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FLEURS DE LYS, subst. fém.
plur. Les rois de France portent pour armes, d'azur, à trois Fleurs
de lys d'or. Un arrêt du conseil,
du 19 mars 1697 enjoint aux commissaires généraux,
dans la réception des armoiries, de n'admettre aucune Fleur
de lys d'or, au champ d'azur, qu'il
ne leur soit justifié de
titres ou de permission valables.
Les Fleurs de lys étaient
déjà employées pour ornement à la couronne
des rois de France, du temps de la seconde race, et même de
la première : on en voit la preuve dans l'abbaye
de Saint-Germain-des-Prés, au tombeau de
la reine Frédégonde, dont la couronne est terminée
par de véritables Fleurs de lys,
et le sceptre par un lys champêtre.
Ce tombeau, qui est de marqueterie, parsemé de filigrane de laiton,
paraît original, outre qu'il n'y a point d'apparence
qu'on eût pensé à orner de la sorte le tombeau
de cette reine longtemps après sa mort, puisqu'elle
a si peu mérité cet honneur pendant sa vie.
Pour ce qui est de la seconde race, on trouve plusieurs portraits
de Charles le Chauve, dans des livres écrits de son vivant,
avec de vraies Fleurs de lys à sa
couronne ; quelques-uns de ces manuscrits se gardent dans la bibliothèque
du roi, et l'on en peut voir les figures dans le second tome
des Capitulaires de M. Baluze.
Mais comme les rois de France n'ont point eu d'armes avant
le douzième siècle, les Fleurs
de lys n'ont pu
y être employées qu'après ce temps là.
Philippe-Auguste est le premier qui s'est servi d'une
Fleur de lys seule au contre-scel de
ses chartes ; en suite Louis VIII et saint Louis imitèrent
son exemple : après eux, on
mit dans l'écu des armes des rois de France des Fleurs
de lys sans nombre ; et enfin, elles ont été réduites à trois,
sous le règne de Charles V.
Voilà le sentiment le plus vraisemblable sur l'époque à laquelle
nos rois prirent les Fleurs de lys dans
leurs armes, et c'est l'opinion
du P. Mabillon. M. de Sainte-Marthe, fils et neveu des frères
de M. de Sainte-Marthe, qui ont travaillé avec beaucoup
de soin à recueillir
nos historiens, et à éclaircir plusieurs points obscurs
de notre histoire, pense que la Fleur de lys a
commencé d'être
l'unique symbole de nos rois sous Louis VIII, surnommé le
Jeune. L'on voit que son époque n'est pas bien éloignée
de celle du père Mabillon. Quant à l'opinion de
ceux qui veulent que nos lys aient été, dans leur origine,
au bout d'une espèce de hache d'arme, appelée
francisque, à cause de quelque rapport qui se trouve entre ces
deux choses, cette opinion n'est étayée d'aucune
preuve solide. Nous pourrions citer plusieurs autres conjectures, qui
ne sont pas mieux établies mais nous nous arrêterons seulement à celle
de Jacques Chifflet, à cause des partisans qu'elle s'est
acquise.
Dans la découverte faite à Tournay, en 1653, du
tombeau de Childéric I, on y trouva l'anneau de ce
prince, environ cent médailles d'or des premiers empereurs
romains, deux cents autres médailles d'argent toutes
rouillées, un javelot, un graphium avec son stylet,
et des tablettes ; le tout garni d'or : une figure
en or d'une
tête
de bœuf avec un globe de cristal, et des abeilles aussi toutes d'or,
au nombre de trois cents et plus. Cette riche découverte
fut donnée à l'archiduc
Léopold, qui était pour lors gouverneur des Pays-Bas,
et après sa mort, Jean Philippe de Schonborn, électeur
de Cologne, fit présent à Louis XIV, en 1665, de
ces précieux restes du tombeau d'un de ses prédécesseurs :
on les garde à la Bibliothèque du roi.
M. Chifflet prétend donc prouver, par ce monument, que
les premières armes de nos rois étaient des abeilles,
et que des peintres et des sculpteurs mal habiles, ayant voulu les
représenter,
y avaient si mal réussi, qu'elles devinrent nos Fleurs
de lys, lorsque, dans le douzième siècle, la France
et les autres états de la chrétienté prirent des
armes blasonnées ; mais cette conjecture nous paraît
plus imaginaire que fondée, parce que, suivant toute apparence,
les abeilles de grandeur naturelle et d'or massif, trouvées
dans le tombeau de Childéric I, n'étaient
qu'un
symbole de ce prince, et non pas ses armes ; ainsi dans la découverte
qu'on a faite en 1646 du tombeau de Childéric II,
en travaillant à l'église de Saint-Germain-des-Prés,
on trouva quantité de figures du serpent à deux têtes,
appelé par les grecs amphisbène, lesquelles
figures étaient
sans doute également le symbole de Childéric II,
comme les abeilles l'étaient de Childéric I.
Au surplus, Chifflet, dans son ouvrage à ce sujet, intitulé lilium
francicum, a eu raison de se moquer des contes ridicules qu'il
avait lus dans quelques-uns de nos historiens, sur les Fleurs
de lys.
En effet, les trois couronnes, les trois crapauds, changés en
trois Fleurs de lys par l'ange
qui vint apporter à Clovis
l'écusson chargé de ces trois fleurs ;
ce qui a engagé les uns à imaginer que les rois de France
portaient au commencement, de sable, à trois crapauds d'or
; les autres, d'or, à trois crapauds de sable ; et
d'autres
enfin, comme Trithème, d'azur, à trois grenouilles
de sinople ; tout cela, dis-je, ne peut passer que pour des fables
puériles, qui ne méritent pas d'être réfutées
sérieusement.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816
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