AMIRAL. subst. masc., ce mot vient des Grecs qui nommèrent […], celui qui commandait aux armées navales ; ils l'avaient formé du mot arabe amir, qui signifiait un seigneur, un commandant.
Anciennement on a donné ce nom à ceux qui commandaient sur terre, comme à ceux qui commandaient sur mer. Les Sarrasins ont été les premiers qui ayent appelé Amiraux les capitaines et généraux de leurs flottes ; après les Sarrasins, les Siciliens et les Génois accordèrent ce titre à celui qui commandait leurs armées navales. Aujourd'hui l'Amiral est le chef et le commandant des armées navales et des flottes. Il est à la tête et le premier officier de toute la marine royale.
Autrefois il y avait deux Amiraux, l'un du Ponant et l'autre du Levant ; mais dans la suite (1669), on réunit le commandement des flottes dans une seule main, et l'on créa deux vice-amiraux pour le Ponant et le Levant.
Du Tillet remarque comme une chose singulière, que Louis, bâtard de Bourbon, comte de Roussillon, créé Amiral de France par le roi Louis xi, en 1466, se soit assis au parlement aux hauts-bancs, l'usage étant que les Amiraux ne fussent qu'aux bas-bancs. Mais suivant un arrêt rendu, à la réception de l'Amiral de Châtillon, l'Amiral n'eut point de séance au parlement.
Le pouvoir de l'Amiral, était autrefois extrêmement étendu. On peut voir au titre de l'ordonnance de la marine
de 1681, jusqu'où le roi l'a borné. Malgré cela les anciens Amiraux n'avaient point de juridiction contentieuse ; elle appartenait à leurs lieutenants ou officiers de robe longue mais en 1626, le cardinal de Richelieu, en se faisant donner le titre de grand-maître et surintendant du commerce et de la navigation, au lieu de la charge d'Amiral qui fut alors supprimée, se fit attribuer l'autorité de décider et de juger souverainement de toutes les questions de marine, même des prises, et du débris des vaisseaux.
En 1669, la charge de surintendant général de la navigation et du commerce fut supprimée, et celle d'Amiral fut rétablie la même année en faveur du comte de Vermandois, avec le titre d'officier de la couronne.
Il avait la nomination de tous les officiers des sièges généraux et particuliers de l'amirauté, et la justice s'y rendait en son nom ; c'était de lui que les capitaines et maîtres des vaisseaux équipés en marchandises, devaient prendre leurs congés, passeports, commissions et saufs-conduits.
L'Amiral en France porte pour marque extérieure de sa dignité deux ancres d'or passées en sautoir derrière son écu. Entre les droits attribués à l'Amiral, il avait celui du dixième de toutes les prises qui se font sur mer et sur les grèves, des rançons et des représailles : il avait aussi le tiers de ce qu'on tirait de la mer ou qu'elle rejetait ; le droit d'ancrage, tonnes et balises.
Monseigneur le duc d'Angoulême, est aujourd'hui Amiral de France.
d'après le
Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816