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JUGE D'ARMES. Officier du roi qui tenait les registres des armes de quiconque avait le droit d'en porter, décidait et ordonnait lorsque des contestations survenaient au sujet des titres ou en matières d'armoiries.
d'après l' Alphabet et figures de tous les termes du blason
L.-A. Duhoux d'Argicourt — Paris, 1899
JUGE D'ARMES DE FRANCE. L'institution d'un roi d'armes est due, selon plusieurs historiens, au roi Dagobert, qui la conféra à un vaillant chevalier. Quelques siècles après, Philippe-Auguste décida qu'aucun gentilhomme n'en serait revêtu qu'il ne fût chevalier ; de sorte que celui qui en était jugé digne, s'il n'était qu'écuyer, était armé chevalier par le roi, avant de prêter serment entre ses mains.
Cet officier devait veiller à l'exécution des ordonnances concernant la noblesse, rendre compte au roi des contraventions, et lui certifier, dans tous les cas, la noblesse et les services de ceux qui demandaient des honneurs et des grâces.
Cette charge, l'une des plus belles de la couronne, se maintint dans tout son lustre pendant plusieurs siècles ; alors il n'y avait point d'usurpations, point de confusion de rangs, en un mot, point d'abus, parce qu'elle était conférée à quelqu'un qui, par son rang et sa naissance, était dans le cas de se faire respecter, et qui joignait au mérite les qualités requises pour remplir dignement ses fonctions. Mais lorsqu'une fois l'usage de vendre les charges eût été toléré, celle de roi d'armes fut, comme les autres, vendue par le titulaire à celui qui en offrit le plus. Dès lors, elle fut abandonnée à des hommes incapables d'en remplir les devoirs. Il en résulta bientôt un grand désordre dont les progrès furent si rapides, qu'en 1488, on prit le parti de créer un maréchal d'armes pour faire les fonctions du roi d'armes, indépendamment de lui ; mais cet officier n'étant point immédiatement sous l'autorité des maréchaux de France, et n'en ayant aucune sur les hérauts, il était impossible qu'il remédiât au mal. Aussi ne fit-il qu'augmenter ; de sorte que, pour le pallier, plutôt que pour le guérir, le roi Louis XIII, déférant aux remontrances de la noblesse, créa, par édit du mois de juin 1615, un office de Juge d'armes, pour être conféré à un gentilhomme d'ancienne race, qui aurait pouvoir de juger, au rapport des hérauts, lesquels y auraient leur voix délibérative, des blasons et de tout ce qui peut y être relatif. Une ordonnance du 4 novembre 1616 portait, article XV :
Voulons et commandons en outre que toutes et quelconques lettres de nous impétrées, en matière d'anoblissement, ports d'armes, augmentation ou changement d'icelles, légitimation, rétablissement de noblesse, confirmation ou approbation d'icelles, lettres de chevalerie, érection d'aucune terre, fief ou seigneurie en titre d'honneur, et autre de même matière et sujet, soient présentées à notre officier d'armes, être par lui registrées, et donner par lui son certificat de l'enregistrement qu'il en aura fait, à peine par les impétrants de perdre le fruit et effet de telles grâces, concessions et octrois.
Mais, « cette charge n'était proprement qu'une intelligence et un être spirituel qui, faute de corps, était sans fonctions ; car ce Juge d'armes n'ayant ni greffe, ni greffier, ni siège, ni huissiers, n'avait ni corps, ni bras, ni jambes, et par conséquent nulle autorité, nul pouvoir, enfin nulle juridiction certaine et réglée » (Commentaires sur l'édit de novembre 1696, concernant les armoiries). Extrait de Maugard, page 89.
Le parlement avait tellement reconnu la nullité de cet officier, ainsi isolé, qu'il avait constamment refusé d'enregistrer l'édit de création.
Les guerres qui survinrent quelques années après, ayant épuisé le trésor royal, le roi Louis XIV supprima l'office de Juge d'armes, et créa, par édit du mois de novembre 1696, une maîtrise générale et des maîtrises particulières, pour former un armorial général, dans l'espérance de vendre un grand nombre de charges et de tirer des sommes considérables des enregistrements d'armoiries ; mais cet établissement n'eut aucun succès : personne ne voulut acheter : on nomma des commissaires dont le travail n'aboutissait qu'à prodiguer, pour de l'argent, des armoiries, les marques distinctives de la noblesse, à des roturiers de la plus basse extraction. Les registres déposés à la bibliothèque du roi, et une foule de lettres patentes et d'arrêts du conseil en font foi.
Le roi rétablit l'office de Juge d'armes de France, par son édit du mois d'avril 1701, et, par un arrêt du conseil du 9 mars 1706, le roi ordonna que « nul ne pourra porter des armoiries timbrées, si elles n'ont été réglées par ledit sieur d'Hozier, en qualité de Juge d'armes de France, et enregistrées dans l'armorial général. Qu'il lui sera permis, lorsqu'il en sera requis par les particuliers, de réformer les armoiries, qui, ayant été registrées, auront été mal prises, mal données ou mal expliquées dans l'armorial. Et qu'il ne sera expédié aucune lettre, tant de noblesse que de mutation de nom, ou d'armes, ou de concession d'armoiries, et qu'elles ne seront vérifiées dans aucune cour, que les particuliers auxquels elles seront accordées, n'aient obtenu l'acte de règlement du Juge d'armes, pour être attaché sous le contre-scel desdites lettres. »
Le Juge d'armes de France, aux termes de l'édit du roi, du mois d'avril 1701, devait prêter serment entre les mains du Grand-Écuyer.
François de Chevriers, de Saint-Maurice, chevalier de l'ordre du roi, fut créé Juge d'armes de France, en 1615.
Pierre d'Hozier lui succéda en 1641, et transmit cette charge à ses descendants, qui l'ont toujours possédée depuis. Malgré les services que Pierre d'Hozier a rendus à l'histoire, et à la noblesse de France en particulier, il n'a pu échapper aux traits envenimés de l'envie, de la méchanceté et de la calomnie. Boileau, trop amer dans ses satires, s'exprime ainsi sur ce célèbre généalogiste :
» Car si l'éclat de l'or ne relève le sang,
» En vain l'on fait briller la splendeur de son rang ;
» L'amour de vos aïeux passe en vous pour manie,
» Et chacun pour parent vous fuit et vous renie ;
» Mais quand un homme est riche il vaut toujours son prix
» Et l'eût-on vu porter la mandille à Paris (1),
» N'eût-il de son vrai nom ni titre ni mémoire,
» D'Hozier lui trouvera cent aïeux dans l'histoire (2).
Mais le fiel de cette satire se trouve adouci par les vers suivants que Boileau composa pour mettre au bas du portrait de Pierre d'Hozier :
» Des illustres maisons il publia la gloire :
» Ses talents surprendront tous les âges suivants :
» Il rendit tous les morts vivants dans la mémoire ;
» Il ne mourra jamais dans celle des vivants.
Les ouvrages de ses successeurs n'échappèrent pas davantage à l'arme de la critique ; car Louis-Pierre d'Hozier, qui fit paraître pendant son exercice les registres de l'armorial général de France, 10 vol. in-folio, dit, dans sa préface :
« Que trois sortes de personnes élevèrent leur voix critique contre lui ;
« Que les uns attaquèrent l'ouvrage même et avancèrent qu'il ne pouvait jamais être qu'un ouvrage inutile ;
« Que d'autres publièrent que le registre du Juge d'armes de France n'était rempli que de familles dont les noms, aussi inconnus que les personnes, n'annonçaient qu'une noblesse pauvre, sans services comme sans illustration, et plutôt à charge à l'état que capable de lui faire honneur ;
« Que d'autres, mieux instruits, condamnèrent seulement le mélange de cet ouvrage, etc., etc.
Il répond, dans cette même préface, à tous ces arguments, et finit par dire :
« Que s'il restait encore quelques personnes qui fussent prévenues contre l'ouvrage, ce ne pouvait être que des gens intéressés à nourrir leurs préventions et à les inspirer aux autres, ou de ces génies misantropes, esprits dangereux, cyniques déclarés, qui ne savent répandre que des discours capables de nuire ; et tels sont les sentiments du Juge d'armes de France à l'égard des uns et des autres, que comme leur suffrage ne le flatterait pas beaucoup, leur critique n'a rien qui l'alarme. »
Malgré cette déclaration et les raisons solides que ce Juge d'armes a opposées à la critique qui se déversait sur ses ouvrages, le dictionnaire historique publié en 1810, en parlant de l'armorial de France, n'en dit pas moins que « M. d'Hozier de Sérigny, fils du précédent, a discontinué cet ouvrage, pour ne pas l'exposer à mortifier la vanité de certains nobles, ou à trahir la vérité. C'est placer un historien dans une singulière alternative ; mais la plus saine partie du public fait justice de ces sortes d'assertions, et sait accorder au mérite d'un écrivain tous les égards qu'un travail d'une aussi longue haleine est en droit d'exiger ; et si MM. d'Hozier ont été trop souvent en butte à la critique et à la jalousie, ils peuvent s'en consoler en pensant qu'ils ont fait des travaux utiles et capables d'éterniser leur nom. Voyez Roi d'armes.
d'après le Dictionnaire encyclopédique
de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816
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