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Champion. — On appelait champions ceux qui soutenaient en champ clos leur querelle ou la querelle d'autrui. Voy. Duel judiciaire.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899
CHAMPION, subst. masc, terme qui signifie
proprement une personne qui entreprend un combat pour un autre,
quoi qu'on applique aussi ce nom à celui qui combat
pour sa propre cause.
Hottoman définit le Champion,
Certator pro alio datus in duella,
a campo dictus, qui circus erat decertantibus definitus :
de là vient aussi
le mot champ de bataille.
Du Cange observe que les Champions,
dans la signification propre, étaient ceux qui se battaient
pour d'autres ; lesquels étant
obligés selon la coutume d'accepter le duel, avaient
pourtant une excuse légitime pour s'en dispenser,
comme de caducité,
de jeunesse ou d'infirmité. Il ajoute que c'étaient
le plus souvent des mercenaires qu'on louait à prix
d'argent,
et qui dès lors passaient pour infâmes.
Quelquefois cependant le vassal, en vertu de
son fief et des conditions de l'hommage, devenait Champion de
son seigneur, dès que ce dernier le demandait.
Des auteurs soutiennent que toutes personnes étaient
reçues à servir
de Champions, excepté les
parricides et ceux qui étaient
accusés de crimes très odieux. Les clercs, les
chanoines, les religieux, les femmes mêmes, étaient
obligés de fournir des Champions pour
prouver leur innocence.
Cette coutume de décider les différends
par un combat, est venue originairement du nord ; elle passa
de là en
Allemagne, les Saxons la portèrent en Angleterre, et
elle s'établit insensiblement dans le reste de l'Europe,
surtout chez les nations militaires, qui faisaient leur principale
occupation des armes. Voyez Duel.
Lorsqu'on avait choisi deux Champions pour
décider de
la vérité ou de la fausseté d'une
accusation, il fallait avant qu'ils en vinssent aux mains,
qu'il intervint
sentence pour autoriser le combat. Quand le juge l'avait
prononcé,
l'accusé jetait un gage (d'ordinaire c'était
un gant) ; ce gage de bataille était relevé par
l'accusateur : après quoi on les mettait l'un
et l'autre,
sous une garde sûre jusqu'au jour marqué pour
le combat.
Si dans l'intervalle l'un
des deux prenait la fuite, il était déclaré infâme,
et convaincu d'avoir commis le crime qu'on lui imputait ;
l'accusé,
non plus que l'accusateur, n'obtenait la permission
de s'en
tenir là, qu'en satisfaisant le seigneur pour la
confiscation qu'il aurait dû avoir des effets du
vaincu, si le combat avait eu lieu.
Avant que les Champions entrâssent
dans la lice, on leur rasait la tête, et ils faisaient
serment qu'ils croyaient que les personnes dont ils soutenaient
la cause avaient raison, et qu'ils les défendraient
de toutes leurs forces. Leurs armes étaient une épée
et un bouclier. Quelques-uns disent qu'en Angleterre, c'étaient
le bâton
et le bouclier. Lorsque les combats se faisaient à cheval,
on armait les combattants de toutes pièces ; les
armes étaient
bénites par un prêtre avec beaucoup de cérémonies,
chacun des combattants jurait qu'il n'avait point
de charmes sur lui, et pour s'animer, l'action commençait
par des injures réciproques ; puis les Champions en
venaient aux mains au son des trompettes : après
qu'ils
s'étaient
donné le nombre de coups marqués dans le cartel,
les juges du combat jetaient une baguette, pour avertir les
Champions que le combat était
fini : s'il durait jusqu'à la
nuit ou qu'il finît avec un avantage égal
des deux côtés, l'accusé était
alors réputé vainqueur ; la peine du vaincu était
celle que les lois portaient contre le crime dont il était
question ; si le crime méritait la mort, le vaincu était
désarmé,
traîné hors du champ et exécuté aussitôt,
ainsi que la partie dont il soutenait la cause : s'il avait
combattu pour une femme, on la brûlait.
Cette preuve par le combat avait quelque raison fondée
sur l'expérience. Dans une nation uniquement guerrière,
la poltronnerie suppose d'autres vices qui l'accompagnent ordinairement,
comme la fourberie et la fraude.
La jurisprudence du combat judiciaire, et en
général
des épreuves, ne demandant pas beaucoup d'étude,
fut une des causes de l'oubli des lois saliques, des lois
romaines et des lois capitulaires ; elle fut aussi l'origine
du point d'honneur et de la fureur de notre nation pour
les duels, de l'ancienne chevalerie et de la galanterie.
En Angleterre, le Champion du
roi, après
la cérémonie
du couronnement, entre à cheval, armé de toutes
pièces, dans la salle de Westminster, jette le gant
par terre, et présente un cartel à quiconque oserait
nier que le nouveau prince soit légitime roi d'Angleterre.
C'est en 1377, dans la cérémonie
du couronnement de Richard II, ce prince déposé dans
la suite pour avoir voulu se mettre au-dessus des lois, que
l'histoire d'Angleterre fait mention pour la premiere
fois d'un
Champion qui alla se présenter
armé de toutes pièces, dans la salle de Westminster
où le roi mangeait, et qui,
ayant jeté son gantelet à terre, défia
tous ceux qui voudraient disputer au roi ses justes droits sur
la couronne.
On ignore l'origine de cette coutume,
qui s'est
conservée
jusqu'à présent ; mais il est certain
qu'elle
est plus ancienne que le couronnement de Richard II, puisque
le chevalier Jean Dimmock, qui fit alors l'office de Champion y
fut admis, en vertu d'un droit attaché à une
terre qu'il possédait dans le comté de Lincoln,
savoir : le manoir de Serivelby, qu'il avait du chef de
sa femme.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816
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