Il est encore marqué dans l'histoire du même roi, qu'après la prise de Bayonne par l'armée de ce prince, le comte de Foix, en entrant dans la place, avait la tête de son cheval couverte d'un chamfrain d'acier, garni d'or et de pierreries, que l'on prisait quinze mille écus d'or ; mais communément ces chamfrains n'étaient que de cuivre doré pour la plupart, ou de cuir bouilli, ainsi qu'un le voyait par un compte de l'an 1316, à la chambre des comptes de Paris, où il était dit entre autres choses : item, deux chamfrains dorés et un de cuir. On trouve dans le traité de la cavalerie française de M. de Mongommery, qu'on donnait encore de son temps des chamfrains aux chevaux, c'est-a-dire du temps de Henri IV. La principale raison de cette armure des chevaux n'était pas seulement de les conserver, et d'épargner la dépense d'en acheter d'autres, mais c'est qu'il y allait souvent de la vie et de la liberté du gendarme même ; car comme les gendarmes étaient très pesamment armés, s'ils tombaient sur leur cheval tué ou blessé, ils étaient eux-mêmes tués ou pris, parce qu'il leur était presqu'impossible de se tirer de dessous le cheval. Ces Armes défensives, comme on l'a vu plus haut, étaient nécessaires pour les hommes comme pour les chevaux, pour les garantir des coups de lance ainsi depuis qu'on ne s'est plus servi de cette Arme offensive, et peu de temps après, on a abandonné non seulement ces chamfrains, mais encore tous ces harnais dont on a parlé, à cause de leur pesanteur, de l'embarras, et de la dépense qu'ils causaient.

Pour les armes défensives de l'infanterie, on en trouve la description dans une ordonnance de Jean V, duc de Bretagne, publiée en l'an 1525.

« Jean, par la grâce de Dieu…, voulons et ordonnnons que les gens de commun de notre pays et duché, en outre les nobles, se mettent en appareil promptement et sans délai ; savoir est, de chaque paroisse trois ou quatre, cinq ou six, ou plus, selon le grand on qualité de la parroisse, lesquels ainsi choisis et élus, soient garnis d'ARMES et habillements qui en suivent savoir est, ceux qui sauront tirer de l'arc, qu'ils ayent arc, trousse, capeline, coustille, hache, ou mail de plomb, et soient armés de forts jacques garnis de laisches, chaînes ou mailles pour couvrir le bras ; qu'ils soient armés de jacques, capelines, haches ou bouges, avec ce, ayant panier de tremble ou autre bois plus convenable qu'ils pourront trouver, et soient les paniers assez longs pour couvrir haut et bas ». Les armes défensives qu'on donne ici aux piétons sont la capeline, le jacques et le panier. La capeline était une espèce de casque de fer ; le jacques était une espèce de juste-au-corps ; les piétons partaient cet habillement garni de laisches, c'est-à-dire de minces lames ou plaques de fer, entre la doublure et l'étoffe, ou bien de mailles. Ces paniers de tremble dont il est parlé dans l'ordonnance, étaient les boucliers des piétons ; on les appelait ainsi parce qu'en dedans ils étaient creux et faits d'osier. L'osier était couvert de bois de tremble ou de peuplier noir, qui est un bois blanc et fort léger. Ils étaient assez longs pour couvrir tout le corps du piéton : c'étaient des espèces de targes.

Du temps de François Ier, les piétons avaient les uns des corselets de lames de fer, qu'on appelait hallecrets ; les autres une veste de maille, comme nous l'apprenons du livre attribué à Guillaume du Bellay, seigneur de Lengei.

d'après le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842)  — Paris, 1816

 

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