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ÉCUYER, subst. masc. Le titre d'Écuyer vient
de ce que les nobles portaient des écus
et armoiries, qui sont des marques de noblesse, comme les images des
aïeux
l'étaient
chez les Romains.
Budée prétend que les armes des gentilshommes ont succédé à ces
images.
Autrefois l'écu était si considéré,
qu'on punissait ceux qui le quittaient et non ceux qui quittaient
leurs lances, parce que l'écu servait comme de rempart
dans l'armée : le chevalier qui combattait dans
les tournois ou à l'armée, avait à sa suite
un noble pour lui servir de second, et pour lui conserver son écu
blasonné de sa devise ; c'est sans doute pour cette
raison que les nobles furent nommés Écuyers, scutarii. En
effet, le grand Écuyer de France
est appelé, dans les
anciennes chartres latines, scutifer et armiger, parce
qu'il portait l'écu du roi. La qualité d'Écuyer était
encore appliquée à ceux qui avaient du commandement
sur l'écurie ; mais on qualifiait ceux qui avaient
ces charges d'Écuyer d'écurie.
La fonction de porter des écus ou boucliers étant toute
militaire, et par conséquent exercée par les nobles,
cette qualité a toujours exprimé la noblesse de celui
qui l'a portée, même depuis que les boucliers ne
sont plus en usage à la guerre.
La qualité d'Écuyer ne
se donnait cependant pas indifféremment à tous les nobles,
et jusqu'au
commencement du quinzième siècle, elle dénotait
un ancien gentilhomme. Les barons, les plus grands seigneurs et même
des princes du sang se sont qualifiés Écuyers dans
leur jeune âge, jusqu'à ce qu'ils fussent
parvenus à l'ordre de chevalerie ; ils étaient
dans une subordination si grande à l'égard
des chevaliers, qu'ils ne faisaient point de difficulté,
non seulement de leur céder les places d'honneur en tout
lieux, de ne se point couvrir en leur présence, de n'être
point admis à leur table, et de leur obéir, mais encore
de porter leur écu ou bouclier. Cette grande subordination servant à les
exciter d'un violent désir de se rendre dignes de la
chevalerie, non seulement par des actions de valeur et de bonne
conduite, mais aussi par celles de la vertu, qui était essentielle
pour faire un parfait chevalier.
Les Écuyers ne pouvaient
sceller leurs actes comme les chevaliers, qui pouvaient être
représentés à cheval,
armés de toutes pièces. Il y a des exemples des treizième
et quatorzième siècles, par lesquels des Écuyers remettaient à autoriser des actes de leur sceau quand ils
seraient parvenus à la chevalerie.
L'Écuyer ne pouvait porter
d'éperons dorés,
ni d'habits de velours ; mais il portait des éperons
argentés
et des habits de soie. Il n'était jamais qualifié de messire, ni
sa femme madame ; on l'appelait seulement demoiselle ou
damoiselle, quand même elle aurait été princesse ;
mais dès
que son mari était devenu chevalier, elle pouvait se qualifier dame ou madame, et lui-même messire ou monseigneur.
II y avait des Écuyers qui n'avaient
pas assez de biens
pour parvenir à la chevalerie ; c'est ce qui obligeait
souvent les rois à établir une pension à ceux
qu'ils créaient chevaliers, quand ils n'avaient
pas de quoi soutenir cette dignité.
Les Écuyers n'avaient,
en temps de guerre, que la demi-paye des chevaliers, à l'exception
des Écuyers-bannerets ;
ces derniers se trouvant seigneurs de bannière, et en état
de mener leurs vassaux à la guerre, parmi lesquels il y avait
quelquefois des chevaliers, avaient la paye de chevaliers-bacheliers,
qui était la demi-paye des chevaliers-bannerets.
L'Écuyer avait le siège
plus bas que le chevalier, et se tenait un peu écarté en
arrière.
Un Écuyer qui aurait frappé un
chevalier, si ce n'était
en se défendant, était condamné à avoir
le poing coupé.
Dès qu'un jeune gentilhomme avait atteint l'âge
de sept ans, on le retirait des mains des femmes peur le confier
aux hommes. Une éducation mâle et robuste le préparait
de bonne heure aux travaux de la guerre, dont la profession n'était
pas distinguée de celle de chevalerie. Au défaut de
secours paternels, une infinité de cours de princes et de hauts
seigneurs offraient ces écoles toujours ouvertes, où la
jeune noblesse recevait les premières leçons du métier
qu'elle devait embrasser.
Les premières places que l'on donnait à remplir aux
jeunes gentilshommes qui sortaient de l'enfance étaient
celles de pages, valets ou damoiseaux. Les fonctions de ces pages étaient
les services ordinaires des domestiques auprès de la personne
de leurs maîtres ou maîtresses. Ils les accompagnaient à la
chasse, dans leurs voyages, dans leurs visites ou promenades, faisaient
leurs messages, les servaient à table et leur versaient à boire.
On leur donnait des leçons sur l'amour de Dieu,
sur les devoirs qu'il faut rendre aux dames et sur le respect
dû au caractère auguste de la chevalerie. C'était
ordinairement les dames qui donnaient aux jeunes pages les leçons
de religion et de courtoisie : on les formait aussi à tous les
exercices convenables à leur naissance et à leur âge.
De l'état de page le jeune gentilhomme passait à celui
d'Écuyer : il devait être âgé de
quatorze ans pour parvenir à ce grade, qui lui était
conféré avec
des cérémonies religieuses. Le jeune gentilhomme
nouvellement sorti hors de page, était présenté à l'autel
par son père ou sa mère, qui chacun un cierge à la main,
allaient à l'offrande. Le prêtre célébrant
prenait de dessus l'autel une épée et une ceinture
sur laquelle il faisait plusieurs bénédictions et l'attachait
au côté du jeune candidat, qui commençait alors
seulement à la porter. Sans doute que le but de cette cérémonie était
d'apprendre aux jeunes gens l'usage qu'ils devaient
faire des armes, qui pour la première fois, leur étaient
remises entre les mains.
Il devait servir au moins sept ans en qualité d'Écuyer,
parce que l'âge fixé pour le grade de chevalier était
vingt et un ans, à moins qu'une haute naissance ou de
grandes actions le dispensassent de cette loi.
Les Écuyers se divisaient en
plusieurs classes différentes,
suivant les emplois auxquels ils étaient appliqués ;
savoir : l'Écuyer du
corps ou de la personne du maître,
on l'appelait
aussi l'Écuyer d'honneur,
l'Écuyer
de la chambre ou le chambellan, l'Écuyer tranchant,
l'Écuyer d'écurie,
l'Écuyer
d'échansonnerie, l'Écuyer de
panneterie, etc. C'était sur eux que les seigneurs se
reposaient du soin de leurs maisons ; ils servaient à table, découpaient
les viandes, faisaient les honneurs aux étrangers qui venaient
visiter leurs maîtres, ils les accompagnaient dans les chambres
qu'ils
leur avaient eux-mêmes préparées. Approchant plus
près de la personne de leurs seigneurs, admis à leur
familiarité, ils pouvaient encore mieux profiter des modèles
qu'ils se proposaient d'imiter.
Ils avaient soin de dresser les chevaux à tous les usages
de la guerre, ils tenaient les armes de leurs maîtres toujours
propres et luisantes. Toutes les nuits un Écuyer faisait
la ronde dans les chambres et dans les cours du château. Si le
maître montait à cheval, les écuyers s'empressaient
à l'aider en lui tenant l'étrier, ils portaient
son arme, l'aidaient à s'en revêtir, conduisaient
dans les routes les chevaux de bataille qu'ils donnaient à leur
maître lorsqu'il fallait combattre l'ennemi ;
ils demeuraient derrière lui pendant le combat pour lui fournir
des armes et le secourir en cas d'accident, ils gardaient les
prisonniers que les chevaliers leur confiaient pendant la chaleur du
combat. Ce spectacle était pour les Écuyers une
leçon
vivante d'adresse et de courage, et un puissant motif pour
faire naître dans le cœur de cette jeune noblesse l'envie
de se signaler par de semblables exploits.
Pendant la paix ils ne s'occupaient que des exercices propres à les
endurcir à la fatigue et à les former à l'art
de la guerre. Ils paraissaient dans les tournois où les chevaliers
seuls devaient combattre ; ils y faisaient montre de leur force
et de leur adresse, et tâchaient par toutes sortes de moyens
de mériter l'honneur de la chevalerie. Guy Coquille,
en parlant des Écuyers, dit : Écuyers
naissent, chevaliers se font par faits d'armes.
Depuis environ deux siècles que la qualité d'Écuyer
a prévalu sur celle de noble, le titre de noble
homme, loin d'annoncer une noblesse véritable dans
celui qui le prenait, dénotait au contraire qu'il était
roturier. Nobilis mercator, nobilis medicus, etc.
Quoiqu'il en soit, on doit bien se garder de prendre cela pour
un principe généralement établi, car il y a des
provinces, comme en Provence et en Dauphiné, ou les véritables
nobles n'ont le plus
souvent d'autre qualification que celle de nobilis et
de noble homme ; alors on aurait tort d'augurer
qu'ils fussent roturiers ; avant de juger tels ceux qui
généralement
portent cette qualification, il faut s'assurer d'abord
de leurs titres primitifs.
L'article 25 de l'édit de 1600 défendait
à toute personne de prendre le titre d'Écuyer
et de s'inscrire au corps de la noblesse s'ils n'étaient
issus d'un aïeul et d'un père qui eussent
fait profession des armes ou servi le public en quelques charges honorables,
de celles qui par les lois et les mœurs du royaume pouvaient donner
commencement de noblesse à la postérité, sans
avoir jamais fait aucun acte vil ni dérogeant à ladite
qualité, et qu'eux aussi, en se rendant imitateurs
de leurs vertus, les eussent suivis en cette louable façon de
vivre, à peine d'être dégradés avec
déshonneur du titre qu'ils avaient osé indûment
usurper.
La déclaration du mois de janvier 1624 avait encore poussé les
choses plus loin, car l'article 2 défendait à toutes
personnes de prendre ladite qualité d'Écuyer et
de porter armoiries timbrées, à peine de deux mille livres
d'amende s'ils n'étaient de maison et extraction
noble ; il était enjoint aux procureurs généraux
et à leurs
substituts, de faire toutes poursuites nécessaires contre les
usurpateurs de titre et qualité de noble.
Il n'était pas permis non plus aux Écuyers de
prendre des titres plus relevés qui ne leur appartinssent pas ;
ainsi par arrêt du 13 août 1663, rapporté au journal
des audiences, faisant droit sur les conclusions du procureur-général,
il était défendu à tous gentilshommes de prendre
la qualité de messire et de chevalier, sinon
en vertu de bons et de légitimes titres ; et à ceux
qui n'étaient point gentilshommes, de prendre la qualité d'Écuyer
ni de timbrer leurs armes, le tout à peine de quinze cents
livres d'amende.
Malgré tant de sages règlements, il ne laissait pas
d'y avoir beaucoup d'abus, même de la part de ceux
qui étant nobles, au lieu de se contenter du titre d'Écuyer,
usurpaient ceux de messire et de chevalier.
Ce n'était pas un acte de dérogeance que d'avoir
omis de prendre la qualité d'Écuyer dans quelques
actes.
Mais si celui qui voulait prouver sa noblesse n'avait pas
de titres constitutifs de ce droit, et que la plupart des actes qu'il
rapportait ne fissent pas mention de la qualité d'Écuyer,
prise par lui ni par ses auteurs, en ce cas on le présumait
roturier, parce que les nobles étaient ordinairement assez jaloux
de cette qualité pour ne la pas négliger. Il
y avait certains emplois dans le service militaire et quelques charges
qui donnaient le titre d'Écuyer,
sans attribuer à celui
qui le portait une noblesse héréditaire et transmissible,
mais seulement personnelle, c'était ainsi que la déclaration
de 1651, et l'arrêt du grand conseil, disaient que
les gardes-du-corps du roi pouvaient se qualifier Écuyers ;
ses commissaires et contrôleurs des guerres et quelques autres
officiers prenaient aussi de même le titre d'Écuyer.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816
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