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Pompes funèbres

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POMPES FUNÈBRES ou obsèques de nos rois. L'église de l'abbaye de Saint-Denis en France est, depuis plusieurs siècles, le mausolée de nos rois et de nos reines. Quelques rois de la première et de la seconde race y ont été inhumés ; mais c'est principalement depuis Hugues Capet, mort le 24 octobre de l'an 996, qu'ils y ont été ordinairement ensevelis. Ce prince en était abbé, et le duc Hugues-le-Grand, son père, y avait reçu la sépulture en cette qualité. Le roi Louis XIV y fut inhumé en 1715.

Ce grand prince étant mort à Versailles le premier septembre de l'an 1715, son corps fut exposé pendant quelques jours dans une des salles du château. Le soir du 9 septembre, après que les vêpres eurent été chantées par la musique, il fut levé par le cardinal de Rohan, grand-aumônier de France, en présence du duc de Bourbon, grand-maître de la maison du roi, et porté par les gardes de la compagnie écossaise, sur un chariot d'armes couvert d'un poêle de velours noir croisé de moire d'argent. L'on marcha ensuite vers Saint-Denis en l'ordre qui suit : le capitaine des guides de la maison du roi, les carrosses des principaux officiers, celui du maître des cérémonies, celui du grand-maître des cérémonies, les mousquetaires de la seconde compagnie, les mousquetaires de la première compagnie, les chevau-légers de la garde, les officiers de la chambre et ceux de la garde-robe, un carrosse du roi dans lequel étaient les aumôniers de sa majesté, le confesseur et le curé de Versailles ; un autre carrosse du roi dans lequel étaient le duc de Bourbon, le cardinal de Rohan, le duc de Trêmes, premier gentilhomme de la chambre en service ; le duc de la Trémouille et le duc de Mortemart, aussi premiers gentilshommes de la chambre ; le duc de la Rochefoucaud, grand-maître de la garde-robe, et le chevalier de Dampierre, premier écuyer du duc de Bourgogne ; les trompettes de la chambre, les hérauts d'armes, le grand-maître, le maître et l'aide des cérémonies, le chariot et quatre aumôniers à cheval, portant les coins du poêle ; le prince Charles de Lorraine, grand-écuyer de France, et le duc de Villeroy, capitaine des gardes-du-corps à cheval, les gardes du roi et les gendarmes. La marche était fermée par le carrosse du duc de Bourbon et par ceux du cardinal de Rohan, du duc de la Trémouille, du duc de la Rochefoucaud, du duc de Mortemart et du due de Trêmes. Le convoi étant arrivé à une demi-lieue de Saint-Denis, y fut joint par un grand nombre d'officiers des sept offices, à pied, par les gardes de la prévôté de l'hôtel et par les cent Suisses de la garde. Les religieux de l'abbaye de Saint-Denis, précédés par le clergé des paroisses, par les récollets et par les officiers de justice de la ville de Saint-Denis, vinrent à la rencontre du convoi. Le prieur de l'abbaye s'approcha du chariot, jeta de l'eau bénite et fit les encensements. Le convoi continua sa marche au milieu des cent Suisses rangés en haie, jusqu'à l'église de l'abbaye. Le cardinal de Rohan, grand-aumônier, présenta le corps et fit un discours latin également touchant et éloquent ; le prieur lui répondit par un autre, et l'on conduisit le corps dans le chevet de l'église où les religieux commencèrent à faire des prières jour et nuit. Le lendemain ils célébrèrent un service auquel tous les officiers qui avaient accompagné le convoi assistèrent.

Le corps du roi fut ici exposé pendant quarante-trois jours. Il était sur un magnifique catafalque, sous un grand pavillon, au milieu d'une chapelle ardente éclairée par un nombre infini de cierges. Le 22 octobre, veille de l'enterrement, la pompe des funérailles commença par les vêpres solennelles des morts. Elles furent chantées par la musique du roi et par les religieux de l'abbaye. Le cardinal de Rohan, grand-aumônier de France, y assista. Le 25, qui était le jour de l'inhumation, le clergé, le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, la cour des monnaies, le Châtelet, l'élection, le corps de ville et l'université, se rendirent le matin dans l'église de l'abbaye de Saint-Denis, suivant l'invitation qui leur en avait été faite. M. le duc d'Orléans, premier prince du deuil, ayant pris sa place, ensuite le duc de Bourbon, puis le comte de Charolais, la messe fut célébrée par le cardinal de Rohan. À l'offertoire, M. le duc d'Orléans, conduit par le marquis de Dreux, grand-maître des cérémonies, alla à l'offrande, après les saluts ordinaires de l'autel, du corps du feu roi, des princes, du clergé, des ministres étrangers et des compagnies. Le duc de Bourbon et le comte de Charolais y furent conduits ensuite Après l'offertoire, M. de Quiqueran de Beaujeu, évêque de Castres, prononça l'oraison funèbre. La messe étant finie, le cardinal de Rohan, les évêques d'Auxerre, de Seez, d'Angers et de Beauvais firent les encensements autour du corps ; ensuite on ôta de dessus le cercueil les honneurs, qui furent présentés aux ducs qui devaient les porter ; puis des gardes-du-corps, habillés de deuil, levèrent le corps et le transportèrent au caveau. Les quatre coins du poêle étaient tenus par le sieur de Mesmes, premier président du parlement, par le sieur de Novion, par le sieur de Menars et par le sieur d'Aligre, présidents à Mortier. Les cérémonies de l'inhumation étant faites, le duc de la Trémouille, qui faisait les fonctions de grand-maître pour le duc de Bourbon, commanda au roi d'armes d'appeler les officiers du feu roi, qui apportèrent les pièces d'honneur ou marques de leurs offices, pour être mises sur le cercueil. Le roi d'armes, quittant son siège, ôta son chaperon de sa tête et sa cotte d'armes de dessus ses épaules, et jeta l'un et l'autre dans le caveau. Il appela ensuite ceux qui devaient porter les honneurs. Le marquis de Courtenvaux apporta l'enseigne des cent Suisses de la garde, dont il était capitaine ; le duc de Charrost, le duc de Villeroy, le sieur de Balivière, lieutenant de la compagnie du maréchal duc d'Harcourt, en son absence, apportèrent les enseignes de leur compagnie ; le duc de Noailles, capitaine des Gardes-Écossaises, apporta celle de la sienne ; quatre écuyers du roi portèrent les éperons, les gantelets, l'écu et la cotte d'armes ; le sieur du Sausoy, en l'absence du marquis de Beringhem, premier-écuyer, apporta le heaume timbré à la royale ; le sieur de la Chenaye, porte-cornette blanche, apporta le panon royal ; le grand-écuyer de France apporta l'épée royale ; le duc d'Albret, grand-chambellan, apporta la bannière de France ; le duc de Brissac, la main de justice ; le duc de Luynes, le sceptre ; le duc d'Uzès, la couronne royale. Toutes ces pièces d'honneur furent posées sur le cercueil. Le duc de la Trémouille, faisant la fonction de grand-maître de France, mit son bâton dans le caveau, et les maîtres-d'hôtel rompirent les leurs. Le duc de la Trémouille cria : Le roi est mort ! et le roi d'armes répéta trois fois : Le roi est mort, prions Dieu pour le repos de son âme ! Après un moment de prières en silence, le duc de la Trémouille dit : Vive le roi ! et le roi d'armes cria par trois fois : Vive le roi Louis XV du nom, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, très chrétien, très auguste et très puissant, notre très honoré seigneur et bon maître, à qui Dieu donne très bonne, très longue et très heureuse vie ; vive le roi ! vive le roi ! vive le roi ! ce que chacun fit à l'instant, au son des trompettes, des tambours et des autres instruments.

Le premier héraut d'armes, qui était au pupitre, était allé en même temps faire le même cri dans la nef de l'église et l'on n'entendit de tous côtés que des acclamations et des cris de vive le roi.

Depuis ce temps là, on a célébré tous les ans à Saint-Denis l'anniversaire de Louis XIV. La veille on dit les vigiles des morts, et le jour suivant la messe est chantée par les religieux et par la musique du roi. Tout le clergé de Saint-Denis y assiste, étant précédé par treize pauvres vêtus de robes grises, et tenant chacun un cierge. C'est toujours un évêque ou archevêque qui officie. Il s'y trouve quelque aumônier du roi, le maître des cérémonies et quelques personnes qualifiées qui représentent le deuil.

d'après le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842)  — Paris, 1816

 

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