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Chanoines. — Le nom de chanoine vient du mot grec κανών (règle) ; on en fit le mot latin canonicus soumis à la règle, d'où a été formé chanoine. Dans les premiers siècles de l'Église, l'évêque vivait en commun avec un certain nombre de clercs, qui l'aidaient dans l'administration des biens ecclésiastiques. Saint Augustin, voulant se consacrer exclusivement aux fonctions spirituelles, avait confié le soin du temporel à quelques ecclésiastiques, qu'il soumit à la vie commune, à la règle cénobitique, afin de prévenir les tentations de l'avarice et de la cupidité. Telle fut l'origine des chanoines. On en trouve dans un grand nombre d'églises, même en Gaule, avant le viiie siècle ;mais leur institution s'altéra, et, en 755, un concile, convoque par Pépin le Bref, se plaignit de la conduite de ces ecclésiastiques qui refusaient de se soumettre à l'autorité épiscopale. La réforme que demandait le concile fut accomplie vers 760 par Chrodegand, évêque de Metz, qui donna une règle aux chanoines. Charlemagne insista pour qu'elle fût observée. « Ils doivent vivre, disait-il dans un capitulaire de 789, en véritables moines ou en véritables chanoines. » Sous son fils, Louis le Débonnaire, une règle en cent quarante-sept articles fut promulguée par le concile d'Aix-la-Chapelle (817). Elle était surtout l'œuvre d'Amalaire, diacre de l'église de Metz. Les chanoines devaient, comme les moines, habiter dans un cloître exactement fermé, dont la clef était portée chez le supérieur du chapitre aussitôt après l'heure de complies. Mais ils pouvaient avoir des habitations particulières dans le cloître, user de linge, manger de la viande, recevoir ou donner par testament ou autrement, posséder des biens en propre ; toutes choses interdites aux moines. Ces règles de Chrodegand et d'Amalaire n'avaient fait que rappeler les chanoines à leur primitive institution. Les biens de l'Église étaient toujours régis en commun, sans distinction de mense épiscopale et de mense capitulaire (voy. Mense), et les revenus continuèrent d'être partagés suivant l'ancien usage.
À l'époque de la chute de l'empire carlovingien, les mœurs et les institutions féodales envahirent l'Église. Les chanoines s'emparèrent des fonds ecclésiastiques, dont les revenus servaient à leur entretien, et ne s'assujettirent plus à la vie commune. Ils étaient cependant, au moins dans la plupart des églises, à la nomination des évêques. Tous les chanoines de N. D. de Paris étaient choisis par l'évêque à l'exception de deux qui devaient être nommés par le chapitre.
Ces deux canonicats avaient été établis par l'archidiacre Étienne et attachés à la chapelle de Saint-Aignan. (Voy. Prolégomènes du cartulaire de N. D. de Paris, par M. Guérard).
On appela prébendes ou bénéfices capitulaires les domaines qui furent affectés aux principaux dignitaires du chapitre, qui étaient le primicier, qu'on nommait quelquefois prévôt ou doyen, le chancelier qui avait la surveillance des écoles et s'appelait encore écolâtre ou capiscol, le chantre, le trésorier appelé aussi chefcier ou chèvecier, le pénitencier, les archidiacres, etc. La portion des biens qui resta en commun forma la mense capitulaire destinée à subvenir aux dépenses communes. C'était sur ce fonds que l'on prélevait l'argent nécessaire pour les distributions faites aux chanoines. Dans quelques églises, elles avaient lieu en nature.
Les chanoines, quoique n'étant plus soumis à la règle cénobitique, continuèrent de former un corps qui jouissait de grands privilèges. Ils élisaient les évêques avant le concordat de François ier (voy. Élections ecclésiastiques), gouvernaient les diocèses pendant la vacance des sièges épiscopaux ; ils avaient une juridiction étendue et des assemblées indépendantes, dont les registres capitulaires nous ont transmis les délibérations. Un des signes distinctifs de leur dignité était et est encore l'Aumuce ou aumusse (voy. ce mot). Leur obligation principale était la résidence et l'assiduité aux offices. Les avantages considérables dont jouissaient les chanoines, engagèrent quelquefois des séculiers à se faire recevoir chanoines sans entrer dans les ordres. Les rois de France étaient chanoines de Saint-Martin de Tours et de plusieurs autres églises ; les ducs de Berry, chanoines héréditaires de Saint-Jean de Lyon. En 1403, le duc d'Orléans fit son entrée à Saint-Aignan d'Orléans, revêtu de l'habit de chanoine en la forme et manière accoutumées (Juv. des Ursins). Le duc de Bedford se fit recevoir chanoine de Notre-Dame de Rouen. Les comtes de Chastelus en Bourgogne étaient chanoines héréditaires de l'église d'Auxerre, en récompense du service que l'un d'eux, comte de Beauvoir, avait rendu au chapitre de cette église, en chassant une bande de brigands de l'une de ses propriétés. Lorsqu'il reçut l'investiture de son canonicat, le sire de Beauvoir se présenta à la porte du chœur botté, éperonné, armé de toutes pièces, l'aumusse sur le bras gauche, un faucon sur le poing et un surplis sur son armure. On le conduisit en grande cérémonie dans la stalle où il s'assit pour chanter l'office avec ses nouveaux confrères. Dans plusieurs chapitres, on exigeait des preuves de noblesse, entre autres pour le chapitre Saint-Jean de Lyon. La révolution enleva aux chanoines leurs biens et leur juridiction. Le concordat, en réorganisant les chapitres, en fit principalement le conseil de l'évêque. Actuellement les chanoines sont nommés par l'évêque, sauf approbation du chef du pouvoir exécutif. En cas de vacance du siège épiscopal, ils élisent des vicaires capitulaires chargés d'administrer le diocèse. Leur dotation se compose : 1° des biens et des rentes non aliénés des anciens chapitres ; 2° des traitements affectés aux chapitres par l'État et des suppléments de traitement votés par les conseils généraux ; 3° des biens acquis par les chapitres ou provenant de dons et legs particuliers.
d'après le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France
Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899
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