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GRAND-MAÎTRE DE FRANCE. Sous la première race de nos rois, le maire du palais était comme un lieutenant-général partout le royaume ; et selon l'ancienne disposition de l'état, comme il y avait un duc sur douze comtes, et même quelques autres ducs sur des provinces toutes entières, aussi le maire du palais était duc des ducs, et se qualifiait duc ou prince des Français. Son autorité ne s'étendait pas seulement sur la maison du roi, où il disposait de toutes les charges ; il avait encore grand pouvoir sur les gens de guerre, de justice et de finance, et sur toutes les affaires de l'état. Le grand sénéchal de France succéda au maire, et cette charge devint la première de la milice, et la plus considérable de la maison du roi. Aussi voyons-nous dans l'écrit du chevalier Hugues de Cléers, qui fut envoyé par le comte d'Anjou, Foulques v, son seigneur, à la cour du roi Robert, pour revendiquer la charge du grand-sénéchal, dont ce comte était dépouillé, qu'il y est nommé maire de France, major, à cause (dit ce chevalier) que ce comte commandait l'avant-garde et l'arrière-garde dans les armées du roi ; le roi Robert reconnut alors que cette charge était héréditaire aux comtes d'Anjou. En effet, elle avait été donnée au comte Geoffroy Grisegonnelle, dès l'an 977 ou 978, où elle avait passé à ses successeurs.
Sous le grand-sénéchal, il y avait un autre officier qualifié sénéchal de France ; et ceux qui exerçaient cette charge auprès du roi, la tenaient en fief des comtes d'Anjou, auxquels ils rendaient hommage et certaines reconnaissances, comme d'aller au-devant du comte quand il venait au palais, le faire loger, lui laisser servir le roi, etc. ; lui fournir à l'armée une tente pour tenir cent chevaliers.
Il avait aussi retenu une partie du pouvoir du maire du palais, et il jugeait des différends survenus à la suite de la cour, et entre les officiers de la maison.
Le Grand-Maître succédant au sénéchal, dont la charge cessa d'être remplie en 1191, après la mort de Thibaud, comte de Blois et de Chartres, qui en avait été pourvu en 1153, il eut droit de connaître, avec les maîtres-d'hôtel du roi, de toutes les actions tant civiles que criminelles, qui se passaient dans les maisons royales. Cette juridiction fut restreinte par édit du 25 février 1318, et supprimée par un autre édit du mois de décembre 1355. Elle ne laissa pas de subsister jusqu'en 1389, que par arrêt du 7 mars, il y fut mis des bornes. Enfin, par lettres-patentes du 19 septembre 1406, l'exécution de l'édit de 1355 fut ordonnée. On peut voir cela plus en détail, tome i, livre i, titre 19, du Traité de la police, par le sieur de la Mare, commissaire au châtelet.
Le premier, dont du Tillet ait trouvé quelque mémoire, est Arnoul de Wesemalle, chevalier de l'ordre
des Templiers, qualifié souverain maître de l'hôtel du roi, sous le règne de Philippe le Hardi, vers l'an 1278. Les successeurs en cette charge conservèrent le même titre jusqu'à Thibault, seigneur de Neufchâtel, qui en 1418, prit celui de Grand-maître de la maison du roi : mais en 1451, Jacques de Chabannes, seigneur de la Palice, se qualifia Grand-maître de France : titre qui resta à ses successeurs, en sorte que le roi le lui donnait dans toutes les lettres et provisions d'officiers, que Sa Majesté lui adressait, fonctions et prérogatives du Grand-maître.
Le Grand-maître avait autrefois la garde des clefs du Louvre, ou de la maison du roi. François de Lorraine, duc de Guise, pourvu en 1559 de la charge de Grand-maître, et mort en 1565, fut déchargé de ce soin.
Aux obsèques du roi, après que tous les officiers avaient rompu et jeté leur bâton de commandement dans le caveau, pour montrer qu'ils n'avaient plus de charge, le Grand-maître n'y faisait entrer que la pointe du sien, avec lequel il touchait le cercueil, puis il le retirait en entier. Mais après le repas funèbre qui suivait les obsèques, à la fin duquel les grâces étaient chantées par la musique du roi, il rompait son bâton, et offrait ses bons services auprès du nouveau roi, aux officiers de la maison, pour les faire conserver dans leurs charges. Il réglait tous les ans la dépense de bouche de la maison du roi. Il avait juridiction entière sur les sept offices, dont il donnait un certain nombre de charges, quand elles étaient vacantes. Tous les officiers de ces sept offices prêtaient serment de fidélité au roi entre ses mains. Il disposait autrefois de tous les offices du gobelet et de la bouche ; mais Henri, duc de Guise, surnommé le Balafré, s'étant aperçu des justes défiances que le roi Henri iii avait de lui, renonça à la disposition des charges de ces deux offices : et Charles de Bourbon, comte de Soissons, son successeur sous Henri iv, s'en tint à cette renonciation.
Le Grand-maître recevait le serment de fidélité du maître de la chapelle de musique et du maître de l'oratoire du roi, des six aumôniers de la maison du roi ; du premier maître-d'hôtel, du maître-d'hôtel ordinaire, et des douze maitres-d'hôtel de quartier ; des trois grands ou premiers panetier, échanson, écuyer tranchant ; des trente-six gentilshommes servants ; des trois maîtres de la chambre aux deniers ; des deux contrôleurs-généraux ; des seize contrôleurs clercs d'offices, du contrôleur ordinaire de la bouche, des commis au contrôle général ; du Grand-Maître, du maître et de l'aide des cérémonies ; des deux introducteurs ou conducteurs des ambassadeurs, et du secrétaire à la conduite des ambassadeurs ; de l'écuyer ordinaire du roi, et des vingt écuyers servant par quartier ; des quatre lieutenants des gardes de la porte du roi ; des concierges des tentes, des interprètes en différentes langues, etc.
C'était sous l'autorité du Grand-maître, et en sa présence, que se tenait le bureau du roi pour tous les marchés des marchands qui s'offraient à fournir au rabais la maison de Sa Majesté. Ce bureau était alors composé du premier maître-d'hôlel, du maître-d'hôlel ordinaire, des douze maîtres-d'hôtel servant par quartier, des maîtres de la chambre aux deniers, des deux contrôleurs-généraux, des seize contrôleurs d'offices, du contrôleur ordinaire de la bouche, et des commis au contrôle général.
Il y avait six aumôniers de la maison du roi, dits aumôniers de Saint-Roch, qui servaient trois par semestre, et donnaient la bénédiction aux viandes à l'ancienne table du Grand-maître, et à celle des maîtres-d'hôtel. Ils avaient bouche à cour, et disaient aussi les grâces, se mettaient au haut bout de la table.
On trouve dans le livre du prévôt de l'hôtel, par Miraumont, page 57, quels étaient en 1574, les droits du Grand-maître, à qui comme le disait le duc de Guise, possesseur alors de cette grande charge, il appartenaît de faire l'état général de toute la maison du roi, tant des aumôniers, gentilshommes de la chambre, maîtres-d'hôtel, et autres énoncés dans les articles présentés par ce prince au roi Henri iii, prérogatives dans lesquelles il fut confirmé par Sa Majesté étant à Lyon, le 25 septembre de la même année 1574. Les aumôniers de la maison du roi prêtaient aussi serment de fidélité au roi entre les mains de M. le Grand-maître de la maison.
S. A. S. Monseigneur le prince de Condé, est Grand-maître de France.
S. A. S. Monseigneur le duc de Bourbon, son fils, est Grand-maître en survivance.
Les ornements extérieurs de ses armoiries sont deux bâtons garnis d'argent vermeil doré, dont les bouts d'en haut se terminent en couronnes fleurdelysées et fermées, passés en sautoir derrière l'écu de ses armes.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816
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