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GENTILHOMME, subst. masc. La lettre l se
prononce au singulier, mais au pluriel on ajoute une s entre l et h,
et on prononce comme si on écrivait gentizomes (1).
Nobilis genere signifie
celui qui est noble d'extraction à la
différence de celui qui est anobli par charge ou par lettres du
prince, lequel est noble sans être Gentilhomme ;
mais il communique la noblesse à ses enfants, lesquels deviennent Gentilshommes.
Quelques-uns tirent l'étymologie de ce mot du latin gentiles qui,
chez les Romains, signifiait ceux qui étaient d'une même
famille ou qui prouvaient l'ancienneté de leur race. Cette
ancienneté,
que l'on appelait gentilitas, était un titre d'honneur ;
mais elle ne formait pas une noblesse telle qu'est parmi nous la noblesse
d'extraction. La noblesse
n'était même pas héréditaire et ne passait
pas les petits enfants de celui qui avait été anobli par l'exercice
de quelque magistrature.
D'autres veulent que les titres d'écuyers et
de Gentilshommes aient été empruntés
des Romains, chez lesquels il y avait deux sortes de troupes en considération,
appelées scutarii et gentiles. Il
en est parlé dans Ammien-Marcellin, sous le règne de Julien l'Apostat,
qui fut assiégé en la ville de Sens par les Sicambres,
lesquels savaient scutarios non adesse nec gentiles, per municipia distributos.
Enfin une troisième opinion qui paraît mieux fondée est
que le terme de Gentilshommes vient du latin gentis
homines, qui signifiait les gens dévoués au
service de l'État, tels
qu'étaient
autrefois les Francs, d'où est venue la première noblesse
d'extraction. Tacite parlant des Gaules, dit que les compagnons du prince ne
traitent d'autre affaire qu'ils n'aient embrassé la
profession des armes ; que l'habit militaire est pour eux la robe virile ;
qu'ils ne sont jusque là que
membres de familles particulières, mais qu'alors ils appartiennent à la
patrie et à la nation, dont ils deviennent les membres et les défenseurs.
La qualité de Gentilhomme a été autrefois
si honorable, que les rois juraient foi de Gentilhomme,
parce que cette qualité semble
renfermer toutes les vertus qui rendent la loi inviolable ; encore aujourd'hui
un bon Gentilhomme croirait
ne pouvoir plus mériter cette belle qualité, s'il manquait à sa
parole, lorsqu'il l'a engagée sous ce titre.
François Ier, dans une assemblée des notables en 1527, dit
qu'il était né Gentilhomme et
non roi, qu'il parlait à gentilshommes
et qu'il en voulait garder les privilèges.
Henri IV relève ainsi la qualité de gentilhomme. Si je
faisais gloire, disait-il en faisant l'ouverture des états
de Rouen, de passer pour un excellent orateur, j'aurais apporté ici de
plus belles paroles que de bonnes volontés ; mais mon ambition
tend à quelque chose de plus relevé que de bien parler. J'aspire
aux glorieux titres de libérateur et de restaurateur de la France :
déjà, par la faveur du ciel, et par le conseil de mes fidèles
serviteurs, et par l'épée de ma brave et généreuse
noblesse, dont je ne distingue point mes princes, la qualité de Gentilhomme étant
le plus beau titre que nous possédions, etc.
Du Gentilhomme de
nom et d'armes.
Les maisons de nom et d'armes se sont formées dans le commencement
des fiefs, des surnoms et des armoiries, et se sont rendues remarquables
par les cris de guerre et par les exploits militaires ; l'exercice
des armes n'étant alors permis qu'à ceux qui vivaient
noblement. Comme l'établissement des monarchies ne s'est
fait que par les armes, ceux qui ont été les premiers élevés
sur le trône
ont eu besoin d'être secondés par des hommes braves, grands
et généreux, pour les y soutenir et les défendre.
S'il était juste que les plus grands et les plus vaillants fussent
reconnus pour souverains, il l'était aussi que celui que ces
héros
avaient choisi pour roi les distinguât du peuple par des marques illustres.
C'est de là qu'est venue cette ancienne et parfaite noblesse
des rois, et celle des vaillants hommes qui leur prêtaient les mains
pour les couronner. Et c'est pour ces raisons que nous appelons Gentilshommes de
nom et d'armes ceux qui sont d'une si ancienne race, que le
commencement nous en est inconnu. L'on peut dire que cette noblesse vient
de ceux qui sont nés
de famille libre, et dont
la race a été de tout temps exempte de roture, et a joui d'une
pleine liberté.
Un GENTILHOMME de nom et d'armes, selon Jean Scohier,
est celui qui porte le nom de quelque province, bourg, château, seigneurie,
ou fief noble, qui a des armes particulières, quoiqu'il ne soit
pas seigneur de ces terres. Car tel est seigneur d'une terre, qui n'a
rien aux armes qui appartiennent à un autre qui n'a rien
en la seigneurie,
vu que les armes ne se peuvent donner à une terre ou seigneurie que
par la concession du prince.
Dans tous les pays de l'Europe, il y a des Gentilshommes de
nom et d'armes, c'est-à-dire une noblesse de si haute antiquité qu'on
n'en
peut montrer l'origine, et qui prouvent une possession de temps immémorial,
par une suite de personnes distinguées par leur valeur et leurs exploits,
par des marques distinctives de leurs maisons, comme par la couleur de leur
livrée, ou par certains cris de guerre, ou par le nom de leur seigneurie,
possédée de père en fils sans interruption ; et enfin
par les armes ou sceaux affectés à leur famille dans le temps
que ces marques d'honneur ont commencé à être fixées
dans l'Europe.
La parfaite noblesse, selon Chassanée, est proprement l'ancienne et
immémoriale, et dont on ne peut prouver par écrit quand elle
a commencé, ni de quel prince elle a reçu son être.
Froissard, parlant de quelques chevaliers, dit qu'ils sont Gentilshommes de
nom, parce que leur noblesse est aussi ancienne que leur nom, qui les a toujours
distingués des autres hommes, et depuis plusieurs siècles, des
anoblis ; et Gentilshommes d'armes,
non seulement parce qu'ils
ont été les
premiers dans les états conquis, où ils ont laissé des
marques de leur valeur, mais principalement parce que les armoiries suivent
naturellement les noms.
Le duc Philippe de Bourgogne, surnommé le Bon, voulant
honorer les premiers de ses états du collier de l'ordre de la
Toison d'Or qu'il avait institué, donna commission au sieur
Coël, homme
très riche en manuscrits, de voir et d'examiner quelles étaient
les maisons les plus anciennes et les plus illustres du pays : il répondit,
après avoir consulté tous ses recueils et ceux de la maison
de Bourgogne, que c'étaient celles de nom et d'armes.
André du Chesne, historiographe
de France, dit que les Gentilshommes de nom
et d'armes sont ceux
qui peuvent montrer que le nom et les armes qu'ils portent ont été portés
de temps immémorial par leurs aïeux, et qu'ils ont toujours
fait profession de cette qualité, dont on ne peut découvrir
l'origine.
Il y a de la différence entre le Gentilhomme de
nom et d'armes, et
le Gentilhomme de quatre lignées. Le premier
est noble de temps immémorial, et le dernier n'a besoin que de
quatre quartiers des aïeux paternels
et maternels. On exigeait cette noblesse des Gentilshommes qui
aspiraient aux honneurs, pour les obliger à ne prendre alliance
que dans les familles (au moins nobles de race), à peine de déchoir des principales prérogatives des nobles ; parce que c'était
interrompre sa noblesse de quatre lignes, et obscurcir la noblesse de nom et
d'armes. Lex
erat (dit Denis d'Halicarnasse) ne Patriciis cum
Plebeiis licita essent connubia.
François Coutier, baron de Souhey, dit que celui-là est Gentilhomme de
nom et d'armes, qui subsiste par soi-même, qui est noble sans
déclaration
du roi, dont la noblesse et la réputation viennent des armes, et qui
en fait profession. Il met encore au nombre des Gentilshommes de
nom et d'armes, celui qui possède un fief, dont les tenants
le desservent par pleines armes, affectées au nom de sa famille, et
qui ne sont ni d'adoption ni de concession.
Le père Ménestrier
est d'avis que le Gentilhomme de nom
et d'armes est celui qui a un nom de famille et des armoiries qui le
distinguent des autres, parce qu'il y a des Gentilshommes qui
n'ont
ni l'un ni l'autre. Il ajoute que le Gentilhomme de
nom et d'armes
est celui dont le nom et les armes sont connus par les tournois, par des
témoins qui sont du même ordre, et par les registres des hérauts,
dans lesquels sont inscrits les noms et les armoiries des plus illustres
familles, et encore par les titres, quartiers paternels et maternels, sans
aucun reproche de roture.
Le troisième sens qu'il dit qu'on peut donner à cette
qualité,
est que les Gentilshommes de nom et d'armes
sont ceux qui avaient droit de porter bannière dans les armées,
d'y représenter leurs armoiries et d'y crier leurs noms
pour rallier les troupes, et que par là ces Gentilshommes de nom et d'armes se distinguaient des autres leurs inférieurs.
Il dit enfin que nul ne pouvait se présenter pour combattre dans les
tournois, qu'il ne fût reconnu Gentilhomme de
nom et d'armes, par d'autres Gentilshommes de
pareille qualité qui
en rendaient témoignage ;
d'où est venue la coutume de justifier la noblesse par la déposition
des témoins, qui était reçue dans les ordres de chevalerie
et dans les grands chapitres.
On peut donc conclure de toutes ces opinions, que la noblesse de nom et d'armes
est celle qui est d'origine inconnue, formée avec l'hérédité des
fiefs et le commencement des noms. D'abord elle éclata par le
cri du nom dans les armées, et par les armes érigées
en trophée
dans les combats sanglants, et en temps de paix dans les joutes et les tournois.
Toutes ces marques d'honneur ont paru dès l'institution
de la grande noblesse en l'état qu'elle est, et elles
font connaître la différence
du Gentilhomme de nom et d'armes avec
les anoblis. Car, comme disait un ancien, qui
autem jus gentilitatis et majorum imagines nullas habent, hi terræ filii et a
terra orti et homines novi vocitabantur.
Celui qui est anobli peut à la vérité, avec le temps,
devenir Gentilhomme, mais jamais Gentilhomme de
nom et d'armes, puisqu'il
n'a
pas l'ancienneté requise ; et c'est cette ancienneté qui
fait la différence entre les Gentilshommes de
nom et d'armes et
les nouveaux anoblis. Et quoiqu'un Gentilhomme se
soit signalé par
des faits héroïques,
ou qu'il se soit distingué par des charges honorables, il
n'est
pas pour cela Gentilhomme de nom et d'armes.
Mal à propos croirait-on
donc que tous les Gentilshommes seraient égaux.
La qualité de Gentilhomme de nom et d'armes
imprime dans son sujet un caractère si adhérent, qu'il
lui serait aussi difficile de s'en dépouiller que de sa propre essence.
Quoique l'intérêt
puisse le porter quelquefois à accepter une adoption dans une famille
anoblie, et à en prendre le nom et
les armes, il ne laisse pas néanmoins de conserver sa noblesse originelle.
Les lois civiles ne peuvent jamais lui ravir son caractère, quoiqu'il
en quitte les marques extérieures, pendant qu'il jouit de cette adoption qui ne peut abolir les droits de sa naissance.
Il n'en est pas de même du simple anobli ; il ne peut
jamais acquérir,
dans l'adoption ou dans l'alliance d'une ancienne maison,
la qualité de
Gentilhomme de nom et d'armes ; car
cette qualité ne peut se communiquer
que par la naissance, et elle ne passe jamais aux étrangers, ne pouvant
compatir par aucun moyen avec l'anoblissement. Les anoblis étant
adoptés par d'anciennes maisons, sont obligés par les
lois d'en porter le nom et les armes ; mais la raison naturelle
leur défend
d'en prendre le titre. Le prince même ne petit faire un Gentilhomme de
nom et d'armes, non plus qu'un noble de race.
La Roque ajoute « que les anoblis et leurs descendants se persuadent,
pour leur intérêt particulier, que tous les nobles sont égaux ; mais
ils se trompent, attendu qu'il est certain qu'il y a inégalité dans
la noblesse, et que les anoblis et leurs successeurs ne sont plus de même
rang. »
Le Gentilhomme de parage était
autrefois, selon l'expression de quelques unes des coutumes de France,
le Gentilhomme qui était tel par son père ;
et celui-là pouvait être
fait chevalier, au lieu que celui qui était fils d'une mère
gentilfemme et d'un père vilain, ne pouvait pas parvenir à la
chevalerie : ce dernier cependant n'en était pas moins Gentilhomme,
et il pouvait tenir des fiefs. Ainsi Monstrelet, liv. I, chap. 57, dit
que Jean de Montagu était né de la ville de Paris, qu'il était
fils de M. Girard de Montagu et qu'il était Gentilhomme de
par sa mère ; ce qui
est une preuve, avec le chap. 130 des établissements de saint Louis,
et le chap. 45 des coutumes de Beauvaisis, par Beaumanoir, que la noblesse
de par les mères avait lieu à Paris, de même que dans la
plupart des provinces du royaume ; et en effet il y avait plusieurs coutumes
où l'on trouvait qu'elle était autorisée,
telles, par exemple, que la coutume d'Artois, art. 198, celle de Saint-Michel,
art. 2, et celle de Champagne. Tout cela sert à prouver que ce privilège
n'était pas particulier à la Champagne, comme Pithou et
quelques autres auteurs se le sont imaginé.
Le GENTILHOMME de haut parage est celui qui descend d'une
famille illustre.
Le GENTILHOMME de bas parage est celui qui descend d'une
famille moins noble.
Le GENTILHOMME de sang ou de ligne est la même chose que noble
d'extraction.
L'abbé d'Expilly, dans son excellent dictionnaire
sur la France, fait connaître ainsi la différence qu'on
met entre l'homme
de qualité et l'homme de condition.
« Le fils d'un homme anobli est Gentilhomme,
et sa fille demoiselle ; les enfants de la haute noblesse sont gens
de qualité. Ceux qui comptent plusieurs degrés sans illustration
extraordinaire, forment l'homme
et la femme de condition. »
Un édit du roi du mois de novembre 1666 porte que, comme la noblesse
est l'appui le plus ferme des couronnes, et qu'en la propagation
des familles de Gentilshommes consiste la principale
puissance de l'État, S. M. voulant témoigner la considération
qu'elle en fait,
et se réservant
de donner des marques particulières de son estime à ceux qui
se signaleront par leurs vertus, elle ordonne que les Gentilshommes et
leurs femmes, qui auront dix enfants nés en loyal mariage, non prêtres
religieux ni religieuses, et qui seront vivants, si ce n'est qu'ils
soient décédés
portant les armes pour son service, jouissent de 1.000 livres de pension
annuelle : comme aussi ceux qui auront douze enfants vivants ou décédés
comme dessus, jouissent de 2.000 livres. Un autre arrêt du 26
octobre
1659, confirme le précédent en spécifiant le nombre
des enfants à dix ou douze.
Par arrêt du conseil du 15 janvier 1667, les Gentilshommes qui
auraient suffisamment prouvé leur noblesse, mais qui se trouveraient
avoir dérogé,
sont condamnés à l'amende et imposés aux tailles.
Un autre arrêt du 10 octobre 1668 confirme celui de l'année
précédente, et porte en outre que les enfants de ces Gentilshommes nés
après
lesdites dérogeances, seront condamnés à l'amende,
sauf à eux
d'obtenir des lettres de réhabilitation ; et à l'égard
des enfants nés avant ladite dérogeance,
ils ne sont sujets à aucune peine, et sont déchargés
de prendre des lettres de réhabilitation. Voyez aussi Dérogeance.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816
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