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Au Blason des Armoiries : héraldique, féodalité, noblesse, armoiries
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Montjoie Saint-Denis

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MONT-JOYE-SAINT-DENIS, mot fameux dans l'Histoire de France, qui a été longtemps le cri de guerre de la nation, et qui est encore aujourd'hui le nom du roi d'armes.

Divers auteurs ont débité bien des fables et des conjectures puériles sur l'origine et l'étymologie de ce nom. Ce qu'on a de plus sensé sur cette matière se réduit à remarquer qu'on appelait autrefois Mont-Joye un monceau de pierres entassées pour marquer les chemins ; sur quoi le Cardinal Huguet de Saint-Cher rapporte la coutume des pèlerins, qui faisaient des Mont-Joyes de monceaux de pierres sur lesquels ils plantaient des croix aussitôt qu'ils découvraient le lieu de dévotion où ils allaient en pèlerinage : Constituunt, dit-il, acervurn lapidum, et ponunt cruces, et dicitur Mons gaudii. Del-Rio atteste la même chose des pèlerins de Saint-Jacques en Galice : Lapidum songeries … Galli Mont-Joyes vocant. Les croix que l'on voit sur les chemins de Paris à Saint-Denis étaient de ces Mont-Joyes. Or, comme ces Mont-Joyes étaient destinés à marquer les chemins, de même, quand nos rois eurent pris Saint-Denis pour protecteur du royaume, et sa bannière ou l'oriflamme pour bannière de dévotion dans les armées, cette bannière devint le Mont-Joye qui réglait la marche de l'armée ; et crier Mont-Joye Saint-Denis, c'était crier, suivez, ou marchez, ou ralliez-vous à la bannière de Saint-Denis. De même que les ducs de Bourgogne avaient pour cri Mont-Joye Saint-André ; et quand le duc se trouvait en personne à la guerre, Mont-Joye au noble duc ; ceux de Bourgogne criaient, Mont-Joye Notre- Darne pour rassembler leurs troupes autour d'eux ou de leurs bannières, qui portaient l'image de la Vierge. Quoique dans la suite on ne portât plus dans les armées la bannière de Saint-Denis, le cri de guerre auquel on était accoutumé comme à un cri de joie et de victoire, ne laissa pas que de subsister jusqu'au temps où l'introduction de l'artillerie exigea des signaux d'une autre espèce dans les combats.

Cette opinion paraît plus probable que celle qu'a avancée M. Beneton, dans ses Commentaires sur les enseignes militaires, où il remarque qu'on élevait sur les tombeaux des personnes considérables, des saints, des martyrs, de ces sortes de monceaux, et qu'on les nommait Mont-Joyes ; que Mont-Joye Saint-Denis signifiait le tombeau de saint Denis, dont nos monarques se glorifiaient d'être possesseurs, comme s'ils eussent voulu dire : Nous avons la garde du tombeau de saint Denis ; Mont-Joye Saint-Denis est un témoignage de la joie que nous ressentons de cet avantage ; nous espérons que ces paroles serviront à ranimer la piété et la valeur de nos soldats. Mais les ducs de Bourgogne possédaient-ils dans leurs états le corps de saint André ? et ceux de Bourbon étaient-ils protecteurs du sépulcre de la Vierge? Que signifiait donc Mont-Joye dans leur bouche, sinon à la bannière de saint André et à celle de Notre-Dame : ainsi Mont-Joye Saint-Denis n'a non plus signifié autre chose qu'à la bannière de saint Denis, parce que cette bannière servait, sous les rois de la troisième race, à régler les marches et les campements de l'armée.

Il est bon aussi d'observer que ce cri de guerre n'a été introduit dans nos armées que vers le règne de Louis-le-Gros, qui, ayant réuni en sa personne le comté de Vexin à la couronne, devint avoué de l'église de Saint-Denis, en prit la bannière, de laquelle est venu le cri d'armes. Ainsi ceux qui l'ont attribué à Clovis ont débité une pure fiction, puisque la bannière de Saint-Martin-de-Tours fut portée dans les armées, depuis le règne de ce prince, comme l'étendard de la nation. Voyez Héraut, Roi d'armes.

d'après le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842)  — Paris, 1816

 

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